Un Médecin Français

    La lettre suivante du mois d'août 1965, nous donne bien l'atmosphère actuelle de Garabandal, et répond aux calomnies de certains journaux:


    « Vous avez bien voulu me demander le récit de ce que j'avais vu et pensé à San Sébastian de Garabandal. Je m'exécute donc avec plaisir, et vous donne par là même l'autorisation de publier mon témoignage, si bon vous semble.

    Pour que vous me situiez mieux dans la vie sociale et professionnelle, je déclare que je suis spécialiste de médecine infantile, âgé de 52 ans, que j'ai huit enfants, et que je suis deux fois grand-père par surcroît.

    Quand nous sommes partis à Garabandal le 12 juillet (1965 ) avec deux de mes filles et le fiancé de l'une d'entre elles, nous n'avions pas l'intention, ma femme et moi, de faire un pèlerinage ou d'aller invoquer la très Sainte Vierge sous un nouveau vocable. Ce n'aurait pu être le cas et nous sommes d'ailleurs tous les deux porteurs du scapulaire du Mont-Carmel.

    Le 13 juin dernier un confrère devait me faire un exposé sur ce qu'il avait appris des apparitions que jusque-là j'ignorais.

    Ce jour-là précisément un de mes fils se tuait en voiture avec un de ses camarades, entraînant un autre de ses amis dans des blessures irrémédiables avec d'affreuses infirmités. La perspective de miracle de guérison et de conversion (nos deux filles mariées sont entrées dans des familles peu ou pas croyantes) nous avait attirés, ma femme et moi; mais nous désirions surtout avoir exploré les lieux pour servir de guides éventuels.

    Nous sommes partis avec deux adresses vagues et incomplètes, celle de l'abbé don Luis Retenaga qu'il nous a fallu assez longuement rechercher à Renteria, celle du Docteur Ortiz à Santander. Nous avons été très heureux de l'amabilité de ces deux hommes que nous dérangions véritablement car ils n'avaient pas reçu les lettres que j'avais écrites la semaine précédente.

    Par un concours de circonstances non recherché, car nous étions partis par les transports en commun, sans itinéraire précis et sans réservations, nous nous sommes trouvés à Cosio le 15 juillet au soir, et nous avons passé également sans trop le vouloir, la journée du 16 juillet à Garabandal.

    Contrairement à ce que nous avions lu dans les journaux (Sud-Ouest de Bordeaux, le Figaro et le Monde de Paris), nous avons eu assez de peine à manger quelque chose à Garabandal. Nous avons eu une journée de jeûne involontaire (pain, chocolat, bananes), le tout d'une fort médiocre qualité. Nous avons même eu l'impression que ces braves et pauvres gens nous vendaient par charité et ne sollicitaient nullement notre clientèle.

    Bien entendu, nous n'avons vu exposé à d'éventuels acheteurs aucun article, souvenir, photo, objet pieux, de quelque nature que ce fût, pendant toute la journée où nous errâmes sur ce petit territoire en attendant l'heure du chapelet et du salut. Personne ne nous a rien proposé.

    Aucune marque extérieure quelconque, sauf les modestes déprédations exercées sur un ou deux des Pins, ne révélait ce dont ils avaient été le siège. Ils étaient tout à fait quelconques, humbles et misérables.

    Un prêtre espagnol parlant bien le français nous promit de nous présenter les petites voyantes (nous étions venus sans avoir ce dessein), et c'est cette promesse qui nous fit rester jusqu'au Salut du Saint Sacrement.

    Nous avons eu le plaisir de voir la pauvreté, la simplicité de Jacinta et de Loli, l'amabilité, la charité de Conchita.

    Don Luis Retenaga m'avait dit qu'un ou deux médecins nommés par Monseigneur de Santander avaient traité ces enfants d'hystériques, de victimes d'hallucinations ou d'imaginations causées par la grande pauvreté et l'isolement dans un village perdu loin de la ville.

