Dernier Rendez-vous aux PINS

    Aniceta pouvait empêcher sa fille d'entrer au couvent, le 29 septembre 1965, au moment du départ de Loli et de Jacinta.

    Elle ne pouvait pas — elle ne l'aurait d'ailleurs pas voulu — lui interdire de se rendre aux Pins, où Notre-Dame du Carmel lui avait fixé un ultime rendez-vous, le 13 novembre 1965.

    C'était, comme la Vierge l'avait annoncé, deux semaines plus tôt, dans une locution intérieure, un Samedi. En la fête de l'humble et extraordinaire frère convers Diègue, né à Saint-Nicolas del Puerto, en Andalousie, vers 1400. Ce Saint vécut intégralement l'idéal de son Père François d'Assise. Les miracles fleurirent autour de lui, et il reçut, dans la contemplation, des lumières si vives sur la Foi que les théologiens étaient heureux d'en recueillir quelques bri-bes par écrit.

    Quel anniversaire pouvait convenir mieux à Notre-Dame que celui de cet humble moine mourant en Nouvelle-Castille, les yeux fixés sur la Croix?

    Autre coïncidence: la Vierge qui désirait faire répandre dans le monde de nombreux objets baisés par Elle, avait inspiré peu auparavant à un laïc français, en pèlerinage à Lourdes, l'heureuse idée d'envoyer à Conchita cent chapelets et quatre rosaires...

Nous reproduisons textuellement ici la traduction des cinq pages de cahier où Conchita nous relate cette rencontre avec Notre-Dame.


    « Je désirai d'un grand désir l'arrivée de ce jour, de ce Samedi 13 novembre pour recevoir ceux qui ont semé en moi la félicité de Dieu: la Vierge Marie, et son Fils, le tout petit Jésus, qu'elle portait dans ses bras.

    Il pleuvait. Mais évidemment cela ne m'importa nullement pour monter aux Pins. J'avais sur moi beaucoup de chapelets que, depuis peu de temps, on m'avait offerts en cadeau pour les répartir. Comme la Vierge me l'avait dit, je les apportais pour qu'Elle les baisât.

    En montant aux Pins, j'étais seule. Et je marchais en me disant, prise d'un très grand repentir de mes défauts, que désormais, je ne tomberais pas plus profondément dans ces défauts. C'est que j'étais gênée de me présenter devant la Mère de Dieu, sans enlever de mon âme mes défauts. J'étais gênée de l'état d'âme dans lequel je serais après avoir vu ceux qui constateraient mes défauts. Ils sont très grands, ils sont les plus grands.

    Arrivée aux Pins, je me mis à sortir les chapelets que je portais sur moi. Occupée à les tirer du paquet, j'entendis une voix très douce, évidemment celle de la Vierge. En effet, Elle se distingue bien entre toutes les femmes. Une voix qui m'appella par mon nom.

    Je lui répondis: Que désirez-vous?

    Et je l'ai vue avec le Tout Petit Jésus dans ses bras. Elle arrivait vêtue comme toujours, et souriante.

    J'avais en bouche une chiclette. Mais après l'avoir vue, je ne la mastiquais plus. Je la glissai derrière une dent. Mais la Vierge s'y connaît. Elle a « connu » que je la portais en bouche et m'a dit: « Conchita, pourquoi n'abandonnes-tu pas ta chiclette et ne l'offres-tu pas en sacrifice pour la Gloire de mon Fils? »

    Honteuse, je l'ai enlevée, et je l'ai jetée par terre.

    Après, Elle m'a dit: « Te souviendras-tu de ce que je t'ai dit le jour de ta fête? (8 décembre 1963)? Que tu souffriras beaucoup sur la terre? Eh bien, je te le redis. Aie confiance en nous. Tu offriras tout à Nos Cœurs, pour le bien de tes frères. Et ainsi, Nous t'aiderons. Et tu Nous sentiras près de toi ».

    Je lui ai dit: « Que je suis indigne, ô Notre Mère de tant de grâces accordées par Vous. Et vous venez encore aujourd'hui à moi, pour soulever ma petite Croix, celle que je porte maintenant ».

