Témoignage: Aniceta Gonzalez y Gonzalez

Ramon Perez: LES APPARITIONS DE GARABANDAL

Veuve – 62 ans – Mère de Conchita

tient sa maison et travaille aux champs.

Les enfants avant les apparitions:

Je ne peux pas parler des autres enfants, je ne parlerai que de la mienne. Une fille très bonne, pas du tout envieuse, très obéissante. Elle m’accompagnait à l’église et restait près de moi bien sagement, ainsi que je le lui demandais, non pas qu’elle aimait cela, mais par obéissance à mon égard.

Premières réactions:

J’avais toujours dit à Conchita:

— Je veux que tu rentres à la maison avant la nuit

Or ce jour-là, je préparais le dîner, c’était en juin vers 21 h. Bien qu’il fit encore jour, j’avais l’impression qu’il était tard et je pensais, à propos de Conchita : — Si ce soir tu arrives un peu tard, demain ce sera davantage ; il faut donc que tu sois à l’heure…

Sur ce, Conchita est arrivée avec les yeux rouges, comme si elle avait pleuré. Elle a franchi le seuil de la porte, s’est appuyée à gauche de l’entrée et m’a dit:

  • Maman, aujourd’hui j’ai vu l’ange.
  • L’ange ? … Non seulement tu rentres tard, mais encore tu viens me raconter des niaiseries ? Ne me parle pas de ça…

Je ne sais pas pourquoi je lui ai dit de ne pas me parler de ça? A l’époque, nous ne parlions guère d’apparitions. Je pensais simplement qu’elle me racontait des histoires afin d’éviter une algarade. Elle est rentrée ainsi, appuyée au mur, et je ne lui ai rien dit d’autre, mais j’ai ressenti une espèce de frisson dans tout le corps qui m’a causé une sensation étrange. Je me suis demandée ce que ça pouvait être, mais je ne lui ai pas posé d’autres questions et je n’en ai parlé à personne.

Ici, quand une femme vient d’avoir un bébé ou, si elle est malade, nous avons l’habitude d’aller en groupe lui faire son travail. Le lendemain matin, nous étions ainsi une quinzaine de femmes, jeunes et vieilles, en train de travailler devant un champ de maïs et les autres parlaient de ce qui s’était passé la veille.

  • De toute façon, il leur est sûrement arrivé quelque chose, parce qu’elles étaient très pâles, surtout certaines d’entre elles, qui faisaient peine à voir.

Moi, je ne disais rien; je ne voulais pas qu’on sache qu’une des fillettes était ma fille, car cela m’aurait beaucoup gênée, je ne sais pas pourquoi.

D’après ce que les femmes disaient, les enfants, après l’apparition de l’ange, étaient tombées sur la maîtresse d’école, avec qui elles avaient récité une stacion [La stacion est une prière typiquement espagnole qui se dit devant le Saint-Sacrement Elle se compose de six Pater,six Ave, six Gloria, un Credo et souvent d’un Salve Regina.] à l’église, puis elles étaient passées par le bal, qui avait lieu ce dimanche-là et où les gens les avaient vues. C’est ce que Conchita devait me dire par la suite. Et comme les femmes n’arrêtaient pas de dire qu’il leur était sûrement arrivé quelque chose, je leur ai dit:

— Vous êtes encore plus naïves que les gamines; vous savez bien que lorsqu’elles galopent par là, elles viennent nous raconter qu’elles ont vu un Tiu — nous appelons un Tiu, une peur, tout ce qui effraie — c’est seulement cela qui a dû leur arriver. Vous ne devriez pas croire à de telles sornettes.

Mais tout en parlant, j’étais très troublée intérieurement.

J’ai tardé quelques jours avant de me décider à aller voir les enfants en extase. J’avais un porc — ou un cochon, comme vous voudrez l’appeler — dans une étable où se trouve actuellement la maison de Serafin et j’allais lui porter à manger. Vous savez que les premières apparitions avaient lieu à côté du pommier, près de la maison du Sévillan. Conchita m’accompagnait et, en arrivant à l’étable, elle me dit :

  • Maman, regarde le monde qu’il y a là-haut.

C’étaient des gens des villages d’alentour. Mais moi, j’avais honte qu’on me voie approcher.

  • Ferme ta bouche et tais-toi…

Alors Conchita m’a quittée et est partie rejoindre les trois autres, tout en me disant:

  • Maman, viens, viens, il y a beaucoup de monde…

Mais moi, je me suis défilée, évitant la foule et je suis rentrée à la maison sans que personne me voie.

