NOTRE-DAME DU CARMEL
POURQUOI EST-ELLE VENUE SOUS CE VOCABLE PARLER A L'EGLISE DE NOTRE TEMPS A SAN SEBASTIAN DE GARABANDAL ?

par l'Abbé A. COMBE

[PHOTO]:Le village de San Sebastian de Garabandal

    De tous les livres parus à ce jour sur les Apparitions de San Sebastian de GARABANDAL mon préféré est sans doute le «DIARIO », c'est-à-dire le « JOURNAL DE CONCHITA » (P. Joseph PELLETIER). A toutes les pages de ce précieux document la vérité transparaît humble et limpide comme la rosée cristalline suspendue à la fleur du matin. Malheureusement, le «DIARIO » ne couvre qu'une partie de l'histoire des Apparitions, exactement du 18 juin 1961 au 20 janvier 1963.

    Or, la lecture attentive des premières pages de ce « JOURNAL » pose à l'esprit réfléchi une question, restée jusqu'ici sans réponse.

CONCHITA RACONTE :

    « Est arrivé le samedi 1er juillet (1961)... Nous sommes montées à la « Calleja » comme les autres fois pour réciter le chapelet, accompagnées de la foule. A la fin du chapelet, l'Ange nous est apparu tout souriant. Il nous a dit :
    — « Savez-vous pourquoi je viens ? Pour vous annoncer que demain dimanche la Sainte Vierge vous apparaîtra sous le VOCABLE DE NOTRE DAME DU CARMEL ». (Journal de Conchita, page 32).

    Ici le lecteur peut se poser la question : « Pourquoi « sous ce Vocable » ? L'Ange ne donne pas d'explication. Les petites a Voyantes », elles, dans leur ingénuité, n'y voient pas de problème. Toutes radieuses, elles répondent simplement à l'envoyé céleste :
    — « Qu'Elle vienne vite » !

    A quelques lignes de là, le récit toujours alerte et précis enchaîne :  « Est arrivé le dimanche 2 (juillet 1961).

    Nous avons été au chapelet qui avait lieu à 3 heures de l'après-midi. Après le chapelet, nous avons pris la route qui descend dans la vallée, parce que ce jour-là devaient arriver deux de mes frères et nous allions au devant d'eux...

    (Au retour) A notre arrivée au village, une quantité de gens nous attendaient ainsi que nos parents. Il était 6 heures du soir. Nous n'étions pas encore arrivées que la Sainte Vierge nous est Nous nous sommes dirigées vers le « Calleja » pour réciter le chapelet apparue avec un ange de chaque côté ». (Journal de Conchita, p. 33 et 34).

L'APPARITION SOUS LE VOCABLE DE N. D. DU CARMEL

    La description de l'Apparition de Garabandal, sous la plume de Conchita, est mémorable et ne laisse aucun doute. Il s'agit bien de Notre Dame du CARMEL.

    « La Sainte Vierge vient avec une robe blanche, un manteau bleu, une couronne dorée ornée de petites étoiles... Ses bras sont ouverts et Elle porte le scapulaire à droite »... Les cheveux, la figure, le nez, la bouche, les-lèvres, le teint du visage... tout a été parfaitement observé par les « Voyantes ». Et Conchita, qui excelle dans les portraits, nous fait une peinture lumineuse de la Vierge. Elle conclue :  « Sa voix est ravissante. C'est une voix très curieuse — je ne sais pas l'expliquer —. Aucune femme ne ressemble à la Sainte Vierge ni dans la voix ni en rien ». (Journal de Conchita, p. 35).

    Or, certains détails de cette description — remarquons-le — ne correspondent pas du tout à l'image habituelle de N. D. du Carmel, habillée de brun. Conchita l'a sans doute remarqué, puisqu'elle confiera un jour à une dame, témoin des faits de Garabandal et amie de la « Voyante » :  «La Sainte Vierge vient toujours habillée en blanc avec un manteau bleu, sauf le jour du Carmel (16 juillet), où je la vis habillée avec l'habit du Carmel ».

    Voilà une perle de grand prix. C'est une preuve tombée du ciel. Elle nous démontre à la fois la véracité de Conchita dans son récit et l'admirable Sagesse de l'Apparition.

    En effet, ce qu'ignorait Conchita — c'est sûr — et ce que savait Notre Dame du CARMEL, c'est que, lors de son apparition à Saint Simon STOCK, le 16 juillet 1241, la Vierge portait bien effectivement robe blanche et manteau bleu. Délicate attention d'une Mère, qui tient à confirmer à ses enfants l'authenticité de son Vocable N. D. du CARMEL, à GARABANDAL !

