Une Heure Décisive Pour Conchita

LA LOCUTION DU SEIGNEUR, LE 13 FEVRIER 1966, A PAMPELUNE

(par le Père A. COMBE)
 
    Cette locution du Seigneur fut pour Conchita un événement capital, le tournant décisif de sa jeunesse... Situons les faits.

    La dernière apparition de la Vierge Bénie à Conchita, aux Pins de Gara-bandal eut lieu, le 13 novembre 1965. "Et c'est fini, écrivait alors la petite confidente de Notre Dame du Carmel. Il est passé le moment de bonheur que j'ai eu avec ma Maman du Ciel, ma meilleure amie, et avec l'Enfant Jésus. J'ai cessé de les voir, mais non de sentir leur présence". Sous cette pensée nostalgique, ne devine-t-on pas le problème majeur de cette adolescente? Que vais-je devenir? Que dois-je faire de ma vie?

   Au vrai, depuis de longs mois déjà, sa décision est prise et annoncée. Elle y a gagné le consentement de sa mère, de même que l'approbation de son confesseur et directeur spirituel, l'illustre théologien, le Père Lucio Rodrigo de Comil-las. Pour Conchita, les choses sont claires... Quand vous avez été formé, en direct, plus de quatre années durant, par la Très Sainte Vierge Marie et par Jésus... et que vous avez vécu en leur présence, comme face à face... 0 douceur inexprimable de cette prodigieuse intimité! Quand vous avez en l'esprit l'exemple de la petite Bernadette de Lourdes et celui vivant de Sœur Lucie de Fatima... Quand, de surcroît, vous avez l'ardeur de la jeunesse, la générosité et le sang de la Cas-tille... Y a-t-il à hésiter? à tergiverser?

    Je serai religieuse, l'épouse toute donnée au Seigneur Jésus, dans la congrégation des Carmélitaines Déchaussées Missionnaires. Elles tiennent des Missions en Afrique, où, si Dieu le veut, je pourrai me dépenser au service des Noirs.

    C'est ainsi que Conchita, heureuse et décidée, se préparait à entrer au Collège Angélique de ces religieuses, à Pampelune.
 
    Survient alors un contretemps de la Providence. Le Cardinal Ottaviani, préfet du Saint-Office (devenu la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) la demande à Rome. Le voyage est organisé par le Père Luis Luna. Tous les frais en sont gracieusement payés par M. F. Sanchez-Ventura. Départ en avion, de Barcelone, le 12 janvier 1966.

    Laconiquement, Conchita écrira à son retour: "Le voyage à Rome a été très bien , on ne peut mieux... Mais on m'a interdit de dire quoi que ce soit là-dessus. Il n'y a donc qu'à obéir; et Dieu fera le reste. On a été très aimable avec moi".

    Exact. C'est avec une très grande cordialité que Conchita fut reçue par le Cardinal Ottaviani, assisté du Secrétaire Principal de la Congrégation, Monseigneur Philippe. L'entretien se prolongea pendant deux heures et demie. Et Monseigneur Philippe me disait, un an après, presque jour pour jour: "Conchita nous fît une excellente impression".

    Il est aussi vrai que le Pape Paul VI lui-même reçut Conchita et lui dit textuellement ces paroles significatives: "Je te bénis et l'Eglise tout entière avec moi te bénit".

    Puis, de Rome, Conchita, sa mère et la secrétaire de la Comtesse Irène de Parme furent conduites à San Giovanni Rotondo, auprès du Padre Pio. Le petit groupe fut reçu très paternellement par le Capucin stigmatisé dans sa propre cellule.

    Le retour de cet heureux voyage s'effectua le 21 janvier 1966.

    Trois semaines après, le lundi 7 février 1966, Conchita entre, enfin, comme élève au Collège Angélique des Carmélites Déchaussées de Pampelune. C'est le jour anniversaire de sa naissance. Elle a 17 ans. Tout heureuse, émue, décidée, elle s'engage selon son ardent désir sur la voie de la consécration religieuse.