Par la suite, il y avait tant de gens, qui avaient assisté aux extases et qui m’en parlaient, que je me suis décidée et quand j’ai vu ma fille en extase, j’ai dit:

  • Cela, c’est vrai…

Bien sûr, je ne savais pas ce que c’était; nous ne savions pas ce qu’était une extase, ni que cela pouvait exister, du moins en ce qui me concerne, mais en voyant ma fille dans cet état je me suis dit:

  • Il y a là quelque chose… ; et c’est à ce moment que j’ai commencé à penser vaguement à ce qui s’était passé à Lourdes, à Fatima, en me disant qu’après tout, cela pouvait aussi bien se produire ici. Je croyais aussi qu’on allait voir des phénomènes pendant quelques jours et que tout serait vite réglé. Or, ils se sont produits encore pendant un an et demi. [En fait, beaucoup plus que cela. Mais c’est effectivement durant les seize premiers mois qu’il y eut le plus grand nombre d’extases.]

D’une façon générale, je ne posais pas de question à Conchita, mais elle laissait échapper parfois des détails intéressants. Ainsi un jour où, à genoux dans ma cuisine, je faisais une prière dans un livre qui passait chaque jour dans une maison différente — ce jour- là c’était mon tour — Conchita s’est approchée de moi, a vu dans le livre une image représentant un enfant et s’est exclamée:

  • Tiens !… maman, l’Enfant-Jésus que nous voyons est le même que celui qui est là sur la petite image. Et moi, sans vouloir donner de l’importance à ce qu’elle venait de me dire, je lui ai répondu : Mais ça, c’est une miniature, il est très petit !…
  • Oui, mais il est un peu plus grand et de la même couleur.

L’enfant sur l’image était un petit ange très joli. Quand le livre m’est revenu par la suite, l’image n’y était plus.

Nombre d’extases:

Je crois que j’ai assisté à toutes les extases de Conchita. Non, j’en ai raté une, à cause d’une dame qui disait se trouver mal ; mais cela ne devait pas être très grave car, après avoir bu une tasse de thé à la maison, elle se portait mieux que moi…

Si, il y en a une autre qui s’est déroulée au Pins, le jour où le camion est tombé dans le ravin.

A part cela, j’ai suivi toutes les apparitions et nous en avons vu des quantités. Rien n’aurait pu m’empêcher de les suivre, car je pensais que la Vierge était là et je me disais:

— Elle a bien suivi la Passion, alors je peux bien suivre son apparition... Pourquoi pas, n’est-ce pas ? Cela ne me demandait aucun effort.

Toujours au même lieu? 

Non, pas toujours au même endroit Le plus souvent, Conchita recevait ses appels à la maison et tombait en extase avant de sortir. Alors nous la suivions au Pins, au cimetière, à l’église, par les rues du village.

Heure:

Les extases se produisaient souvent vers 2, 3, 4 ou 5 h du matin. Après le message (18 octobre 1961), Conchita n’avait plus qu’une à quatre extases par semaine, principalement les mardi, samedi et dimanche.

Aspect du visage:

Le visage des enfants devenait très beau, très doux, sans aucune fatigue apparente. L’extase les laissait dans une allégresse visible. De même, quand elles avaient accompli ces longs et rapides déplacements, Conchita se retrouvait riant gaiement, normale, avec une pulsation ordinaire, tandis que mes gars — et ils étaient solides — rentraient à la maison dégoulinant de sueur, à croire qu’ils sortaient d’une piscine.

Quand j’essayais de suivre Conchita, j’étais toujours à une lieue derrière elle.

Les trois autres fillettes sont souvent venues chez moi en extase, surtout au début.

Expérience:

Un jour, ma fille était ici dans ma maison et les autres se trouvaient chez elles, elles étaient donc séparées. La mienne est partie en courant et a retrouvé les autres qui arrivaient aussi. Elle se sont retrouvées ensemble à la même seconde. Cette expérience s’est déroulée devant moi. Je peux d’ailleurs donner d’autres détails de cette extase-là, car je me rappelle que Conchita parlait de moi à sa vision et disait:

  • Ma mère est très laide, très noire, elle a les cheveux blancs… Elle exagérait un peu, car j’avais quelques cheveux blancs, mais pas autant que cela…

Je lui ai entendu dire aussi:

  • Il y a seulement une petite minute que tu es là !… Quoi ! Une heure déjà ? et des prêtres qui assistaient à la scène se sont regardés en disant: Exact, juste une heure… et ils ont parlé entre eux, mais je ne me souviens plus de ce qu’ils ont dit Moi, je n’avais pas fait attention à l’heure.