LE SILENCE DE NOTRE DAME SUR SON VOCABLE

    Mais nous voudrions en savoir plus... Pourquoi la Sainte Vierge a-t-Elle choisi ce Vocable pour apparaître à GARABANDAL ? Nous aimerions l'apprendre de l'Ange ou de Notre Dame. Or, l'un et l'autre, sur ce point, ont gardé le même silence. Aucune page du « Journal de Conchita », aucun livre sur Garabandal, aucun des très nombreux témoignages écrits que j'ai lus sur les apparitions, ne rapporte un mot d'explication de la Vierge sur le choix de son Vocable.

    En 1971, donc dix ans après la première apparition, je posai moi-même la question à CONCHITA :
    — « Savez-vous pourquoi la Très Sainte Vierge est venue à GARABANDAL sous le Vocable de NOTRE DAME DU CARMEL » ?

    — « Je ne sais. Père... Ni l'Ange, ni la Très Sainte Vierge ne Nous l'ont dit ». (Nous = aux quatre « Ninas »).

    Et pourtant, la Sainte Vierge ne peut être la Fée Royale, qui choisirait, au gré de sa baguette magique, entre mille joyaux, celui dont elle veut orner le front de son diadème.

    Elle n'est pas davantage la Femme élégante, qui viendrait à sa garde-robe pour s'habiller selon les caprices de la dernière mode ou les goûts très subtils de Dame Fantaisie...

    Un jour, l'une des quatre « voyantes », MARI-LOLI, interrogée sur la façon dont l'Apparition avait baisé les pages de son fameux Missel, répondit :
    — « La Très Sainte Vierge fait tout très bien ».

    0 sagesse des petits ! Peut-on définir plus simplement la Vérité ? A sa lumière tout va s'éclairer...
[PHOTO]: L'église de San Sébastian de Garabandal

    Si la Sainte Vierge a voulu apparaître et parler au monde, à Garabandal, sous son Vocable de Notre Dame du Carmel, c'est que ce Vocable, n'en doutons pas, est d'une grande importance pour nous. C'est « la lampe de la maison ». Notre Dame la tient allumée devant Elle, pour que nous puissions fouiller tous les secrets de son Message.

    Quant à son silence lui-même sur les raisons de son choix, n'est-il pas aussi merveilleux ? Certains l'auraient accepté comme une devinette indéchiffrable. Dieu soit loué ! C'est bien plutôt la sublime pédagogie d'une Mère sans pareille, qui sait avec une discrétion effacée, provoquer l'esprit de son enfant à la recherche personnelle et à la joie intime de la découverte.

*    *    *

PARMI LES FLEURS INNOMBRABLES...

    Riche de formes et de couleurs, de lumières et de grâces, le plus beau parterre qui soit est bien celui que l'homme dans son amour a su composer à la Gloire de la Vierge Marie. Tout ce que le génie et le cœur ont pu imaginer de beauté, dans la Foi et la Piété, dans les Lettres et les Arts, n'est-il pas monté d'âge en âge comme des Laudes sans fin vers Marie, le chef-d'œuvre de Dieu ?

    « On a dit de Vous des choses glorieuses, ô Marie ;
    Car le Tout-Puissant a fait en vous de grandes choses ».

    « Ave gratia Plena », Lui disait l'Ange Gabriel, au jour de l'Annonciation. « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de ton sein », reprenait quelques jours après Sainte Elisabeth. Cette Louange mariale, commencée sous la motion de l'Esprit-Saint, ne cessera jamais. Avec des mouvements et des variations infinis, avec les nuances les plus délicates, elle passera tous les siècles. Quelle splendeur ces « Heures de la Vierge » composées par la dévotion chrétienne ! Tantôt y jubilent, comme un triomphe éclatant, la louange et l'acclamation ; tantôt y fulgurent l'extase et la contemplation devant la Beauté la plus ravissante ; tantôt y monte, puissante et incessante, comme les flots à l'assaut de la grève, la supplication déchirante des Pécheurs :

    — « Sainte Mère de Dieu... Mère toujours Vierge...
    — « Siège de la Sagesse... Rose Mystique...
    — « Salut des Infirmes... Refuge des Pécheurs-

    Ce sont quelques invocations des poétiques Litanies de Lorette. Mais il en est tant d'autres, par exemple les innombrables invocations de « l'Acathiste », chez nos Frères Orthodoxes.

    Chez nous, au Moyen-Age — pour ne citer qu'une page de notre Histoire — NOTRE DAME, sous les vocables les plus variés, était la « Souveraine », non seulement du Royaume, .mais des Corporations, des Confréries, des Abbayes, d'une multitude de sanctuaires — un millier environ — et d'une cinquantaine de nos majestueuses Cathédrales.

    — « Madame MARIE... Notre Dame du PUY...
    — « Notre Dame de la Belle Verrière... Notre Dame de CHARTRES...
    — « Notre Dame de REIMS... Notre Dame de PARIS...