    Mais, votre vouloir, Conchita, est-il vraiment celui de Dieu? Les desseins divins sont souvent si différents des nôtres, même les plus mûris...

LE SEIGNEUR INTERVIENT- L'APPEL ET LA MISSION

    Ce qui arriva nous est bien connu grâce au texte écrit de la main de Conchita. En voici la première partie:
 
    Le dimanche 13 février 1966, au moment de rendre grâces après la com-m union j'ai reçu tout à la. fois une grande joie et une tristesse encore plus grande, ainsi qu 'une déception! J'ai entendu la voix du Christ qui me disait:

    "Conchita, tu es venue ici au collège pour te préparer à devenir mon épouse et tu dis que c'est pour me suivre. Ne dis-tu pas, Conchita, que tu veux suivre ma volonté? Eh bien toi, maintenant, c'est la tienne que tu veux accomplir. Veux-tu la suivre ainsi toute ta vie? Je t'ai élue, toi, dans le monde pour que tu y restes, pour que tu affrontes les nombreuses contrariétés que pour moi tu y trouveras. Tout cela je le veux pour ta sanctification et pour que tu l'offres pour le salut du monde. Tu dois parler au monde de Marie. Souviens-toi qu 'en juin (dans une locution semble-t-il) tu m'as demandé si tu serais religieuse. Je t'ai répondu: "Tu trouveras partout la Croix et la souffrance". Je te le dis maintenant de nouveau.".

    Cette voix intérieure du Seigneur est d'une clarté lumineuse, sans ombre ni clair-obscur. Elle ne laisse ni doute, ni faux-fuyant. Directe, sans détour, elle va droit au but, avec une ferme autorité et une infinie tendresse. Il ne nous manque que le ton et le mouvement de cette voix intérieure pour saisir toute l'importance de l'événement: la vocation divine, indubitable de Conchita.

    "Conchita"... ! Le Seigneur t'appelle par ton Nom, comme Dieu faisait jadis pour ses serviteurs bien aimés: Abraham, Isaac... Samuel, David et tant d'autres!... Il t'appelle par ton Nom de baptême, le sublime sacrement qui nous unit vitalement et indissolublement à Dieu et nous permet de lui dire en toute vérité: "Notre Père, Jésus, notre seigneur... Esprit Saint, source de vie, de lumière et d'amour"!...

    "Tu es venue ici... pour te préparer à devenir mon épouse... Ne dis-tu pas, Conchita que tu veux suivre ma volonté..." Jésus connaît donc bien le désir profond de sa privilégiée: se donner totalement à lui. Il ne refuse pas cette oblation d'amour total; il l'agrée avec empressement, il en prend acte; il la signe...

    Mais il veut que Conchita réalise cette oblation sur une autre voie que celle où elle s'engage. Le Seigneur vient donc lui dire de changer de cap. Il ne lui dit pas: "Je t'ai élue, toi, à Garabandal, dans ton village, perdu dans le site merveilleux des Monts cantabriques, le village auquel te relient tant de souvenirs, ceux de ton enfance et surtout ceux des jours heureux des apparitions... Non ; le Seigneur précise: "Je t'ai élue, toi, dans le monde" c'est-à-dire dans la condition commune des fidèles, des laïcs de mon Peuple. "Pour que tu y restes" (dans cette condition des laïcs engagés dans le monde).