Synchronisation des réactions:

Mari-Cruz se trouvait placée un peu plus haut en avant, la deuxième en descendant devait être Conchita et les deux autres étaient plus bas. Or, elles ne pouvaient pas s’entendre entre elles, car elles parlaient très bas, comme en un murmure, et les trois autres ont eu la même exclamation en même temps que Conchita: une heure déjà !…

Les chutes extatiques:

J’ai vu Conchita tomber… mille fois ! Par exemple du foyer de la cheminée. [Foyer surélevé de 60 cm environ.] Elle était assise là, l’extase la prenait Elle se jetait à genoux par terre et il ne lui arrivait rien, pourtant cela faisait du bruit, comme celui d’un os sec tombant sur une pierre. Nous l’entendions parfaitement L’extase terminée, elle se retrouvait dans son état normal, comme si de rien n’était. 

Les objets à baiser:

J’ai vu souvent Conchita rendre les objets baisés par la Vierge, sans jamais regarder les gens à qui elle les remettait.

Une fois, nous suivions l’extase du côté des maisons des Marinas et, tout en marchant une dame fourre une alliance dans la poche de Conchita et celle-ci, arrivée un peu plus loin, s’exclame:

—Je porte une alliance, moi ? Non… non, je n’ai Pas d’alliance… Mais, très probablement la Vierge insistait; alors ma fille met la main dans sa poche et en retire l’alliance qu’elle tend à baiser, puis se retourne et la donne à un monsieur qui était instituteur dans la région de Bilbao, je crois.

Une autre fois est arrivé ici un jeune couple; je les ai pris pour des fiancés. Le garçon avait une telle allure qu’on aurait dit un voyou !… Il pleuvait beaucoup. Le village était plein de monde. Conchita en extase entre dans la maison. Ma sœur s’y trouvait avec beaucoup de gens, et le jeune homme en question lui dit:

  • Donnez cette croix à la fillette, et ma sœur :
  • Il est inutile que je la lui donne, elle ne prend rien quand elle est en extase.
  • Alors donnezda à sa mère, qu’elle la lui remette elle-même.

Ma sœur me la tend en me disant ce que voulait cet homme Comme effectivement Conchita ne prenait rien, une fois en extase, il m’est venu une idée. C’était une croix pendue à un cordon. Je l’ai accrochée à ses doigts par le cordon, elle avait les mains jointes. Nous avons entendu les réponses de ma fille à sa vision, visiblement elle insistait:

  • Mais non, je n’apporte rien, je n’apporte rien… ; bien qu’elle parlât bas, on entendait distinctement ses paroles, surtout moi qui étais tout à coté.
  • Je n’apporte rien… Alors, prends-le si j’ai quelque chose… En disant cela, elle fait un pas en avant et laisse retomber ses bras ce qui a eu pour effet de faire tomber la croix. En même temps, comme elle avançait, son pied s’est posé dessus:
  • Ah ! je marche dessus !… Elle se baisse alors, prend le crucifix qu’elle tend à baiser à sa vision, se tourna vers le jeune homme, trace un signe de croix sur lui, lui pose la croix sur les lèvres et, de nouveau, la tend à la Vierge en disant:
  • Quel dommage… alors que l’habit des dominicains est si joli… quel dommage qu’il vienne ainsi.

Elle se retourne encore une fois vers l’homme, lui enlève ses lunettes et les lui met dans les mains. J’ai compris qu’il avait peur que Conchita ne les lui casse, alors je lui ai dit:

  • N’ayez pas peur, elle ne les cassera pas… Après lui avoir refermé les mains sur les lunettes, le crucifix toujours à la main, elle recommence à lui faire un signe de croix. Puis elle lui fait passer la tête dans le cordon et le lui met autour du cou. Seulement la croix se trouvait tournée à l’envers:

—Ah ! je Vai mise à l’envers ?… ; elle lui enlève le cordon et le remet correctement. Ensuite elle lui rouvre les mains, lui prend les lunettes, les lui pose sur le nez et de nouveau nous l’avons entendue dire:

— Quel dommage qu’ils viennent ainsi, de cette manière…

Nous avons su après que c’était un dominicain habillé en civil et que la jeune fille était sa sœur. Us avaient planté leur tente un peu plus loin, là-bas.