    Elle me répondit: « Conchita, je ne viens pas seulement pour toi, je viens pour tous mes enfants, en souhaitant les rapprocher de Nos Cœurs ».

    Elle a ajouté: « Donne-moi à baiser tout ce que tu apportes ». Et je lui ai donné.

    Je portais avec moi un crucifix. Elle l'a baisé et m'a dit: « Passe-le dans les mains du Tout Petit Jésus ». Je m'exécutai. « Il » n'a rien dit.

    J'ai dit au Tout Petit Jésus: « Ce crucifix, je l'emporterai au Couvent ». Il ne m'a rien répondu. [Une fois de plus, nous le constatons, le Ciel ne donne aucune indication précise à Conchita sur sa vocation. Il ne répond jamais à sa décision d'eue religieuse.]

    Après avoir baisé tout ce que je lui ai offert, la Vierge a dit: « Par le moyen de ce baiser que j'ai donné à ces objets, mon Fils fera des prodiges. Distribue-les aux autres. »

— « Je le ferai ainsi. »

    Après cela, Elle m'a demandé de lui présenter les demandes à faire pour les autres, les pétitions qu'ils m'avaient chargée de lui présenter. Je les lui ai faites, je les lui ai présentées.

    Elle a continué: « Dis-moi, Conchita, dis-moi des choses au sujet de mes enfants. Je les tiens tous sous mon manteau. »

    Je lui ai répondu: « Nous ne sommes pas tous rassemblés sous ton manteau, nous n'y tenons pas tous, car il est très petit ». Elle a souri.

— « Conchita, Conchita, sais-tu pourquoi je ne suis pas venue, moi-même, le 18 juin te donner le Message destiné au monde? Parce que cela me peinait de vous le dire moi-même. Mais il faut que je vous le dise pour votre bien à vous, si vous l'accomplissez. Et pour la Gloire de Dieu. Je vous aime beaucoup, et je désire votre salut. Je désire vous réunir ici dans le Ciel, autour du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

— « Conchita, c'est bien vrai, tu nous répondras? » Je lui ai dit: « Si je Te voyais toujours, oui. Mais, sans cette faveur, je suis très mauvaise. »

— « De ton côté, fais tout. Et Nous, Nous t'aiderons. Nous aiderons aussi nos filles Loli, Jacinta et Mari Cruz. »

    Cela a duré très peu de temps.

    Elle m'a dit aussi: « C'est la dernière fois que tu me vois ici. Mais je serai toujours avec toi et avec tous mes enfants. »

    Elle a ajouté: « Conchita, tu dois visiter davantage Mon Fils au Tabernacle. Pourquoi te laisses-tu guider par la paresse de ne pas aller visiter davantage Mon Fils qui vous attend de jour et de nuit? »

    Comme je l'ai écrit plus haut, il pleuvait beaucoup.

    La Vierge et le Tout Petit Jésus ne se mouillaient en aucune manière, absolument pas. Et moi, quand je ne les voyais pas, .j'étais mouillée.

    J'ai fait une demande à la Vierge: « Oh! que je suis heureuse quand je Vous vois tous les deux! Dans quel but ne m'emportes-tu pas avec Toi, maintenant? »

    Elle m'a répondu: « Souviens-toi de ce que je t'ai dit le jour de ta fête. En te présentant devant Dieu, tu dois montrer tes mains pleines des œuvres faites par toi en faveur de tes frères et pour la Gloire de Dieu. Or, maintenant, tes mains sont vides. »

    C'est tout. Il est fini cet heureux moment que j'ai passé avec ma Maman du Ciel et ma meilleure Amie, et avec le Tout Petit Jésus. J'ai cessé de les voir, mais non de les sentir. De nouveau, ils ont répandu, semé dans mon cœur une paix et une allégresse, de grands désirs de vaincre mes défauts, et de Les aimer de toutes mes forces, les cœurs de Jésus et de Marie qui nous aiment tant.