    Jésus appelle donc clairement Conchita à l'état laïc. Telle est bien sa vocation. Pourquoi aucune des voyantes de Garabandal, me demande-t-on souvent, n'est devenue religieuse? La réponse est simple: parce que le Seigneur les a voulues dans la condition de laïc dans le monde. Mais la question peut rebondir plus loin?. Et pourquoi le Seigneur l'a-t-il voulu ainsi? Evidemment, c'est le secret de Dieu, qui fait tout avec une sagesse infinie. Mais, ne pouvons-nous pas penser qu'en agissant ainsi, le Seigneur tenait à souligner fortement l'importance de ce que le Concile Vatican II venait de mettre si bien en relief, comme jamais aucun autre concile ne l'avait fait, la dignité des chrétiens laïcs, engagés dans le monde? Je le crois. Et sur ce point, comme sur tous les autres, je relève une fois de plus l'harmonie, la parfaite concordance entre le Message de Garabandal et l'enseignement du Concile Vatican II, dont les travaux ont si bien coïncidé avec les apparitions de Notre Dame du Mont Carmel à Garabandal. Et à cette remarque, on peut ajouter que ces deux événements, très différents l'un de l'autre, le Concile et les apparitions de Notre Dame, si nous les regardons dans la lumière de l'Esprit-Saint, nous comprenons mieux comment le second vient heureusement conforter l'importance magistrale du premier, et réciproquement, pour le plus grand bien de l'Eglise de notre temps.


Trois documents de Vatican II sont à lire sur le sujet :
1 - La Constitution dogmatique sur l'Eglise.
2 - La Constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps.
3 - Le Décret sur l'apostolat des laïcs.
    Mais revenons à la locution du Seigneur. Après l'Appel à l'état laïc, voici la Mission, l'envoi de Conchita dans le monde: "Pour que tu affrontes les nombreuses contrariétés que pour moi tu y trouveras. Tout cela je le veux pour ta sanctification et pour que tu l'offres pour le salut du monde... Tu dois parler au monde de Marie". Etc.

    Ces paroles d'une plénitude extraordinaire mettent en relief trois composantes soudées, inséparables, qui forment comme une trinité sainte: la sanctification, la Croix, le salut du monde. Vouloir en disjoindre une des deux autres, autant prétendre créer la rivière en la coupant de la source.

    a - "Tout cela Je le veux pour ta sanctification" dit le Seigneur. A Garabandal, la Vierge Marie n'avait-elle pas rappelé la même exigence, dans son message? "Mais avant tout, il faut être bon" (c'est-à-dire saint). C'est l'Evangile. .. " Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait' ' (Mt. 5. 48) - ' 'Vous serez saints, car Moi je suis Saint". (I P. 1. 15) - "La volonté de Dieu, c'est votre sanctification ".(I Th.4.13etss.)-" Brillez comme des foyers de lumière ' ' (Ph. 2.15).

    b - "Où que tu sois, tu trouveras la Croix et la souffrance"... Notre Dame du Mont Carmel disait de même à Garabandal. "Il faut vous sacrifier plus' '... ' 'Pensez à la Passion de Jésus' '. Nous voici au cœur du grand mystère de notre Rédemption. ' 'II faut que le Fils de l'Homme soit élevé pour la rédemption de ses disciples" (Jn. 3.5) - "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive' ' (Mt. 16.24) - "Qui ne saisit pas sa croix et ne marche pas à ma suite n'est pas digne de moi" (Mt. 10.38)

    c - "Pour que tu l'offres pour le salut du monde"... "Dieu, nous dit l'apôtre saint Jean, a envoyé son Fils unique... pour sauver le monde". (Jn. 3.16) Et ce fils nous a rachetés, sanctifiés, purifiés par son Sang. Or, par le don de la Foi et du Baptême, il nous a incorporés à Lui et donc à sa grande œuvre du Salut du monde. Et dès lors, chaque fois que dans une oblation d'amour nous unissons à sa Croix nos souffrances et celles de nos frères dans les tribulations du monde, nous collaborons à son œuvre de Salut. Nous devenons par Lui, avec Lui et en Lui ses ouvriers de la Rédemption. ("Je complète en ma chair ce qui manque aux afflictions du Christ, en faveur de son corps, qui est l'Eglise' '. (Ccl. 1.24).