Lévitation:

Je ne sais si c’est ce qu’on appelle lévitation, mais un jour j’ai vu Conchita, allongée dans ma cuisine, s’élever du sol, tout en restant allongée. Je crois que c’est un cas de lévitation, parce que le brigadier de la Guardia Civil Juan Seco (Voir son témoignage page 412 [Ramon Perez: LES APPARITIONS DE GARABANDAL].) Don José Ramon, le docteur Ortiz et quelques prêtres qui étaient là, en ont parlé longuement et disaient que c’était une lévitation [Mme Mercédès Salisachs, écrivain espagnol, qui assistait à notre entretien avec Aniceta, intervint pour dire : Je n’ai pas réussi à voir cette lévitation à cause de la foule qui m’empêchait d’approcher, mais j’entendais les exclamations des gens : Elle est en train de s’élever ! Mais je n’ai pu le voir. Par contre j’ai vu Loti en lévitation. C’était très courant—Depuis le 18 août les petites avaient des lévitations verticales et horizontales. Nous les avons vues à plusieurs reprises se déplaçant à 50 cm du sol, parcourant ainsi des distances diverses, parfois importantes ; par exemple depuis la maison de Chon à celle de Maximina, de celle de Catalina ou depuis Socarrena jusqu’à celle de Conchita. Je peux en témoigner, les ayant vues, avec l’étonnement que Von imagine. (Garabandal, hoy, Mito o misterio divino? – José Maria de Dios].


Phénomènes stellaires:

Je n’ai rien vu de semblable, peut-être parce que je n’étais pas assez bonne.

Les nuits de terreur:

Conchita n’y était pas, la première nuit, car elle était malade. Elle a eu une extase, mais elle n’est pas sortie. Je me rappelle qu’elle a écrit une lettre, sans regarder ce qu’elle écrivait. Je ne sais pas à qui elle était destinée. Elle tenait le papier ainsi, dans le vide, sans l’appuyer nulle part, et de l’autre main elle écrivait parfaitement. Beaucoup de gens qui étaient là ont pu le voir.

La communion visible:

Je ne l’ai pas vue. Elle l’avait bien annoncée aux autres dans le village, mais pas à moi. Je ne voulais rien savoir avant les autres, parce que cela me paraissait une chose si importante ; je voulais attendre comme tout le monde. Je ne lui ai jamais rien demandé, jamais. Bon, une fois que tout le monde a su qu’il allait y avoir un miracle, elle m’a dit :

  • Maman, si tu veux, je vais te dire en quoi va consister le miracle. J’avais avec moi ma sœur, qui m’encourageait à le lui demander, mais moi j’ai répondu: Je ne veux pas que tu me le dises, ne me dis rien, je le verrai.

Alors, elle :

  • Maman, la Vierge m’a dit de te le dire…
  • Ah! si c’est la Vierge qui te l’a dit… Bon, fais ce que tu veux, mais cela ne m’intéresse pas, car je désire être traitée comme tout le monde; quand les autres le verront, moi aussi je le verrai…
  • Voilà : l’hostie sera visible au moment où je la recevrai…
  • Hola ! si tu appelles ça un petit miracle !C’est le plus grand qui puisse exister dans le monde… Car ce qu’il y a de plus important, c’est l’Eucharistie.
  • Alors, après ce miracle, tu croiras maman ?
  • Oui, oui… totalement. Après ça, même si le Saint-Père lui-même me disait que c’est faux, que c’est un phénomène quelconque, je l’écouterai, mais en mon for intérieur je resterais convaincue que tu as communié des mains de l’ange.

C’est ce que je lui ai répondu, mais je n’ai pas vu le miracle.

J’avais beaucoup réfléchi à ce que je ferais lors du miracle de la communion. J’avais décidé d’aller à l’église prier. Ce n’est pas l’envie qui me manquait d’aller voir, mais je voulais faire un sacrifice.

Le jour annoncé, deux de mes garçons se trouvaient à la maison à soigner les vaches. Les deux autres étaient à l’extérieur. Serafin n’est pas venu, parce qu’il nous avait quittés depuis peu et il n’a pas osé demander un congé.