    Mais, il faudrait toutes les nommer. « Regnum GALLIAE, Regnum MARIAE ».

    Héritiers d'un tel patrimoine, comment des fils pourraient-ils faillir en abandonnant cette piété ancestrale ? Ce serait félonie et folie. Notre Dame ! Mont-joie ! Il n'en est rien. Notre bon Peuple plus avisé que certains a docteurs ès Théologie ou Pastorale » est resté fidèle à ce qui lui a été transmis. Des invocations nouvelles ont jailli de son cœur, toutes chargées de poésie et de tendresse.

    — « Notre Dame de la Route... Notre Dame des Flots...
    — « Notre Dame des Neiges... Notre Dame des Champs...
    — « Notre Dame des Ailes... Notre Dame des Ondes, etc...
    « Dame est en air. Dame est er mer. Dame d'aval. Dame d'amont », chanterait encore Gauthier de Coincy.
    « NOTRE DAME DE FRANCE, Priez pour nous ».

    Or, parmi tous ces vocables, en voici Un qui entre tous les autres possède ses titres de noblesse et de gloire : celui de NOTRE DAME DU CARMEL. Sait-on qu'avant les apparitions de l'IMMA-CULEE à Bernadette Soubirous il était dans toute la Chrétienté aussi connu que l'invocation actuelle de N. D. DE LOURDES ?

    De cette donnée historique pourrait-on penser que par son apparition sous ce vocable, à GARABANDAL, la Très Sainte Vierge ait voulu redorer son antique blason ? La raison en serait bien légère...

    Ne serait-il pas plus sérieux de chercher la solution du côté du grand Ordre Religieux du CARMEL ? Ordre prestigieux, qui a jeté dans l'Eglise tant de lumière sur la Vie ascétique et mystique et qui a forgé de si grands saints, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux... LE CARMEL, le seul Ordre, qui puisse s'honorer d'être « LE TOUT MARIAL ».

    Orientée sur cette voie, la recherche serait fructueuse et facile. Il suffirait de comparer les points essentiels du Message de N.D. à GARABANDAL avec ceux de la spiritualité carmélitaine pour découvrir aisément entre eux une singulière parenté, un air de famille significatif. A lui seul, ce travail de recherche pourrait faire l'objet de tout un volume. Je me limite ici à quelques exemples.

A - L'Appel à la PERFECTION. A GARABANDAL, la Très Sainte Vierge, dans son premier Message (1961), en termes simples et concrets, disait à ses Voyantes de onze-douze ans : « Mais avant tout il faut être très bon ».

    C'est l'Appel des Cimes, la traduction adaptée des paroles de Jésus : « Soyez parfaits... » (Mat. V. 48)

    Or, précisément, dans cette voie ne sommes-nous pas sui « La Montée du CARMEL », avec cette soif ardente de l'Absolu, qui caractérise si bien l'esprit carmélitain et qui entraîne l'âme vers les Hauteurs du Mont de Perfection : l'union à Dieu ?

    Et pour nous guider dans cette ascension spirituelle quels Maîtres n'avons-nous pas ?

    THERESE D'AVILA : C'est toute la finesse et l'élégance spirituelle de la femme, l'âme ardente et chevaleresque de la Castille, la Fleur de sa race et de son temps. « Virile » (recio corazon), douée de mesure et d'équilibre, avec son esprit réaliste d'organisation et de réalisation, elle nous fait avancer étape par étape jusqu'en la septième Demeure du Mariage Spirituel. L'Epouse est alors « parée » pour l'Epoux ; elle L'attend pour les Noces Eternelles.

    « Je Lui dis quelquefois du fond du cœur : Seigneur, ou mourir ou souffrir ! Je ne Vous demande pas autre chose ». (Vie ch. XL)

    « C'est avec un sentiment de joie que j'entends sonner l'horloge, dans la pensée qu'une heure de ma vie vient de s'écouler, et qu'en conséquence, je suis un peu plus proche du moment de voir Dieu ». (Vie ch. XL)

    JEAN DE LA CROIX : Lui, c'est le parfait Hidalgo, dont le cœur passionné brûle comme un métal en fusion. Sa volonté obstinée et tendue cache pourtant une âme sensible de poète, dont les cordes vibrent si finement sous l'Inspiration. Sa voie à lui est directe ; c'est celle des à-pics, des parois vertigineuses, de la Foi nue. Pour la pratiquer, pas d'autre moyen que le dépouillement total, la marche dans « La Nuit des sens » et « la Nuit de l'esprit », avec la Croix, pour être enfin « seul avec LE SEUL ».