    A ces objectifs de la mission de Conchita dans le monde, Jésus ajoute une consigne, qui dirais-je, leur est unie de droit divin: "Tu dois parler au monde de Marie".

    N'avons-nous pas vu ou entendu, hélas, des ténors (clercs ou laïcs) marmotter ou s'exclamer à propos de l'apostolat mariai ou de la simple piété envers Marie?... "Mais, quelle exagération!..." "Nous ne sommes plus au Moyen Age" - "Marie ne doit pas cacher le Christ", etc. A de telles sottises, il faut répondre: ' 'Est-ce Nous, est-ce l'Eglise qui avons fait de Marie l'Unique Femme Immaculée, la Bénie entre toutes les femmes, l'Epouse du Saint Esprit, la Mère du Verbe Incarné, etc.? Non, c'est Dieu lui-même qui en fait le chef-d'œuvre de sa création; c'est Lui qui a fait des merveilles en Elle, qui l'a parée de tous ses dons, qui l'a choisie pour être sa fidèle servante pour réaliser son plan de salut de toute la famille humaine. Et c'est Lui qui nous l'a donnée pour Mère et qui nous en a révélé la splendeur.

    L'Eglise, elle, n'a fait que scruter au long des siècles cette révélation divine sur Marie pour mieux saisir et enseigner le rôle unique que Dieu a voulu, dans sa Sagesse, confier à sa bien-aimée servante dans l'économie du Salut.

    Renvoyons donc nos "ténors" à l'enseignement de l'Eglise, par exemple à l'école de Vatican II, qui a consacré, dans sa magistrale Constitution Dogmatique sur l'Eglise "Lumen Gentium", tout le chapitre VIII — cinq gros paragraphes, 21 sous-titres, 16 pages — à la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le Mystère du Christ et de l'Eglise".

    Et le Concile parle encore de Marie dans plusieurs autres documents, en particulier dans "le Décret sur l'apostolat des laïcs", où il dit: (chapitre I, fin du N° 4)

    "La Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres, est l'exemple parfait de cette vie spirituelle et apostolique. Tandis qu'elle menait sur terre une vie semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux, Marie demeurait toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l'œuvre du Sauveur à un titre absolument unique. Aujourd'hui où elle est au ciel "son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n 'est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les peines et les épreuves jusqu'à ce qu'ils parviennent à la patrie bienheureuse. Tous doivent avoir envers Elle une vraie dévotion et confier leur vie et leur apostolat à sa sollicitude maternelle".
    Evidemment, cet enseignement de l'Eglise pour une vie mariale et apostolique concerne tout chrétien dans le Monde. Mais, à Conchita le Christ Jésus demande plus, beaucoup plus... parce qu'elle a reçu plus. Au temps des apparitions, à Garabandal, n'a-t-elle pas vécu, comme ses compagnes, dans une prodigieuse intimité avec Marie et Jésus? Tout son être, corps et esprit, n'a-t-il pas été touché et comme imprégné par les merveilles qui ont accompagné le Message de Garabandal?

    Sous cet éclairage on mesure plus justement ce que demande Jésus dans sa locution à Conchita: "Tu dois parler au monde de Marie". C'est la mission spécifique qu'il lui confie. C'est la perle précieuse dont il orne son sacerdoce royal de chrétienne dans le monde.

    Le Seigneur ne précise pas les moyens que Conchita pourra employer pour cette mission. Il fait confiance à son initiative libre et responsable. Notons seulement qu'il n'en exclut aucun, la parole, les écrits, la presse, l'audiovisuel, etc. Il ne lui détermine pas non plus le programme de cet apostolat marial, mais il est clair qu'il devra inclure nécessairement le Message de Salut que Notre Dame du Carmel à donné à Garabandal ainsi que toutes les merveilles voulues par Dieu pour nous le communiquer.