Je n’ai pas jugé bon de courir voir le miracle, je suis restée ferme dans ma décision. J’ai entendu les cris depuis ma maison, il y avait beaucoup de gens, et tellement de cris que je me suis dit :

  • Ça y est, ils me l’ont tuée !… Je pensais qu’on était en train de la tuer ou que l’on battait mes garçons. Il y avait bien des gardes civils, mais avec une telle foule !…

Tout à coup, une dame m’empoigne par le bras en criant :

  • Je Vai vue, je Vai vue !…, me tirant si fort qu’elle me traînait presque par terre.
  • Mais qu’est-ce que vous avez vu ?
  • J’ai vu l’hostie !
  • Ah bien, si vous avez vu l’hostie. Dieu soit loué, tout est résolu !…

Alors je me suis sentie rassurée. J’ai éprouvé une telle félicité que, pour moi, tout était terminé.

La Commission de Santander:

Non je n’ai jamais été convoquée par cette commission, mais ils ont conduit Conchita à Santander pour lui faire subir des épreuves.

Conchita à Santander:

Je ne veux pas dire grand chose de notre séjour là-bas. A chaque fois qu’ils ont voulu lui faire subir une épreuve devant moi, cela n’a rien donné. J’allais parmi ces gens-là, bien innocente, croyant que personne n’avait de méchanceté.

J’y suis partie avec un prêtre. J’y suis restée six jours et Conchita huit. Le huitième jour, le village était littéralement empoisonné. On m’accusait d’avoir enlevé la Vierge du village et on m’attaquait d’une façon incroyable. J’étais veuve, mes garçons étaient à la maison et nous vivions en paix dans une bonne entente. S’ils partaient gagner un duro, ils me l’apportaient.. Et maintenant c’était la guerre, parce que j’avais chassé Conchita de la maison, parce que j’avais tout supprimé à Garabandal !… Mes garçons se sont trouvés seuls, face au village… seuls à travailler l’herbe sur les alpages…

Le jour même de notre arrivée à Santander [Voir chronologie des événements – 27 juillet 1961.], Conchita a eu une extase. Les autres fillettes l’ont eue également à la même heure. On m’a rapporté que celles-ci, en extase, disaient :—Ah ! en ce moment Conchita te voit ? ça c’est ce qu’on m’a dit, car j’étais à Santander.

A Santander je me suis vue perdue, bien démunie, ce jour-là… La police armée est intervenue. Je me suis trouvée seule, avec Conchita, à la porte de l’église de la Consolation, complètement abandonnée, loin de ma famille.

J’ai vu des messieurs, dont certains étaient des médecins, qui se sont emparés de Conchita en extase et qui me la déformaient dans les efforts qu’ils déployaient pour l’emporter ; car elle était à genoux, la tête complètement rejetée en arrière, touchant presque ses talons. Moi je criais bien sûr : Qu’on me la laisse, par pitié, qu’on me la laisse…!

  • Taisez-vous madame, il ne lui arrivera rien. Ils l’ont transportée dans sa position agenouillée dans un bureau  [Dans la sacristie de l’église.]. Ils nous ont enfermées toutes les deux, Conchita étant toujours en extase.

En la posant sur le plancher, son attitude s’est modifiée. Elle s’est allongée, reposant seulement sur un coude, le reste du corps en l’air et j’ai dit à ces messieurs :

  • Regardez donc comme elle se tient, quelle pose !…

C’était une attitude très belle, très décente, aucun vêtement n’avait bougé et elle est restée ainsi allongée, pratiquement en l’air, avec un visage angélique, le regard tourné vers le haut, c’était quelque chose de précieux à voir. Je ne sais ce que ces messieurs auraient souhaité voir de plus…

L’extase terminée —je ne sais combien de temps elle a duré — Conchita me dit:

  • Maman, où suis-je ?
  • Ici, dans le bureau. Tu vas bien ?

Moi, apeurée, n’ayant jamais rien vu car je n’étais jamais sortie, je me sentais seule et abandonnée parmi ces gens. Je répétais à ma fille:

  • Tu es dans le bureau…
  • Mais où suis-je maman ?
  • Dans le bureau. Viens, allons dehors
  • Ah non, je dois d’abord réciter le chapelet.

J’ai appelé et leur ai dit:

  • Regardez, elle s’est réveillée, mais elle veut dire son chapelet.
  • Bien, qu’elle le dise, qu’elle le dise.

