L'AVERTISSEMENT

    Muni de toutes les autorisations ecclésiastiques nécessaires, ayant du temps devant lui, moins pressé que d'autres, notre ami prêtre resta trois jours sans voir autrement Conchita que pour lui dire qu'il était toujours là. Il s'effaçait par discrétion pour les visiteurs du 18 juin, pour laisser la place libre aux nouveaux amis de Garabandal dont le Père Luna de Saragosse et le célèbre artiste italien Carlo Campanini étaient les plus actifs.

    L'occasion était trop belle pour ne pas enquêter ailleurs. Chez notre ami Pepe Diez par exemple qui, lui, confirma sa déposition historique au sujet du Miracle de la Forma, et fit remarquer, à juste titre, qu'il n'avait jamais dit que l'Hostie ressemblait à un morceau de pain.

    Loyal et énergique et intelligent témoin, celui-là! Comme nous lui demandions s'il avait comparu devant la Commission de Santander, il nous répondit: « jamais ». Comme nous cherchions la raison de cette étrange attitude et de l'incrédulité des membres de la même Commission, il conclut la conversation à la manière d'un escrimeur sûr de lui: « parce que la vérité ne leur convient pas ».

    Nous devions apprendre des choses plus étonnantes encore.

    On en était donc au quatrième anniversaire des apparitions. Oui, quatre ans plus tôt, le 18 juin 1961, tout avait commencé. La Commission avait fait publier déjà trois Notes dont la dernière, celle d'octobre 1962, affirmait que les faits étaient d'ordre naturel. Or, en quatre années, elle n'avait jamais eu le temps de faire comparaître devant elle ni les voyantes, ni leurs familles, ni même le curé de la paroisse. Inconcevable, diront les français, et tous ceux qui connaissent l'historique de Lourdes, de Fatima ou de Beauraing. Oui, inconcevable, mais vrai, plus que vrai, hélas!

    Elle s'était contentée d'émissaires dont quelques-uns nous sont connus et dont nous savons tout le mal qu'ils ont fait dans ce petit village livré à lui-même au milieu d'événements qui le dépassaient infiniment. On nous cita un nom, et nous fûmes bien obligés d'admettre que sa grande activité à Garabandal était finalement celle d'un traître ou d'un espion. Inintelligence, manque de caractère, vanité, bonne foi, mauvaise foi, intrigue, arrivisme? Le tout à la fois, pensons-nous. Et pourtant, pourtant, quelle confiance ne lui a-t-on pas accordée au village jusqu'au jour où on a découvert son double visage!

    L'influence de l'extase du vendredi précédent sur les habitants du village était devenue déterminante. Pepe Diez, le maçon, l'ouvrier mêlé à son petit peuple, l'oreille toujours aux aguets, nous en fit la remarque: « Cette fois, ça y est, tout le monde croit de nouveau ».

    N'ayant rien perdu des trois jours passés un peu loin de Conchita, notre ami avait eu le loisir de mettre au point les notes de son enquête.

    De plus il avait eu une longue conversation avec les parents de Mari Cruz, son père, Escolastico, sa mère, Pilar. Il avait appris des anciens du village la belle vie chrétienne du grand-père et de la grand-mère paternels de l'adolescente. L'hérédité religieuse d'Escolastico était bonne disaient-ils, et on ne s'explique pas qu'il pratique si peu la religion. Quant à Pilar, ajoutaient-ils en faisant la moue, elle est étrangère au village, elle vient de Pas, c'est une « pasiega ». Cette origine doit faire comprendre bien des choses apparemment incompréhensibles.

    Chose inouïe, et que nous ne relaterions pas s'il n'était pas question des apparitions, une nuit, Julia, la mère de Loli, fut subitement mourante. Ceferino, son époux, désemparé, était venu frapper à la porte de notre ami prêtre. Celui-ci lui avait donné le Sacrement des malades et elle avait failli s'éteindre dans ses bras.

    A l'heure suprême de la vérité intégrale, il avait pu juger la piété extraordinaire et l'héroïsme de cette montagnarde. Devant son mari et Loli, devant Marie, la mère de Jacinta, et une autre voisine, sans qu'aucun d'eux ne puisse deviner ce qui se passait réellement et pourquoi elle agonisait, Julia qui en avait fait volontairement le sacrifice la veille, offrait sa vie d'épouse et de mère de famille nombreuse pour la « reconnaissance » des apparitions. PHOTO: Maria, la mère de Jacinta.

    Jamais, dans les quarante années de son expérience sacerdotale, notre ami n'avait assisté à pareil holocauste d'une femme quelques heures auparavant rayonnante de santé, réalisant, à l'espagnole, la médiation spirituelle devenue nécessaire par l'aveuglement ou le manque de fermeté intellectuelle de certains.