    Encore Prieur à Ségovie, JEAN était, une nuit, en adoration devant le Tabernacle, à la chapelle du Couvent. A genoux, ployant sous la souffrance, qui l'encerclait et le dévorait, voici soudain une voix, toute proche, suave et douée. Le Christ lui parle :
    « Jean, que demandes-tu en récompense de toutes ces souffrances »? Et Jean de répondre :
    « Souffrir, Seigneur, et être méprisé pour Toi » !

    Evidemment, les « champions » qui atteignent une telle altitude spirituelle et y vivent sont rares. D'autres part, les formes et les voies de la sainteté — il faut le préciser — sont diverses. A chacun sa grâce. Mais, à cette Perfection tous sont appelés. C'est bien l'enseignement de l'Eglise. Le Concile de VATICAN II le rappelle expressément dans la Constitution Dogmatique sur l'Eglise, « LUMEN GENTIUM », au Chapitre V : « L'Appel universel à la Sainteté dans l'Eglise » (Editions du Centurion, Tome I, p. 107 et ss.). Cette Constitution, notons-le, fut promulguée solennellement par le Pape PAUL VI, en la Fête de la Présentation de la Vierge, le 21 novembre 1964.

    Or, trois ans plus tôt déjà, dans son premier Message (1961), à GARABANDAL, la Très Sainte Vierge Marie, la Mère de l'Eglise, appelait chacun de ses enfants à la Perfection : « Mais avant tout il faut être très bon ». Mieux encore. Elle prenait soin de nous indiquer la voie évangélique à suivre, celle précisément des plus grands Saints du Carmel :
    « II faut faire beaucoup de sacrifices, faire beaucoup pénitence »...

    Et dans son deuxième Message (18 juin 1965) Elle ajoutera : « Vous devez vous sacrifier davantage. Pensez à la Passion de Jésus ».

    Ici même, ne sommes-nous pas au cœur du CARMEL ?

B - AUTRES RAPPROCHEMENTS : Toute aussi captivante serait la comparaison des autres points, les plus importants, du Message de GARABANDAL avec l'esprit du CARMEL. Par souci de concision, bornons-nous à une simple énumération :

a) L'EUCHARISTIE : « A L'EUCHARISTIE on donne de moins en moins d'importance » (18 juin 1965) - « II faut... visiter beaucoup le Saint-Sacrement ». (18 octobre 1961).

b) La Dévotion Mariale : « C'est Moi, votre MERE... Je vous aime beaucoup ». (Message du 18 octobre 1965)

c) La Prière : « Priez-Nous sincèrement et Nous vous exaucerons ». (même Message)

d) Le Sacerdoce : « Beaucoup de Prêtres vont sur le chemin de la perdition et entraînent beaucoup d'âmes avec eux ». (même Message)

    Ces paroles, assurément, coupées de leur contexte, peuvent paraître très ordinaires, presque banales. Pour en saisir toute la plénitude, il est indispensable de les replacer dans leur cadre de vie, dans leur « environnement », autrement dit, dans la pédagogie si maternelle de Notre Dame avec ses Voyantes, au cours de quatre ans et cinq mois d'apparitions, à GARABANDAL ( Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur à nos deux études antérieures : « L'EUCHARISTIE dans le Message de San Sébastian de GARABANDAL ». « La Présence de la T.S. VIERGE MARIE dans notre vie chrétienne, d'après le Message de San Sébastian de GARABANDAL»).

    Dès lors, pour peu que vous ayez fréquenté les grands Maîtres de la Vie Carmélitaine, vous ne manquerez point de remarquer comment GARABANDAL réfléchit le CARMEL, en ses lignes essentielles.

    Pourrions-nous dire, en conclusion, que la Très Sainte Vierge Marie, par le choix de son Vocable et le contenu de son Message, dans sa merveilleuse intervention, à GARABANDAL, a voulu rappeler à notre Monde, qui les oublie ou les méprise, les valeurs fondamentales d'un Ordre Religieux, dont Elle est depuis le début la Souveraine, « le TOUT MARIAL CARMEL»?

    Parce que « La Très Sainte Vierge fait tout très bien, il serait peut-être téméraire et sot de le nier.

    Mais, après étude approfondie du problème, sans minimiser aucunement les raisons sus-dites, le choix du Vocable de NOTRE DAME DU CARMEL nous paraît se situer sur un plan plus élevé, en un Lieu, où s'origine précisément toute la Mission de la Très Sainte Vierge, celui de la Parole même de Dieu.

    En effet, Marie, l'Immaculée, n'est-Elle pas le « OUI » total et parfait à la Parole de Dieu? Si le contenu de ses Messages à l'Eglise nous renvoit toujours, comme un écho fidèle, à cette Parole divine, pourquoi son Vocable de NOTRE DAME DU CARMEL, lui-même ferait exception ? C'est impossible : « Elle fait tout très bien ».