Nous avons récité le chapelet. Nous sommes sorties et ces messieurs ont emmené Conchita, tandis qu’un prêtre me faisait entrer dans la sacristie. Celui-ci m’a parlé, mais je ne me rappelle plus du tout ce qu’il m’a dit Puis il m’a conduite dans la pièce où se trouvait ma fille. Je l’ai vue au milieu de ces loups… de tous ces messieurs, sérieuse, sombre, triste, craintive. Eux, assis tout autour d’elle et, elle, appuyée à la table, triste. Le prêtre qui m’avait accompagnée a dit quelque chose à Conchita qui lui a répondu très aimablement Alors un médecin lui a demandé :

  • Pourquoi ne me réponds-tu pas, à moi ? mais elle ne lui a pas répondu, continuant sa conversation avec le prêtre, très aimable, très souriante. A présent, ce serait à elle de vous raconter ce qu’on lui a dit là-bas, car moi je l’ignore. Voilà ce que j’ai vu à la Consolation.

Ce prêtre devait être attaché à l’évêché, car le huitième jour, quand je suis revenue pour reprendre ma fille, il est venu avec nous à l’évêché avec Don Odriozola et alors l’évêque Mgr Dorotéo m’a questionnée:

—Alors, comme ça, vous reprenez votre fille?

  • Oui, je l’emmène, parce que chez moi il n’y a plus de paix, quand la fillette est ici ; aussi je dois rétablir cette paix, comme elle était auparavant… et je lui ai donné toutes mes raisons.

Alors il a dit :

  • Bien, cela me paraît très bien et il a demandé à Conchita :
  • Qu’est-ce que tu préfères ? Etre une demoiselle ou t’en aller garder les moutons ? En fait, elle ne les gardait pas, elle a répondu :
  • Etre une demoiselle.

Monseigneur l’évêque s’est fort bien comporté avec nous. En partant, il nous a tendu son anneau pastoral à baiser. Don Odriozola montrait toutes les photos quii avait dans ses albums et l’évêque lui a dit :

  • Oui, oui, j’ai vu que vous en avez apporté beaucoup. Je dois ajouter que don Odriozola venait souvent à la maison, répétant :
  • N’ayez aucune crainte Aniceta, n’ayez aucune crainte, car votre fille est une véritable sainte…Bien entendu, il voyait les extases et tout ce qui se passait et je suppose qu’il devait se dire que, durant toute sa carrière, il n’avait rien vu de semblable, qu’il émanait une véritable sainteté de tout cela, que la chose était évidente. En descendant les marches de l’évêché, à la porte même, il nous a encore montré des photos, de même que durant le court trajet pendant lequel il est resté avec nous dans l’auto.

Après son départ, Conchita qui était à l’avant de la voiture a dit au prêtre :

  • Il arrivera un jour où nous nierons tout, tout, absolument tout et nous nous contredirons les unes les autres. Elle a dit cela devant moi, devant le prêtre et devant ma sœur Maximina.

Prophéties:

Oui, je crois aux prophéties qu’a dites Conchita, parce que je crois que Notre-Seigneur ne nous abandonnera pas.

L’interrogatoire de Pampelune:

Je l’avais conduite à Pampelune  [Voir chronologie page 7 (7-2-1966).Ramon Perez: LES APPARITIONS DE GARABANDAL], car je ne pouvais plus la garder à la maison à cause des visites qui n’arrêtaient pas ; et moi je devais aller travailler. J’ai bien précisé à la supérieure qu’elle devait refuser toute personne désirant voir Conchita, car j’avais entendu dire que monseigneur l’évêque avait convoqué les trois autres fillettes à l’évêché, sauf Conchita, et je prenais mes précautions, au cas où il viendrait J’ai dit à la mère supérieure :

  • Si vous laissez entrer quelqu’un pour voir Conchita et si je l’apprends, je viens rechercher ma fille dès le lendemain. Elle m’a répondu :
  • Soyez sans crainte… mais trois ou quatre jours plus tard, Mgr l’évêque y est allé avec don José Olano, le curé d’ici… je crois qu’ils étaient cinq — je ne sais pas exactement — mais le prêtre qui accompagnait l’évêque le jour de sa mort [Mgr Vincent Puchol est mort le 8-5-1967 dans un accident de voiture. Le prêtre qui l’accompagnait était Don Agapito Amieva.] était là et ils sont restés sept heures avec Conchita [Conchita avait 17 ans.]. Elle m’a dit qu’elle leur avait expliqué son journal en détails et en entier (de mémoire) et qu’ils n’arrêtaient pas d’écrire. Je ne sais pas ce qu’ils écrivaient, probablement les réponses qu’elle leur faisait Mais après leur avoir raconté son journal, tout s’est effacé de sa mémoire, complètement effacé, et elle n’arrivait plus à se souvenir du moindre détail, ni de ce qu’elle leur avait dit Et elle a bien précisé que ce n’était pas la fatigue de ces sept heures qui en était cause, mais qu’elle a ressenti quelque chose de mystérieux qui lui a laissé la mémoire vide.