    Nous autres pédiatres, nous avons parfois affaire avec des jeunes filles (ou jeunes gens) que l'on appelle plutôt pithiatiques. Et nous nous amusons entre nous à les détecter en quelques secondes de contact. Leur aspect, leur regard nous révèlent ce qu'il faut conclure.

    Eh bien, je peux affirmer que c'est tout le contraire de cette impression que j'ai eu en présence de ces trois jeunes filles ! Mais plutôt celle de simplicité. On était loin de la pose, et c'est encore un sujet d'admiration pour moi qu'après avoir été tant entourées, tant sollicitées, ces enfants - surtout Conchita, la plus exposée - étaient précisément à l'extrême opposé de faire les intéressantes, les comédiennes, pour peu qu'elles aient pris conscience de ce qu'elles étaient le point de mire de tous et qu'on venait de milliers de kilomètres pour les voir.

    Vraiment la pureté de l'accueil d'une Conchita après ce qu'elle a subi depuis plusieurs années est déjà quasi miraculeux.

    On peut ajouter que même si les nombreuses extases ont été simulées, et à fortiori s'il s'agit de phénomènes nerveux naturels, c'est encore un miracle plus grand que ces filles ne soient pas complètement idiotisées!

    Le soir, ai-je dit, nous nous sommes rendus au chapelet et au Salut du Saint Sacrement. Les petites voyantes eurent quelques minutes de retard. Il y avait à côté de ma fille, laquelle était à ma gauche, sur le banc, une place que Loli vint occuper. J'ai pu l'observer pendant le chapelet et pousser du coude ma femme. J'étais dans l'admiration de la qualité de sa prière.

    Indifférente à tout ce qui l'entourait, elle avait le regard fixé au-dessus de l'autel et ses lèvres remuaient à peine, comme si elle voyait quelque chose. Elle n'avait pas une extase, mais sans doute le souvenir de la vision de Marie devait être assez intense pour lui donner ce visage.

    Pour terminer je vous confesserai une impression toute personnelle que j'ai emportée de Garabandal et dont il me plaît encore de respirer le parfum comme une fleur qui m'aurait été donnée.

    L'office du soir m'avait semblé fort long. La nuit était presque tombée et j'avais quelque appréhension nu sujet de la descente à pied sur Cosio, ma femme m'ayant dit que sa lampe électrique lui paraissait presque usée.

    J'attendais donc mon épouse qui parlait au prêtre à la sacristie et ne se décidait pas à sortir. Je me trouvais juste sur le passage de Conchita qui sortait de l'Eglise. Elle me reconnut puisque nous étions restés une demi-heure chez elle, l'après-midi, et lui avions parlé. Elle me regarda fixement, et me gratifia d'un sourire dont je garde l'impression suave. Car j'avais déjà vu ce sourire et ce regard et je les avais trouvés à l'extrême opposé de toute sexualité.

    Je crois, sans prétention, n'avoir pas l'aspect d'un vénérable vieillard, et j'ai pensé que seule une insoupçonnable pureté, une sainteté authentique pouvait lancer ce sourire à un homme. Une petite comédienne ou même plus simplement une élève d'une « Sainte Institution » auraient passé en baissant pudiquement les yeux sur la pointe de leurs souliers.

    Telles sont les modestes impressions que j'ai rapportées de Garabandal.

    Ajouterai-je que j'admire la perspicacité du diagnostic du Message du 18 juin ? Si l'on vient me dire qu'il est inventé par Conchita, je saurai que répondre.

    Il y a quelques années que ma femme et moi, nous sommes agacés et souffrons des tendances de certains prêtres. J'étais rempli d'animosité à l'égard de leur doctrine, de leur tendance à l'immanentisme, d'une sorte de néo-protestantisme, mettant sous le boisseau l'Eglise triomphante. Nous avons été étonnés de la justesse du diagnostic que nous-mêmes avions moins nettement formulé: on attache de moins en moins d'importance au Saint Sacrement, et on « pense » peu à la Passion de Jésus.

Médecin-chef du Service de Pédiatrie
Docteur Apostolidès
Centre Hospitalier, Troyes (Aube)