*    *    *

NOUS MONTONS AU CARMEL

    « CARMEL » est un de ces vieux mots hébreux enchassés dans la Bible, qu'un grand Professeur d'Ecriture Sainte — nous l'avons bien connu — ne pouvait prononcer qu'en s'arrêtant d'émotion.

    Géographiquement, il désigne la célèbre montagne, qui s'en va, au Nord de la Plaine de Saron, se terminer en promontoire, comme un belvédère, au-dessus du golfe de la moderne HAIFA. Dans son étymologie, ce mot — Kéremel — signifie Jardin ou petit Verger, bien cultivé et fertile. On l'appliqua tout naturellement à cette fameuse Montagne, dont les pentes portaient une végétation abondante et variée, digne des jardins les plus soignés.

I. — LE SYMBOLISME MYSTIQUE DU CARMEL

    Le terme passa aussi dans le vocabulaire de la langue poétique du Peuple de Dieu pour évoquer la Beauté, la Grâce, l'Abondance, la Terre où coulent le lait et le miel, le Cœur même de la Terre Promise, le Jardin de Dieu.

DANS ISAIE : Le Prophète parlant de l'ère messianique proclame : « La Gloire du Liban lui est donnée, la Splendeur du CARMEL et de Saron ; on verra la Gloire de Yahvé, la Splendeur de notre Dieu » (Isaïe 35, 2)

DANS JEREMIE : Yahvé rappelle ses bienfaits à son Peuple infidèle et lui dit : « Je vous ai conduits à une terre de « CARMEL » (Vulgate) — c'est-à-dire de jardin — pour vous rassasier de ses fruits et de ses biens ». (Jér. 2, 7)

    Et plus loin, dans l'Oracle contre Babylone, Dieu annonce par la bouche de son Prophète le retour prochain de l'exil : « le vais ramener Israël à son pacage pour qu'il paisse au CARMEL ». (Jér. 50, 19)

DANS LE CANTIQUE DES CANTIQUES : L'Epoux ébloui par la beauté de l'Epouse lui dit : « Ta tète se dresse semblable au CARMEL... Que Tu es belle... 0 Amour, ô Délices ! » (Cant. VII, 6 et 7)

    A vrai dire, notre esprit moderne n'est pas très porté à ce langage symbolique de la Bible. Le symbolisme est pourtant une richesse fondamentale de la Parole écrite.

    Il nous fait saisir et exprimer le réel divin en sa réalité profonde, bien au-delà des apparences et du concret, bien mieux que le théologien ou l'historien. Par exemple, il est impossible de lire Saint Jean, en profondeur, sans prêter la plus grande attention à son symbolisme Mystique, Prophétique ou Eschatologique.

    L'Eglise ne s'y est jamais trompé : sous l'inspiration du Saint Esprit, Elle n'a jamais cessé d'analyser le contenu du symbolisme biblique pour nous interprêter correctement la Parole de Dieu et formuler sa Prière Liturgique.

    Aussi, ne forçons-nous pas les choses, quand nous appliquons tout le symbolisme mystique du CARMEL au Vocable que Notre Dame a choisi pour apparaître à GARABANDAL.

    En venant à nous sous ce Vocable, la Pleine de Grâce reçue, la Pleine d'Amour donné, la toute Belle, l'Immaculée, la toute Sainte, la Très Sainte Vierge Marie nous rappelle d'un seul mot toutes « les Merveilles » que fit pour Elle, et pour nous, le TOUT-PUISSANT.

    Cette lumière nous permet alors de comprendre quelle était la jubilation des petites « Voyantes » devant l'Apparition. C'était une Jubilation de l'œil, de la main, des lèvres, du visage, de tout le corps, qui était irradié et comme aspiré par en Haut dans la contemplation d'une Beauté extasiante.

    Lumière aussi pour notre piété. Si, dans la prière litanique, nous aimons égrainer toutes les invocations et les offrir à la Très Sainte Vierge comme autant de joyaux de grâce et de gloire, nous pouvons aussi rassembler tous ses titres, tous ses privilèges pour les Lui présenter en un seul écrin, ciselé par l'Esprit-Saint lui-même et paré de toute la Poésie biblique, « Fleur du CARMEL, Vigne Fleurie, Splendeur du ciel »...
    « NOTRE DAME DU CARMEL... Priez pour nous ! »

II. — LE SYMBOLISME PROPHETIQUE

    Mais, le CARMEL flamboie d'une autre clarté. Sur son sommet se dresse, fulgurante, à jamais devant l'Histoire religieuse, la figure d'un géant du Prophétisme, ELIE le Tishbite. Comme l'HOREB dans le Sinaï rappelle MOISE, le CARMEL évoque ELIE. Celui-là, Dieu le choisit comme Médiateur pour la conclusion de l'Alliance ; celui-ci comme Prophète pour restaurer et renouveler cette ALLIANCE.