Conchita m’a donné un autre détail sur cette entrevue. Elle avait une bague semblable à la mienne et l’évêque lui a demandé :

  • Cette bague a-t-elle été baisée par la Vierge ?
  • Je ne sais pas, je la lui ai donnée, mais je ne sais pas si Elle l’a fait…
  • Pour le cas où la Vierge l’aurait baisée, l’évêque don Puchol Vincente l’a portée à ses lèvres puis l’a redonnée à Conchita.

Peu de temps après, j’ai été appelée à Santander. J’ai vu que monseigneur avait un grand registre où était noté tout ce que les autres fillettes avaient déclaré, ainsi que ce que Conchita avait dit à Pampelune. Je savais que Conchita y avait tout nié, totalement.. J’ai dit à l’évêque :

  • Ça ne m’intéresse pas du tout que Conchita nie ou ne nie pas ici devant vous, car, dans Vétat où elle est actuellement, elle est inconsciente et une personne inconsciente ne peut pas savoir ce qui lui est arrivé… Quant à moi, je reste sur mes positions. Envoyez à Rome ce que vous voudrez, moi je crois ce que j’ai vu.

Alors l’évêque me dit :

  • Alors expliquez-le-moi.
  • Que voulez-vous que je vous explique, mon Père ? Vous n’avez qu’à appeler des témoins, non pas ceux qui croient aux apparitions, mais ceux qui disent la vérité, qui disent ce qu’ils ont vu…
  • Eh bien, qu’ils viennent ; qu’il vienne ce Père Andreu, qu’il vienne ce marquis de Santa-Maria, qu’il vienne ce Père Rodrigo [R.P. Lucio Rodrigo, théologien, jésuite, ancien doyen de la faculté canonique de TUniversité Pontificale de Comillas. Témoin de nombreuses extases.].
  • Non, Père, il n’est pas nécessaire que vous appeliez ces témoins, appelez plutôt des gens qui vous diront la vérité mais qui ne croient pas… ; j’ai continué :
  • Ecoutez, Père, les chiens vont là où on les appelle, je suis venue parce que vous m’avez appelée, sinon je ne serais pas venue.

C’est ce que j’ai dit à Mgr l’évêque. Il était très aimable.

Alors Conchita m’a dit :

  • Maman, lis ce que j’ai déclaré à Monseigneur, lis-le.
  • Ecoute Conchita, je n’ai nul besoin de le lire ; de toute façon je ne pouvais pas lire, car je n’avais pas mes lunettes. Bien sûr, j’aurais pu demander à une dame [Mme Mercédès Salisach.], qui était présente à l’entretien, de me lire cette déclaration. Cette dame m’a d’ailleurs servi de témoin ; sans elle, je ne sais ce qui me serait arrivé là-bas, rien n’allait dans le sens que je désirais. Elle m’a été un témoin précieux, parce qu’après on a raconté que, ce jour-là, j’avais été sur le point de frapper Mgr l’évêque, que j’avais une voix très excitée ; or c’est faux, j’étais très sereine et tranquille. Aussi ai-je répondu :
  • A quoi bon lire ça, envoyez-le à qui vous voudrez, cela n’a aucune importance pour moi, Conchita est inconsciente en ce moment… (car Conchita continuait à nier devant moi et devant l’évêque). Je constate bien qu’elle nie, mais moi je reste sur ce que j’ai vu…

Les négations :

Conchita niait devant moi, devant tout le monde. Elle niait, mais ce n’était pas convaincant et, tout en l’écoutant, je me demandais comment elle aurait pu si bien nous tromper, car y parvenir en faisant ce que nous l’avions vue faire, ç’eût été extrêmement difficile !

Tenez, un jour je l’attrape contre ce mur de la cuisine et je lui dis :

  • Bon, et maintenant tu vas tout me dire, tout, et comment tu fy prenais, et tu vas me dire aussi comment tu as fait le coup de la communion visible.
  • Aïe, ma petite maman, je n’ai rien fait ; tout est Peut-être faux, mais je n’ai rien trafiqué lors de la communion visible. Ce qui a dû vous arriver, c’est que vous deviez être suggestionnés par les gens qui ont cru voir — mais il n’y avait rien.

