LES EXTASES COLLECTIVES

    Après la première apparition du 2 juillet 1961, la Vierge continua ses visites, se montrant soit aux enfants collectivement, soit à l'une ou l'autre d'entre elles, séparément.

    Quelle est, d'une manière détaillée, l'attitude des enfants pendant les extases?

   Voici ce que nous avons nous-mêmes observé en novembre 1962, et que nous relatons pour préciser les modes d'apparitions de Garabandal, anticipant sur d'autres faits qui seront racontés par la suite et qui eurent lieu dans le même cadre.

    Que l'extase soit individuelle ou collective, elle commence par trois « appels » intérieurs que ressentent les enfants. Le premier parfois assez éloigné dans le temps, le second plus rapproché et le troisième, impérieux, soudain, les faisant courir jusqu'à l'endroit du céleste rendez-vous.

    Lors d'extases collectives, on essaya plus d'une fois de les tenir éloignées l'une de l'autre, en des maisons séparées, afin de vérifier la réalité et la coïncidence de ces « appels ». Elles n'avaient certes pas de montre, mais se retrouvaient toujours, mues par cette force irrésistible qui les appelait à la même seconde, et les faisait se réunir au même moment, au même endroit.

    Dès qu'elles apercevaient la Vierge, là ou elles se trouvaient, même sur les cailloux pointus du chemin, elles tombaient brusquement à genoux sur le sol, avec une force qui faisait résonner leurs os, comme un bruit de sabots qui se briseraient sur les pierres. Parfois même, nous a-t-on raconté, cette force était telle qu'elles tombaient prosternées à terre. Mais toujours alors, les témoins furent frappés par la dignité, la noblesse et la beauté de leur attitude qui jamais, à aucun moment, n'a pu paraître inconvenante, immodeste, nerveuse ou convulsive.

    Les jours de novembre 1962 où nous assistâmes à des extases collectives, celles-ci commencèrent après la récitation du chapelet à l'église. Aussitôt sorties avec la foule pour rentrer chez elles, le ravissement surprit trois d'entre elles: Conchita, Maria-Dolorès et Jacinta. Les trois fillettes parcoururent le village, se tenant l'une l'autre par le bras, un crucifix à la main. Le visage relevé, elles paraissaient étrangement belles sous la lumière des torches. Absolument insensibles à ce qui les entourait, inconscientes même de se mouvoir, elles étaient suivies des villageois qui avec elles récitaient le chapelet ou chantaient des cantiques. Elles montèrent rapidement vers les « Pins » qui dominent le village, et redescendirent l'invraisemblable raidillon pierreux, le visage toujours relevé, à reculons, au risque de se tuer cent fois!

    Revenues au parvis de l'Eglise, elles en firent le tour, et là furent prises d'un rire étonnant, un rire comme lumineux, et en même temps pareil à une sonnerie de clochettes, un rire dont nous nous scandalisâmes tout d'abord... Comment en effet pouvait-on rire en présence de la Vierge même d'un rire pourtant si beau?

    Perplexes, nous en demandâmes plus tard le motif à Conchita:    « C'est que la Vierge elle-même riait!

— Et pourquoi donc?

— Parce que nous chantions tellement faux!»

    Ce qui, d'ailleurs était bien exact, nos magnétophones en témoignent!

    Jusqu'à cinq fois, ce soir-là, elles repartirent à travers le village, toujours en extase, entraînant la foule recueillie. Elles firent une station au cimetière, par compassion sans doute pour les âmes du purgatoire. Puis, après un dernier retour devant la porte fermée de l'Eglise, elles se soulevèrent l'une l'autre, pour donner à la Vierge qu'elles voyaient au-dessus d'elles un baiser, et pour recevoir le sien. Enfin, tombant à genoux plus sèchement encore qu'au début, contre la porte, — ainsi que le montre une des plus belles photos que nous possédions des petites filles en extase — sans transition, elles redevinrent à nouveau, tout à coup, les enfants toutes simples et souriantes que nous connaissions. Le reflet mystérieux qui transfigurait leurs visages extasiés avait disparu. Mais elles annoncèrent avec un sourire exquis: « La Vierge reviendra nous voir, cette nuit, chez nous ».