AU TEMPS D'ELIE. Il y avait grande pitié au Royaume d'Israël. La Foi ancestrale en Yahvé était menacée par un gigantesque raz de marée : la tentation du BAAL.

    Israël n'était plus au bon vieux temps de la Vie Nomade, où Yahvé conduisait son Peuple. Il avait évolué. Sur cette terre plantureuse, il était devenu enfin un peuple riche, agriculteur et commerçant, au contact et au niveau de ses voisins du Nord, dont la vieille et prodigieuse civilisation était bien tentante. Dès lors, ne convenait-il pas de s'ouvrir aux valeurs religieuses de son temps? La Foi de grand-papa n'était-elle pas dépassée ? Cette religion de BAAL ne contenait-elle des valeurs naturelles excellentes? Elle était si efficace, si séduisante, puisqu'elle célébrait le culte de la fertilité, du sexe et de la mort, de la mutilation et du sang. Sous la protection de Jézabel, fille d'Ittobaal, roi-prêtre d'Astarté à Sidon et femme du Roi Achab, faux, prêtres ou prophètes, par centaines (et dans ce petit territoire d'Israël on voit d'ici ce que ça devait donner) poussaient le bon peuple dans cette mutation. Et l'on se livrait avec frénésie au paganisme. Ajoutez-y la suite logique, la corruption morale, l'injustice et le crime et vous comprendrez vers quels abîmes on roulait. La situation était si dramatique que la FOI en Yahvé et l'ALLIANCE avec Lui étaient menacées jusqu'en leurs fondements.

    Alors PARUT ELIE... Suscité et propulsé par Dieu au cœur même de la bataille, le voici avec sa vibrante Profession de Foi, qui jaillit comme un cri de guerre : « Il est Vivant YAHVE, devant qui je me tiens ! »

    Seul devant le Roi Achab, seul en face des prêtres ou prophètes de BAAL, seul contre toutes les forces et les intrigues de l'auto-destruction religieuse, tel un Chevalier intrépide de l'ABSOLU, ELIE se dresse. Impossible de raconter ici toute « La Geste » du Prophète. Il faut la lire directement dans le texte inspiré dans le Premier Livre des Rois, Chapitres 17 à 22.

    Dans cette étude ne retenons que l'essentiel, la plus fameuse Mission d'ELIE : le Duel du MONT CARMEL. Le Peuple a été convoqué sur ce Haut Lieu ; les quatre cent cinquante prêtres de BAAL aussi. A tous ELI lance son défi : « Jusques à quand boiterez-vous des deux pieds ?... Si YAHVE est Dieu, suivez-Le. Si c'est BAAL, suivez-le... ». Qu'on prépare donc deux sacrifices. Le Feu tombant du ciel sur la victime désignera le vrai Dieu, BAAL ou YAHVE.

    Les adorateurs de BAAL se livrent à leurs danses de cory-bantes, poussent cris et prières, qu'ils accompagnent de mutilations et de vaticinations magiques. Imperturbable, ELIE ironise et se rie de tout cet appareillage idolâtre, auquel le ciel ne répond rien.

    C'est au tour du PROPHETE. Le récit devient alors majestueux, marqué des détails les plus symboliques. « ELIE dit alors à tout le Peuple : Approchez-vous de moi. Et tout le Peuple s'approcha de lui. Et il répara l'autel de YAHVE, qui avait été démoli. ELIE prit douze pierres suivant le nombre des tribus des Fils de Jacob... et il édifia avec les pierres un autel au Nom de YAHVE »...

    Puis, « A l'heure où l'on offre le Sacrifice... ELIE le Prophète s'approcha et dit : « IAHVE, Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, fais savoir aujourd'hui que Tu es le Dieu d'Israël et que je suis ton serviteur... Exauce-moi, Yahvé, exauce-moi !... (I Rois, 18, 36 et 37)

    Qui ne perçoit à travers ces notations significatives une allusion directe à l'Alliance conclue jadis au Sinaï. Il n'y a qu'à comparer ce texte du Livre des Rois avec le chapitre 24 de l'Exode.

    A la prière d'ELIE la réponse de Dieu fut immédiate. « Alors tomba le Feu de IAHVE, qui dévora l'holocauste, les bûches, les pierres et la poussière, et il volatilisa l'eau qui était dans la rigole ». «Ce voyant, tout le peuple tomba sur sa face et dit : « YAHVE est Dieu ! YAHVE est Dieu ! » (I Rois, 18, 38 et 39)

    Telle fut la Mission essentielle, qui lia pour toujours le nom d'ELIE au MONT CARMEL. Tandis que soufflait en tempête le vent de l'infidélité sur son Peuple, Dieu s'est servi de son Prophète pour ramener à lui le cœur des Enfants d'Israël et renouveler son Alliance.

