MARIA DOLORES OU MARIE DES DOULEURS

    Quelle erreur on commettrait en se figurant que Conchita résume à elle seule Garabandal.

    Celle-ci est d'aileurs peinée, quand on lui fait quelque cadeau à elle seule. Elle ne permet pas qu'on ne pense qu'à elle, car elle est d'une délicatesse infinie à l'égard de ses compagnes. Elle les estime et les aime profondément. Elle éprouve même une tendresse particulière à l'égard de Mari Cruz.

    Ces sentiments, à leur tour, les trois autres le lui rendent du fond du cœur.

    Quelle que soit la tension permanente ou accidentelle qui puisse exister entre leurs familles, les enfants trouvent toujours, toutes quatre, le moyen de se rencontrer à l'entrée ou à la sortie de l'église, de jouer ensemble l'après-midi du dimanche, de se promener à la manière des adolescentes qui se tiennent par le bras au milieu des filles plus jeunes qu'elles, ou encore de s'attarder à regarder danser leurs petites amies, sous l'auvent du village.


    Que de fois Conchita n'a-t-elle pas demandé à Notre-Dame d'apparaître aux autres autant qu'à elle-même, de leur donner la même mission, de ne pas lui réserver de rôle particulier.

    Un jour qu'elle était accablée sous le poids de ses responsabilités et de ses épreuves intérieures, elle a même dit à la Vierge: « Mère, pourquoi moi toute seule? Partagez donc avec les autres ».

    Nous ignorons dans quelle mesure ces demandes, ces prières de l'aînée des voyantes ont été ou seront exaucées. Mais nous connaissons suffisamment les trois autres pour en parler utilement maintenant.

    Laissons donc à Notre-Dame la liberté de son choix, sans oublier que Dieu seul connaît exactement la valeur de chacune et les voies secrètes ou visibles par lesquelles il mène ces petites voyantes.

    Maria Dolorès a eu 16 ans le 1" mai 1965. Elle est plus forte et moins grande que Conchita.

    Des yeux vifs et rieurs dans un visage qui s'est heureusement allongé. Une chevelure noire opulente et brillante qui lui tombe sur de solides épaules.

    Dans les premières années des apparitions, elle fut apparemment la plus favorisée par Notre-Dame du Carmel. En ce temps-là, elle répétait à sa vision: « emporte-moi au Ciel avec Toi tout de suite ».

    Depuis lors elle est perpétuellement accablée par les soucis et les travaux de la famille nombreuse dont elle est l'aînée des filles. Elle est à la fois la cuisinière diligente et la serveuse affairée du petit bar du village. Pas question de s'arrêter, ni de s'asseoir dans cette maison, car son père, Ceferino, voit tout, entend tout. Fils lui-même d'une famille de 12 enfants, toujours en éveil quand il s'agit de sa fille et des apparitions, il commence par dévisager l'étranger, le visiteur, sans trop le laisser paraître. Devant quiconque il se défend de toute crédulité, bien décidé depuis toujours à ne s'en laisser accroire par personne, même pas par sa Loli qui doit marcher droit, tout droit et vite.

    De cette dernière qui paraît toujours joyeuse, même si elle avait envie de pleurer, quelqu'un écrivait récemment, après avoir vécu une semaine d'intimité avec elle: « on devine le recueillement d'une vie intérieure ardente, elle est la mystique du groupe ».

    Pour se rendre compte de cela, il faut l'arracher aux occupations absorbantes du foyer, et faire avec elle la descente ou la montée de Cosio.

    Tous les deux jours elle y va chercher le ravitaillement que transporte l'un de ses plus chers compagnons, le petit âne familial: 14 kilomètres, aller et retour.

    Libre d'être enfin elle-même au milieu de ses montagnes, Loli découvre alors sans effort les secrets que cachent la pureté de son sourire, sa jovialité contenue, sa bonne humeur inaltérable, le rien de malice délicieuse, qui sont le fond de sa nature.

    Le 30 septembre 1965, elle partait pour un pensionnat de religieuses dans la province de Saragosse, se répétant à elle-même la locution intérieure de la Vierge, qui l'avait surprise peu auparavant:

    « Si Je ne me montre plus à toi, Loli, c'est que pour toi l'heure de souffrir est venue ».

    La souffrance! Il y a longtemps qu'elle la connaît. Et profonde; et lancinante.

    Seule la devine sa très pieuse Mère, Julia, parce que les mères ont des antennes, ce qui est plus précieux encore que des oreilles.

    Nous dirons plus tard le combat spirituel d'une enfant de 13 et 14 ans, aux prises avec la contradiction intellectuelle aussi subtile que dangereuse.

    Il faut avoir discuté soi-même avec l'adversaire qu'elle avait devant elle, il faut le connaître et l'aimer, pour mesurer le poids de la croix que Loli a portée, et porte encore.

    Ainsi vont les choses, même dans un petit village de montagne, quand un père imprudent accueille dans sa maison, sans méfiance, l'un ou l'autre jeune universitaire de quelque ville d'Espagne; surtout lorsque celui-ci prend position devant des apparitions quand il se débat lui-même dans une crise douloureuse et secrète de Foi catholique.

    Sans que Cerefino y prenne garde, Loli a assisté à ces discussions qui durèrent des mois entre lui et leur hôte. Elle a entendu toutes les objections, toutes les réflexions qui systématiquement auraient dû détruire toute certitude au sujet des faits de Garabandal. Elle a vu, entendu, mesuré leur effet désastreux dans l'âme de son père qu'elle craint et aime tendrement.

    En silence, comme sa mère, elle en a souffert au-delà de toute expression, ne devinant pas qu'il devait en être ainsi quand on s'appelle Marie des Douleurs..