    En contraste, il daigne l'avertir que cette mission sera rude : "Où que tu sois, tu trouveras la Croix et la souffrance". Il le répète à la fin de sa locution: "Je veux te prévenir que le reste de ta vie sera une souffrance continuelle". Et dans son amour, il la réconforte: "Ne t'inquiète pas. Dans cette souffrance, je suis MOI, ainsi que Marie que tu aimes tant".

    La vocation et la mission de Conchita dans le monde sont donc parfaitement définies dans la première partie de cette si dense locution du 13 novembre 1966, à Pampelune.

COLLOQUE D'AMOUR • CONSEILS • RECONFORT

    Ces trois termes pourraient résumer assez bien la deuxième partie de cette locution divine.

    Je lui ai dit :
    "Alors tu ne m'aimes pas Jésus?". Il m'a. répondu: "Conchita., tu me demandes cela? Qui t'a rachetée? Accomplis ma volonté et tu trouveras mon amour. Examine-moi. Pense plus aux autres. Ne crains pas les tentations. Si tu es fidèle à mon amour, tu vaincras les nombreuses tentations qui t'attendent. Sois intelligente, comprends spirituellement ce que je t'ai dit. Ne ferme pas les yeux de ton âme. Ne te laisse tromper par personne. Aime l'humilité, la simplicité. Ne pense jamais que ce que tu as fait est grand. Pense à ce que tu as à faire, à ce que tu dois faire, non pas pour gagner le ciel mais pour sauver le monde, qu'il accomplisse ma divine volonté. Toute âme qui se prépare, toute âme bien disposée à m'entendre, saura quelle est ma volonté".

    "Je veux te dire, Conchita, que tu souffriras beaucoup d'ici au miracle, car il y en aura peu qui te croiront. Ta famille, elle-même, croira que tu les as trompés. Tout cela, c'est Moi qui le veux, je te l'ai dit, pour ta sanctification et pour que le monde accomplisse le message. Je veux te prévenir que le reste de ta vie sera une souffrance continuelle".

    "N'aie pas peur. Dans ta souffrance tu me trouveras, moi et Marie que tu aimes tant".

    Je lui ai demandé si à Rome aussi on ne me croirait plus et II ne m'a pas répondu.

    Puis il m'a dit: "Ne t'inquiète pas de ce que l'on te croit ou de ce que l'on te croit pas. C'est moi qui ferai tout, mais je te donnerai aussi la souffrance. Je serai avec celui qui souffre pour moi".

    1 - Colloque d'amour

    Conchita a parfaitement compris la volonté du Seigneur; elle l'accepte. Mais, devant un tel virage qui lui est demandé, surgit en elle une pensée, comme un doute: ' 'Je désirais sincèrement me donner à Lui tout entière... Mon amour total pour Lui ne trouverait-il pas en son cœur réciprocité?"... Alors, elle ose lui demander impromptu, sous une forme négative et avec hyperbole: "Tu ne m'aimes donc pas, Jésus?".

    La réponse jaillit comme une flèche. "Conchita, tu me demandes cela?... Qui t'a rachetée. Accomplis ma volonté et tu trouveras mon amour". Paroles divines, concises, d'une plénitude merveilleuse, que chacun de nous peut accueillir comme celles de l'Evangile. "Il m'a aimé et s'est livré pour moi". (Ga. 2.20) "Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés; demeurez dans l'amour, le mien" (Jn 15.9).

    2 - Conseils

    Après cet échange d'amour, Jésus ne lance pas Conchita sur les chemins du monde sans lui prodiguer conseils et réconfort, comme il le fit si bien avec ses apôtres, à la dernière Cène, avant son retour vers le Père.

    Ses conseils à Conchita sont appropriés à elle-même et à la mission qui lui est confiés. Pour ne pas dépasser les limites de cette petite étude, je ne ferai que les souligner d'un mot.

    1 - "Pense plus aux autres". C'est le don de soi aux autres. Sans lui, peut-on être apôtre?...