    Evidemment, cette « Geste » d'ELIE serait à compléter par d'autres exploits. Ils sont si nombreux. Ne faudrait-il pas insister davantage sur l'autorité persuasive avec laquelle il prêchait la conversion du cœur, parfois à coups d'avertissement, de miracle et de châtiment. Il faudrait ajouter ce que sa Mission fit de lui, l'homme souffrant, le proscrit, pourchassé, dévoré de délaissement et de pénitence, le solitaire de la grotte de Kérith. Ne fut-il pas aussi le Pèlerin du Désert, où le visitait et le réconfortait l'Ange de Dieu ? Epris de silence et de prière, assoiffé de contemplation, ne fut-il pas, sur l'OREB, l'intime et le confident de YAHVE, qui « au bruit d'une brise légère, passe et vient lui donner son Message ? »

    Ce sont des scènes merveilleuses. Mais, trop souvent, on les prend pour elles-mêmes, en les détachant de l'essentiel. Il ne faut jamais oublier leur lien vivant avec la mission capitale d'ELIE, la restauration et le renouvellement de l'ALLIANCE. Il est l'Homme du Sacrifice sur le CARMEL.

    Comme MOÏSE, il est Celui qui « se tient devant Dieu », le Médiateur, le Pontife, le point de jonction entre la Miséricorde de Dieu-qui-sauve et l'homme pécheur. En cela il préfigure déjà le Christ JESUS. Le P. JOSEPH DE SAINTE-MARIE, Professeur à la Faculté de Théologie des Carmes Déchaux, à Rome, dans une de ses conférences, l'a parfaitement remarqué :

    « Voilà pourquoi ELIE est si grand. C'est pour cela aussi qu'il est présent au THABOR, à la Transfiguration, en même temps que MOÏSE, parlant avec Jésus de ce que celui-ci devait souffrir à JERUSALEM (Lc 9, 31) : entre MOÏSE, Médiateur de l'Ancienne Alliance et JESUS, Médiateur de la Nouvelle, ELIE se tient comme le Prophète rappelant au Peuple la première, et l'y ramenant, mais en même temps annonçant en figure la Nouvelle et le véritable et définitif re-nouvellement de l'ALLIANCE. Or si le SINAI fut le lieu de la première Alliance et le GOLGOTHA, aux portes de Jérusalem, celui de la Nouvelle, LE CARMEL est dans l'Histoire celui du geste prophétique manifestant l'intervention de D'ieu pour sauver son Peuple de l'infidélité dans laquelle il se perdait ».

III. — LA GRANDE LUMIERE DU CARMEL...SUR GARABANDAL...

    Comme le soleil levant, derrière la montagne, fait surgir de l'ombre tout le relief du paysage, le Symbolisme du MONT CARMEL nous fait découvrir maintenant les dimensions étonnantes du Message de NOTRE DAME, à GARABANDAL.

    C'est bien de ces hauteurs, en vérité, qu'il faut regarder les grandes lignes, l'importance et la portée de ce Message ; faute de quoi, on ne verra que babioles et insignifiances. Et il n'y aura pas de pires ennemis de GARABANDAL que ces colporteurs de médiocrités.

    COMME AU TEMPS D'ELIE...

    Regardons avec lucidité la situation religieuse de notre Temps ?

    D'aucuns minimisent les choses et ne voient rien d'alarmant. Ce sont des inconscients ou des aveugles « endormis ». D'autres, au contraire, poussent tout au noir découragement et sombrent dans la tristesse désespérée. Ce sont des malheureux, qui oublient la Parole du Christ à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Enfer ne tiendront pas contre Elle ». (Mat. 16, 18). D'autres enfin — et ce ne sont pas les moins dangereux — chantent cette « mutation » comme un signe précurseur d'un beau renouveau !... Ce sont des « irresponsables », des « drogués » dans une béate euphorie.

    Non. L'analyse des faits — chacun peut les constater à foison — et les multiples déclarations de notre Saint Père le Pape PAUL VI nous le prouvent : la situation est très grave.

    Contre notre Foi chrétienne se sont déchaînées, parfois, à front découvert, mais le plus souvent, déguisées sous une peau de prophètes — quand ce n'est pas sous la blanche toison de l'agneau ! — toutes les Puissances du Mal. Elles se sont attaquées aux vérités dogmatiques les plus sacrées... et elles entraînent le naufrage accéléré des principales valeurs mystiques, ascétiques, morales, spirituelles, voire humaines de notre Temps.

