INTELLIGENCES HESITANTES

    Peut-on rappeler aussi le déchaînement général de la presse et des porte-parole autorisés (devant qui?) au lendemain du 18 juin. «Il ne s'est rien passé à Gara-bandal à la date annoncée. Les prêtres ne pouvaient pas y monter. La limonade, l'exploitation des ignorants, le piège à touristes, et le reste». Calomnies, calomnies qui a elles seules, jugent, ont jugé leurs auteurs. D'autant plus qu'ils n'ont pas encore eu la loyauté, ni le courage de réparer. Pour leur confusion et pour l'édification des autres, nous publions une lettre inédite de Conchita, traduite textuellement. Elle porte le cachet de la poste de Puentenansa et la date du 9 juin. Oui, 9 jours avant l'Apparition de Saint Michel, l'adolescente nous écrivait ce qu'on va lire pour la première fois. Nous-mêmes, nous n'en avons pris connaissance que le 30 juin, parce qu'elle est arrivée à destination le 13, après notre départ pour l'extase prophétisée depuis six mois et demi.

    Nous respectons le style de Conchita.

« + Ave Maria.
    « En ce moment, je me suis décidée à vous écrire ce que je pense au sujet du 18 juin.
    Je crois qu'il vaut mieux qu'il ne monte pas beaucoup de gens le 18 juin, à Garabandal pour les raisons suivantes:
    D'abord, la venue de l'Ange n'est importante que pour moi, seulement pour moi.
    Non pas pour les gens qui seront là.
    Les gens, presque tous, se trouveront dans l'éventualité de repartir très désillusionnés. Il pourrait se passer, peut-être, quelque chose de mauvais, parce que beaucoup de gens croient qu'il va y avoir une espèce de miracle. Et il ne va pas en être ainsi.
    Quand arrivera le Miracle c'est alors qu'ils doivent venir — il viendra moins de personnes, parce qu'on dira:
    « Comme le 18 juin, il s'est passé moins que rien, le jour du Miracle ce sera donc la même chose ». Et il convient bien davantage qu'ils viennent le jour du Miracle, et non le 18 juin 1965.
    Je crains beaucoup qu'il ne se passe quelque chose à l'occasion du 18 juin. Je crois que c'est assez périlleux.
    Il vous appartient de ne pas créer cette ambiance en faisant venir du monde ».
    Trois idées doivent être retenues de cette lettre:
1 ) L'Ange viendra le 18 juin pour moi seule.
2) Ce qui est important: le Miracle futur; donc, c'est ce jour-là que la foule doit venir très nombreuse. Si certaines personnes étaient déçues le 18 juin parce qu'elles auraient espéré voir un Miracle, alors qu'il n'y aura qu'une extase pareille à bien d'autres, elles risquent de s'imaginer que le Miracle les décevra également. Elles pourraient craindre qu'il n'arrive rien le jour du Miracle qui sera pourtant la chose essentielle.
3) Si l'on vient le 18 juin j'ai peur de je ne sais quoi qui pourrait être assez dangereux.

    Si nous ne nous trompons pas, quelqu'un était passé chez Conchita et l'avait mise en garde contre les « créateurs d'ambiance ». — Ce vocabulaire n'est pas le sien, et cette adolescente n'a pas pu l'inventer toute seule. Qu'on se rassure: nous avons tous la tête bien placée sur les épaules. Aucun des étrangers présents à Garabandal ce jour-là, n'a jamais pensé une seconde qu'il s'agirait d'un miracle. Mais plus d'un avait cru d'avance que l'extase ressemblerait aux extases publiques d'autrefois, que chacun verrait Conchita à l'occasion d'une marche extatique par exemple.

    Le fait que l'apparition eut lieu au « cuadro » — là où Saint Michel apparut la première fois — dans le ravin qui conduit aux Pins, n'a permis qu'à peu de gens de jouir de la vue de l'adolescente partie dans un autre monde. Et cela, momentanément, c'est vrai, a déçu ceux qui n'étaient pas tout près d'elle. Momentanément, disons-nous, car vite tout le monde a compris qu'il n'y avait pas moyen de voir davantage.

    Par ailleurs, si un homme, un prêtre dont nous avons le nom sur les lèvres, n'avait pas fait influencer Conchita par son envoyé mystérieux, ne l'avait pas fait mettre en garde contre les imaginaires « créateurs d'ambiance », elle n'aurait jamais parlé de ceux-ci, elle n'y aurait même jamais pensé.

    Toutes ces pressions ne l'ont pas empêchée de prophétiser une fois de plus et par lettre. En effet « il s'est passé quelque chose de mal », mais uniquement dans le cœur de certains absents. Et, ce fut, à cause d'eux et par eux, le déferlement des calomnies, et la tentative du coup d'assommoir.

    Relisons les journaux dont nous possédons la collection complète, écoutons une dernière fois les soi-disant porte-parole autorisés: « il ne s'est rien passé à Garabandal, le 18 juin. L'Archange n'était pas au rendez-vous. La limonade, le commerce, l'exploitation savante de la crédulité populaire, le piège à touristes, la superstition espagnole, etc... Les prêtres ne pouvaient pas monter au village ».

    Quelle est donc, dans le plan de Dieu, cette adolescente extraordinaire qui, dans une lettre postée à Puentenansa, le 9 juin, « pressentait » l'avenir aussi sûrement?