Voyage en Italie

    Malgré toutes les précautions prises, depuis le mois d'Août 1965, bien des gens savaient que Conchita et sa Mère Aniceta étaient passées à Santander pour y prendre leurs passeports.

    Immédiatement, chacun y alla de son pronostic. Au bout de peu de temps, des indiscrétions ayant filtré, les plus perspicaces des « curieux » en arrivèrent à penser et à dire, qu'un jour ou l'autre, les deux femmes s'envoleraient vers l'Italie. Or c'était très exactement de cela qu'il s'agissait. Avant de relater ce voyage, une mise au point s'impose. Nous y avons fait allusion déjà, mais ici, la conscience exige d'en parler explicitement. C'est l'heure de la grande explication.

    A Torrelavega, le 8 septembre 1965, Conchita et sa mère nous avaient annoncé formellement le départ pour le couvent des Carmélites Missionnaires Déchaussées à Pampelune. Il devait avoir lieu le 29 septembre suivant, en la fête de Saint Michel. Le même jour Loli et Jacinta quittaient Garabandal pour la province de Saragosse où les attendaient des Religieuses de la Charité.

    Pourquoi cette date très précise du 29 septembre? Parce que Conchita et sa mère croyaient, pour d'excellentes raisons, que le voyage d'Italie se ferait avant le 14 septembre, date de l'ouverture de la dernière Session du Concile. Un point c'est tout.

    Les choses s'étant passées autrement, les deux femmes ont vécu, à partir de la fête de Saint Michel jusqu'au 7 février 1966, des mois extrêmement douloureux.

    Craignant le pire pour eux, certains adversaires de Garabandal firent l'impossible pour que Conchita ne fût pas reçue à Rome. D'autres, de moindre stature, se joignirent au groupe du golfe de Biscaye dont nous avons parlé plus haut pour calomnier l'adolescente. « La baudruche est dégonflée, elle porte des jupes courtes, elle s'enivre de radio, la vocation religieuse est à l'eau, Garabandal est fini ».

    Pendant ce temps-là, Conchita sentait le diable rôder autour d'elle et était soumise à des souffrances spirituelles intérieures que connaissent seules les âmes les plus contemplatives. Elle écrivait sa douleur secrète aux prêtres en qui elle avait confiance, et les suppliait d'obtenir de sa mère Aniceta l'autorisation de partir à Pampelune, immédiatement.

    Il semble bien que, habituée à s'en remettre en toutes choses à la Vierge, elle n'ait pas compris tout de suite l'importance du voyage en Italie. A moins qu'elle n'ait pensé dans son cœur — ce qui était d'ailleurs fort raisonnable — que si ce voyage devait avoir lieu un jour, il se ferait aussi bien de Pampelune que de Garabandal.

    Mais Aniceta veillait. Et la volonté d'Aniceta est de fer. On l'avait persuadée de la nécessité et de l'imminence de la visite à Rome, et personne au monde ne la ferait céder. Si un jour on cherche dans Garabandal un homme d'une virilité extraordinaire, on n'en trouvera qu'un et il s'appellera: Aniceta Gonzalez.

    Toutes les prières, toutes les supplications de sa fille furent vaines. Vaines aussi les lettres qui essayèrent de la faire fléchir.

    Plus que cela. Cette petite montagnarde s'enferma farouchement dans son secret et fit face à quiconque. Telle est l'explication profonde et absolument vraie de sa conduite à l'égard de ses visiteurs. Il n'y a pas d'autre raison à sa fermeté inébranlable et ombrageuse, à ses rebuffades, à ses silences apparemment inexplicables, à ses restrictions mentales devant les indiscrets de tout genre et de toute nationalité qui dans sa maison, chez elle, l'ont martyrisée pendant quatre mois.

    Dans le plan de Dieu, « vient toujours l'heure qui tout paie ».

    Nous qui savions pourquoi Conchita n'était pas à Pampelune, nous avons fait comme Aniceta: nous avons gardé le silence. Aujourd'hui nous avons enfin la liberté de dire à la face du monde que tout fut odieuse perfidie dans la conduite des petits et des grands adversaires de Garabandal. Jamais, à aucun moment, d'aucune manière, ni Conchita, ni sa mère ne se sont « dégonflées » comme ils ont osé scandaleusement le dire, le répéter et l'écrire.

    Elles ont tout simplement dû attendre, dans le secret qu'elles en devaient garder, la décision de la Providence.

    A l'heure où l'on croyait les deux femmes à Pampelune, pendant que Serafin, le fils aîné exemplaire, gardait la petite maison en répondant évasivement aux questions importunes, Conchita, Aniceta et le Père Luna prenaient l'avion à Barcelone. C'était le 12 janvier 1966.

    De ce voyage, on sait tout ce qu'il est permis de savoir. On ignore et on ignorera toujours, ou jusqu'à l'heure choisie par Dieu, ce que Conchita a dit confidentiellement ou les secrets que la sagesse des Autorités suprêmes lui ont imposés. Ne frappons pas aux portes qui doivent rester fermées. Aimons les silences qui doivent être respectés scrupuleusement. Il y a assez de choses publiques, connues des assistants, des auditeurs, des simples passants pour satisfaire l'esprit et le cœur de chacun.