Je ne lui ai rien répondu, mais j’ai pensé à part moi :

  • Les gens pouvaient être suggestionnés, mais pas la caméra, car je savais que celui qui s’était servi de l’appareil était de confiance H n’en connaissait pas le fonctionnement et n’était pas photographe, ü s’agissait de Monsieur Damian. Tout de suite j’ai pensé à cela : les gens pouvaient être suggestionnés, mais pas la caméra.

Conchita a toujours nié avoir trompé les gens. Tenez, il y a deux ou trois mois, je suis allée à Bilbao à la clinique où Conchita travaillait. J’ai profité d’être seule avec l’aumônier pour lui raconter tout ce qui était arrivé ici et ce qu’était Conchita, car il ignorait que c’était une voyante. J’ai profité d’être seule avec lui car, lorsque ma fille est près de moi, je ne peux rien dire, elle n’aime pas entendre parler de ces événements. Je disais donc à l’aumônier :

  • Ça m’est complètement égal que Conchita dise non maintenant. Mais ayant vu ce que j’ai vu, elle peut toujours dire ce qu’elle voudra.

A la suite de cette conservation, ce prêtre en a parlé à Conchita et lui a posé la question :

  • Crois-tu avoir trompé les gens ?
  • Non, il n’y a jamais eu de tromperie, Père, absolument pas, nous n’avons rien simulé…
  • Et tu crois que le miracle viendra ?
  • Oui, je le crois ; quand Dieu le voudra U le dira, mais je n’ai trompé personne. Je n’ai qu’un désir, c’est d’être une bonne fille, mais comme les autres.
  • Ça c’est bien — lui a répondu l’aumônier — pourquoi serais- tu moins que les autres filles, pourquoi n’aurais-tu pas le droit de te divertir ?
  • C’est bien ce que je désire : être semblable aux autres, mais je peux vous assurer que je n’ai jamais trompé personne.

Cette conversation entre l’aumônier et Conchita a eu lieu en Juin 71. En juillet, elle partait pour Barcelone.

Pépé Diez :

J’avais demandé à Pépé de bien vouloir protéger Conchita de la foule, car il me manquait un garçon et le plus jeune restait au travail. Ce qui fait que Pépé a vu beaucoup de ce qui s’est passé ici. Il accompagnait Conchita très souvent, surtout les jours où il y avait beaucoup de monde. Il a vu le miracle de la communion et je lui ai demandé de m’en faire le récit Benjamin aussi y était Je ne le connaissais pas alors.

Changement de poids :

Un jour, un de mes garçons, celui qui est mort, me dit :

  • Mère, il y a un monsieur qui voudrait soulever Conchita... (elle marchait, en extase, vers les hauteurs)

et je ne l’ai pas laissé faire. Je lui ai dit de te demander la permission. Mère, c’est ce monsieur, me dit-il en le désignant Alors j’ai répondu :

  • Vous pouvez essayer à l’instant meme. Elle était à genoux dans la calleja. Je ne sais pas pourquoi je l’ai autorisé tout de suite, car je n’aimais pas qu’on se livre à des expériences sur elle, mais cet homme m’inspirait confiance par sa haute taille, son visage sévère. H a essayé de la décoller du sol, mais sans résultat. Après l’extase, il est venu avec nous ici dans la cuisine et je lui ai dit :
  • Monsieur, vous pouvez essayer de nouveau maintenant.
  • Non, pour moi l’expérience a été concluante, cela me suffit.

Une nuit aussi, quelques garçons de mauvaise réputation rôdaient dans le village et Serafin, par prudence, avait voulu enfermer Conchita en extase. H saisit sa sœur mais jamais, de toute sa vie, il n’a porté un poids pareil, nous a-t-il dit. Et Conchita n’avait que 12 ans ! Il a réussi à la soulever seulement jusqu’à cette marche, mais c’était un poids terrible, d’après lui. Pendant qu’il essayait de la porter jusqu’à l’entrée, nous avons entendu Conchita dire :

—Ah ! on veut m’enfermer ? Mais tu vois bien que je m’en vais avec toi, je m’en vais avec toi… Alors Serafin, en l’entendant, s’exclame ;

— Va donc ma fille, que Dieu te bénisse !…


Ramon Perez: LES APPARITIONS DE GARABANDAL

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