    2 - "Ne crains pas les tentations"... Elles ne sont pas des péchés; mais des entraves pour nous faire chuter... Il faut donc les dépasser par notre fidélité à l'amour invincible de Jésus.

    3 - "Sois intelligente en ce que je te dis... spirituellement". Il ne s'agit pas de l'intellect, de la raison, ni du savoir humain. Il s'agit de l'intelligence et du cœur pour bien saisir les choses de Dieu.

    4 - ' 'Ne ferme pas les yeux de ton âme"... Ils ont des yeux pour ne point voir, disait Jésus aux Juifs repliés sur eux-mêmes et qui ne voulaient pas sortir de leur "camping"...

    5 - "Ne te laisse tromper par personne"... Quel utile conseil pour ne pas se laisser leurrer, contourner, et "avoir", dans ce monde où règne le Prince du mensonge! Jésus donnait déjà ce conseil à ses disciples et les quatre évangélistes nous le rapportent: "Prenez garde qu'on ne vous égare" (Mt 24.4 et 5 - Mc 13.5 et 6 - Lc 21.8 - I Jn 2.26). Et saint Paul le répète aux chrétiens: "Que nul ne vous abuse par de vaines raisons (Ep. 5.6)... par des discours spécieux (CcI 2.4)... d'aucune manière" (2 Th. 2.3).

    6 - ' 'Aime l'humilité, la simplicité' '... Quand Dieu aperçoit ces deux vertus jumelles, dans une âme, il se précipite et la comble de sa grâce. ' 'II a regardé l'humilité de sa servante "(Marie) "Bienheureux les humbles"... (Jésus).

    7 - "Ne pense jamais que ce que tu as fait est important"... Nous sommes tous des serviteurs quelconques. Il n'y a pas lieu de se glorifier soi-même. "L'amour ne fanfaronne pas" (I Cor. 13.4).

    8 - "Pense à ce que tu as à. faire"... Non pour toi, mais pour le salut des autres. Nous sommes tous envoyés dans la vigne du Seigneur pour y travailler en bons serviteurs au salut de tous nos frères. ' 'Heureux le serviteur que le maître trouvera bien occupé' ' (Lc 12.42 et ss.). Pas de nonchalance dans le zèle (Rm 12.11).

    3 - Réconfort:

    La parole de Dieu pour celui qui l'accueille est toujours lumière et paix. Ce fut le cas pour Conchita, en ce jour où Jésus l'appelait et lui traçait sa route dans le monde. Mais après qu'adviendra-t-il? "Dans la nuit, l'ennemi" n'allait-il pas venir semer en son âme l'ivraie? Jésus le sait bien. ' 'Je veux te prévenir que le reste de ta vie sera une souffrance continuelle".

    La vie chrétienne n'est pas un chemin de roses, mais celui du salut par la croix. Et, dans une finale pleine de tendresse, Jésus réconforte sa privilégiée: "Ne t'inquiète pas. Dans cette souffrance, Je suis Moi, ainsi que Marie que tu aimes tant..." Jésus assure donc Conchita de sa présence d'amour ainsi que de celle de Marie, au cœur de sa vie. "Avec Lui et en Lui — et donc aussi avec Elle et en Elle — je puis tout en celui (et en celle) qui me fortifie (Ph 4.14) "Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis" (I P. 5.7) - "Demeurez en Moi, comme Moi en vous (Jn 15 4-7).

    Ce n'est pas sa présence à nous, qui manque. C'est la nôtre à Lui, qui trop souvent n'est pas.

    Conchita ne nous révèle pas la réponse qu'elle fit à Jésus, à la fin de cette locution si importante pour sa vie. Mais serais-je éloigné de la vérité, si j'ose l'écrire ainsi : "Jésus, Tu me demandes de jouer ma vie sur ta parole ; c'est un pacte d'amour ... J'accepte et je signe".

Père A. COMBE