    A Rome, Conchita a d'abord été reçue au Saint-Office. Introduite seule, évidemment, elle y fut entendue et interrogée pendant deux heures et demie. Avec toute la bienveillance que son humilité, sa simplicité et sa loyauté surent mériter immédiatement.

    Bien sûr, tous les amis de Garabandal désiraient ce voyage. Et plus que d'autres, très particulièrement les théologiens qui ne cachent pas leur attachement à cette Cause dont relèvent dans le plan providentiel le salut des âmes et la vie même de l'humanité. A leurs yeux, il était de la plus haute importance que la première visite de Conchita fût pour le Tribunal suprême du Saint-Office. Ainsi serait observée parfaitement la procédure canonique en vigueur dans l'Eglise. Avant tout, pensaient-ils, l'adolescente devait comparaître devant l'Autorité légitime et compétente en matière de révélations prophétiques.

    Qu'il en ait été ainsi dès l'arrivée de Conchita, prouve avec éclat la sagesse surnaturelle et la probité scientifique de Rome et réconforte au-delà de toute expression le peuple de Dieu tout entier.

    Comme on le lui avait recommandé, entre autres choies, Conchita se recueillit longuement dans deux églises romaines. Elle pria au Colisée et dans une Cata-combe. Elle écrivit aussi, aux amis restés au pays, les cartes postales du souvenir. Nous en traduisons une parce qu'elle est adressée également à chacun de nous.

Rome, 14-1-66.

Pour le groupe de la Vierge de Garabandal.

Ma mère vous salue.
De Rome où je me suis souvenue de vous tous, très spécialement dans l'union au Seigneur.
Un baiser pour tous.
Que toujours nous ayons présents au cœur le Mes sage et Dieu Notre Seigneur.
Conchita Gonzalez.

    La piété et la fidélité satisfaites, on partit en voiture pour San Giovanni Rotondo.

    Consulté sur place, le médecin personnel du saint religieux fut décourageant: « le Padre est trop fatigué, il a absolument besoin de repos, il faut remettre la visite à plus tard ».

    Heureusement tout arrive là-bas.

    Une heure à peine après ce diagnostic, à la surprise générale, de lui-même, le vénéré Père bouleversait toutes les prévisions, anticipait sur l'horaire habituel des visites, et accueillait nos amis à un moment où personne n'est jamais reçu.

    Conchita, sa mère Aniceta et leurs compagnons, entrèrent alors dans un parloir réservé, à côté de la galerie de la chorale de la grande église. L'atmosphère de la rencontre fut pleine de joie et de sérénité. Conchita était à côté du Padre qui, manifestement heureux, la bénissait paternellement. On causa longuement, très amicalement, dans une lumière céleste nous a dit lui-même l'interprète italien de Conchita et du Père. Il nous a même précisé avec son âme franciscaine : tout se passa dans un climat de paradis, à la manière des entretiens rapportés dans les fioretti de Saint François d'Assise et de Sainte Claire.

    Après l'accueil extraordinaire du Padre Pio, nos voyageurs ne pouvaient pas ne pas trouver les âmes nécessaires à l'accomplissement de la mission romaine de Conchita. Ces rencontres providentielles eurent lieu, très précisément à l'heure et de la manière où l'on s'y attendait le moins.

    Pourquoi, comment Conchita a-t-elle pu refermer son cœur, humblement mais joyeusement, sur les paroles du Saint-Père: « Je te bénis, et avec moi, toute l'Eglise te bénit ». « Ti benedico, e con me ti benedice tutta la Chiesa »? c'est son secret et celui de ses amis romains qui le connaissent et nous en ont rendu témoignage, personnellement.

    Pourquoi, comment, lors de l'audience publique au Palais apostolique, le mercredi 19 janvier 1965, le Saint-Père s'est-il arrêté devant Conchita pour la bénir dans un transport de joie indicible? c'est son secret à lui. Il nous suffit d'entendre encore les témoins romains, compagnons fidèles de Conchita, nous répéter : « le visage de Sa Sainteté était... sublime ».

    Oui, chers lecteurs, vous avez bien lu: Moi, le Pape, « je te bénis, et avec moi, toute l'Eglise te bénit ». Incroyable et pourtant absolument vrai. Incroyable, mais absolument vrai également l'épisode de l'audience publique. Sans oublier qu'il fut l'ultime adieu de Rome à la messagère de Garabandal.

    Quelques minutes plus tard, sur la place Saint-Pierre une auto romaine démarrait en trombe et filait vers l'aéroport. Il était temps: l'avion attendait pour emporter en plein ciel le bonheur de Conchita et le nôtre.

    Le lendemain, 20 janvier, huit jours donc après le départ de Barcelone, les trois voyageurs ayant fait escale à Genève arrivaient à Madrid.

    Aniceta avait enfin la paix. Sa tâche était accomplie.

    Conchita, elle, la première étape de sa vie complètement et parfaitement achevée, était libre enfin de s'engager sur la deuxième, de tenir sa parole du 8 septembre 1965.