    Humble et souriante Julia, patiente et habituellement silencieuse, qui avez si souvent accueilli dans votre maison la Vierge descendue du Ciel, pour nous, vous resterez toujours le témoin héroïque de l'authenticité absolue des apparitions de Garabandal.

    Après cela, nous pouvions retrouver Aniceta, et nous asseoir longuement dans sa petite cuisine. D'autant plus qu'à notre arrivée son visage était enfin détendu et souriant. PHOTO: Aniceta, la mère de Conchita.

— Alors, Aniceta, les six mois et demi d'anxiété sont terminés?
— Ce n'est pas trop tôt.
— La prophétie du 8 décembre 1964 est-elle bien réalisée?
— Oui, enfin.
— Avez-vous, maintenant, la paix du cœur?
— Oui, grâce à Dieu. Aniceta interroge à son tour:
— Avez-vous douté de la venue de l'Ange, vous autres?
— Non, pas une seconde.
— Pourquoi?
— Parce que nos certitudes sont définitives depuis 1962.
— Et s'il n'y avait rien eu?
— Jacinta nous a dit, depuis longtemps: « Conchita ne ment jamais ».
— Oui, mais, reste le Miracle.
— Et alors?
— Je ne puis y croire, c'est trop fort.
— Aniceta, ne recommencez pas votre drame. Tout se tient, dans cette affaire de Garabandal. Le passé est garant de l'avenir.
— Dieu vous entende!
— Aniceta, c'est tout entendu, la Vierge l'a dit, et Elle non plus, Elle surtout, ne ment jamais.

    Nous en étions là, dans la petite cuisine, quand Conchita alerte, joyeuse, nous pria de l'accompagner dans sa chambre: « J'ai des cadeaux par vous, acceptez-les».

    C'était la copie écrite de sa main du Message que nous ne connaissions pas encore exactement, et de plus un autre document, également écrit de sa main, l'Avertissement.

    Nous allions l'interroger au sujet de ce dernier, mais elle ne nous en laissa pas le temps.

    « La Vierge m'a dit beaucoup, tant de choses depuis longtemps. Mais Elle n'a demandé ni de les révéler ni de les taire. Souvent je ne sais comment faire, je ne sais ce qu'il convient de révéler.

    Voici par écrit l'Avertissement qui me fut donné lors de l'apparition du 1er janvier 1965, quand j'étais seule aux Pins.
 

L'Avertissement

« L'Avertissement que la Vierge va nous envoyer. 

 C'est comme un Châtiment. Pour rapprocher les bons davantage de Dieu, et pour avertir les autres (de se convertir, ou de se préparer à leur punition).
 En quoi consiste l'Avertissement, je ne puis le révéler. La Vierge ne m'a pas dit (Conchita n'écrit pas: ne m'a pas permis) de le dire. Ni rien de plus. (A ce sujet je n'ai rien d'autre à révéler.)
 Dieu voudrait que grâce à cet Avertissement nous nous amendions, et que nous commettions moins de péchés contre Lui ».
Comme nous demandions à Conchita si cet Avertissement causerait la mort, elle écrivit en note:
« Si nous en mourons, cela ne sera pas le fait de l'Avertissement lui-même, mais bien de l'émotion que nous ressentirons en voyant et en sentant l'Avertissement ».

    Le Message du 18 juin n'est pas seulement le dernier en date, mais, dans le langage de Saint Michel, selon Conchita, il est aussi le dernier que la Vierge donnera. Il ne faut plus en attendre d'autres. Nous sommes bien dans l'époque des derniers avertissements, avant la fin des temps, dira plus loin Conchita, avant cette fin des temps, insistera-t-elle, qui n'est pas la fin du monde.

    Or, parmi ces derniers avertissements, il faut donner une importance spéciale à celui qu'on vient de lire. Il aura lieu avant le Miracle et il en sera la préparation spirituelle.

    Nous voilà donc, de nouveau, dans le monde des « prophéties ». Une fois de plus Garabandal nous ramène à ces réalités mystérieuses dont Saint Paul nous parle avec tant de pertinence. Qu'on nous pardonne de rappeler que seul le Saint-Père est juge des révélations de cette nature, selon la doctrine du cinquième Concile de Latran et du Pape Léon X. (1512).

    Nous faisons remarquer en même temps à ceux qui en miraient besoin qu'il n'est même plus nécessaire d'attendre le Miracle pour croire enfin à Garabandal. Il suffit d'attendre l'Avertissement.