    UN SIGNE GRANDIOSE APPARUT AU CIEL, C'EST UNE FEMME... (Apoc. 12, 1)

    Elle est la virginale et Immaculée Mère de Dieu. Et Il est véritablement son Fils, Celui que les Patriarches, les Prophètes et les générations attendaient, le Messie-Sauveur, JESUS-CHRIST.

    Elle est donc beaucoup plus qu'ELIE...

    Dans l'ordre de la grâce. Elle est aussi la Mère de tous les Baptisés, la Mère de l'Eglise. Dans la « Constitution Lumen Gentium » sur l'Eglise, le Concile Vatican II consacra tout un chapitre sur la Très Sainte Vierge Marie. Mais, Notre Saint Père le Pape PAUL VI tint à donner un épilogue à la promulgation de cette Constitution. Devant tous les Pères du Concile, il déclara: « Nous avons cru opportun de consacrer, dans cette séance publique, un titre en l'honneur de la Vierge, suggéré de divers côtés dans le monde catholique et qui Nous est particulièrement cher, parce qu'il synthétise admirablement la place privilégiée reconnue par ce Concile à la Vierge dans la Sainte Eglise. C'est donc à la gloire de la Bienheureuse Vierge et à notre réconfort que Nous proclamons Marie Très Sainte, MERE DE L'EGLISE, c'est-à-dire de tout le Peuple de Dieu »...

    N'est-Elle pas enfin la Glorieuse Reine du Ciel, Elle qui, depuis son Assomption, est parfaitement associée en corps et en âme à la Victoire de son Fils sur le Péché et la Mort ? Ainsi, n'est-Elle pas Celle qui « se tient » — mieux que personne — devant le Dieu Vivant, afin d'intercéder — beaucoup mieux qu'ELIE — pour son Peuple ».

QUAND INTERVIENT NOTRE DAME DU CARMEL...

    La Très Sainte Vierge étant ce qu'Elle est, il serait d'abord très prétentieux de contester — comme certains osent le faire — le principe même de son intervention dans l'Histoire de son Peuple.

    Si l'Esprit-Saint suscitait et poussait les Prophètes pour ramener les Juifs sur le chemin de la Fidélité à l'ALLIANCE, serait-il concevable que la REINE DES PROPHETES, Celle qui fut et reste remplie de l'Esprit-Saint, ne vienne au secours de ses enfants, quand son Eglise est menacée des plus grands périls ? Faudrait-il croire que son titre de « REINE DES PROPHETES » n'est qu'une simple décoration tournée vers le passé ?

    Elle est intervenue déjà si souvent...

    Mais, quand Elle vient à nous, à GARABANDAL, sous le Vocable de NOTRE DAME DU CARMEL, aux heures les plus dramatiques d'un terrible combat des Ténèbres contre La Lumière, comprendrons-nous la Grâce inouïe qu'Elle nous fait ? C'est beaucoup plus que le Face à Face historique d'Elie et de l'idolâtrie. C'est le Face à Face de la Femme de l'Apocalypse et de la Bête, afin de nous garder fidèles à l'ALLIANCE NOUVELLE ET ETERNELLE, conclue dans le sang de son Fils sur le Calvaire.

    SON MESSAGE DE SALUT...

    MARIE nous redit avec toute la tendresse de son cœur l'appel divin, qui traverse tous lès siècles : « Convertissez-vous ». (Act. 3, 19)

    « II faut faire beaucoup Pénitence... Si nous ne changeons pas, le Châtiment... »

    Elle nous dit dans son amour pour son Fils et pour nous sa tristesse, à cause de nos infidélités au Grand Sacrement de la NOUVELLE ALLIANCE :

    « II faut visiter beaucoup le Saint Sacrement ».

    « A l'EUCHARISTIE on donne sans cesse moins d'importance »...

[PHOTO]: « La calleja » serait-elle l'image de « La montée du Carmel » et du « Chemin de la Perfection » ?

    Parce qu'Elle est la Mère de Jésus, le Souverain Prêtre, qui s'est donné tout entier pour notre salut. Elle nous rappelle /''ABSOLU DU SACERDOCE :

    « Beaucoup de Cardinaux, d'Evêques et de Prêtres s'en vont sur le chemin de la perdition ».

    Elle nous redit la Parole de son Fils, notre vocation à la sainteté ; et ce sera le point culminant de son premier Message :
    « Mais avant tout, il faut être très bon ».

    Le point final de son Message sera de nous ramener à l'ALLIANCE, conclue dans l'Amour Absolu et en sa présence de Co-Rédemp-trice, au pied de la Croix :
    « Vous devez vous sacrifier davantage...

    « Méditez la Passion de JESUS... »

    C'est UN MESSAGE qu'il nous faut lire, comprendre, accomplir et faire connaître avec une ardeur prophétique, AVEC LE FEU DU CARMEL.

 l'Abbé A. COMBE