La Fin des Temps n'est pas La Fin du Monde

    La Sainte Vierge a donné Elle-Même directement à Conchita plusieurs précisions importantes concernant « la fin des temps ».

1) Nous approchons de la fin des temps.
2) Il n'y aura plus que deux papes après Paul VI, avant la fin des temps.
3) La fin des temps n'est pas la fin du monde.
    Le sens de ces affirmations est lié à celui des deux expressions: « fin du monde », « fin des temps ». Il importe donc d'observer que, très particulièrement à cet égard, Conchita est purement instrument. Interrogée, Conchita a répondu qu'elle ignorait la signification précise des deux expressions qu'elle emploie cependant.

    Cela ne facilite pas la tâche de l'interprète. Mais on observera en retour, et non sans utilité, que Conchita, n'ayant pu être informée par les théologiens qui sont contraints de reconnaître leur ignorance, a été choisie pour transmettre une instruction dont la compréhension demeure difficile.

    Nous allons préciser, autant que nous le pouvons, le sens de ces affirmations. Nous ne suivrons pas l'ordre chronologique; celui qu'imposé la nature des choses permet d'en mieux pénétrer l'intelligibilité.

La fin des temps n'est pas la fin du monde.

    Cette affirmation est la clé des autres. Aussi convient-il de l'examiner en premier lieu.

    Le temps aura une fin, comme il a eu un commencement. Ces deux vérités, ou plus précisément ces deux aspects de la même vérité, ont un contenu intelligible. Et ce contenu est lié à la distinction proposée, laquelle se trouve pour autant éclairée.

    Si, en effet, l'homme, intelligence rationnelle, n'existe pas (encore) dans le monde; ou bien si l'homme, demeurant dans le monde, n'y considère plus les mouvements matériels, il n'y a pas (encore), ou il n'y a plus de temps au sens propre de ce mot. L'Eternité, durée propre de Dieu, demeure cependant, immuablement, le principe d'une mesure concernant le monde matériel, au point de vue de la durée. En d'autres termes, le rapport entre le monde et l'homme étant l'un des constituants du temps, le temps peut commencer ou cesser avec l'homme, bien que le monde soit toujours le même.

    Il est donc aisé d'assigner, pour la distinction « fin du monde - fin des temps », un contenu minimal qui suffit à la fonder. Le message transmis par Conchita confirme sur ce point une vérité connue; il n'y fait pas mieux pénétrer.

    La fin du temps sera la cessation du temps; elle aura lieu, et il n'y aura plus de temps. La fin du monde, au contraire, n'aura pas lieu; au moins si on entendait par là une annihilation du monde: il n'y aura pas de fin du monde. C'est là une précision négative, réelle cependant; car il n'est pas impossible que Dieu annihile ce qu'il a créé, et concernant les créatures non spirituelles, rien n'est à cet égard directement ou indirectement révélé.

La fin des temps.

    Les affirmations 1 ) et 2 ) concernent la fin des temps distinguée de la fin du monde. Qu'il y ait une fin des temps, et que nous en approchions — chaque jour, d'un jour — sont évidemment deux vérités corrélatives.

    Le fait qu'il y ait une fin des temps est donc signifié à Conchita, comme il l'avait été, et dans les mêmes termes, à Lucie de Fatima (Entretiens du Père Fuentes avec Lucie, 1961).

    La mesure de la durée, que termine la fin des temps, se trouve précisée par l'affirmation 2). Nous croyons cependant devoir signaler que si le sens littéral en est parfaitement clair, l'interprétation exacte en est difficile.

La fin du monde.

    La nature de la fin du monde est précisée négativement, ainsi qu'on vient de le voir. D'une part, la fin du monde ne peut consister en une annihilation; d'autre part, elle est autre, qualitativement autre que la fin des temps.

    L'obscurité demeure cependant. Y aura-t-il, ou n'y aura-t-il pas une « certaine » fin du monde? Et, si cette fin du monde a lieu, d'une part en quoi consistera-t-elle, et d'autre part sera-t-elle concomitante ou non concomitante avec la fin des temps?

    La Révélation constitue certes, de soi, la première information. Mais, en l'occurrence, elle n'est pas autosuffisante. L'Apocalypse laisse entièrement ouverte notre question.

    « Et je vis de nouveaux cieux et une nouvelle terre, car les premiers cieux et la première terre avaient disparu» (Apoc. 21-1); «Et celui qui était assis sur le trône dit: „ Voici que je fais toutes choses nouvelles"» (21-5). Disparu suggère une annihilation; faire toutes choses nouvelles suggère une permanence.

<>    La vérité est vraisemblablement permanence avec changement d'état. En sorte que, d'une part, la premier état disparaît, et c'est en quoi consiste la fin du monde; d'autre part, les choses seront nouvelles, savoir selon un nouvel état. Mais le rapport entre ces deux états demeure absolument inconnu.

La fin du monde et la fin des temps seront concomitantes avec la Parousie, manifestation ultime du Christ.

    Ce n'est là qu'une hypothèse. Elle nous paraît être la plus vraisemblable, parce qu'elle est plus simple; et, plus encore, parce qu'elle se présente comme mieux conforme à la Sagesse ordonnatrice.

    Rappelons, en vue de l'exprimer clairement, que le mot « fin » a deux significations inégalement usuelles, bien que fort connues l'une et l'autre. La « fin », c'est l'état de ce qui est en train de finir. La « fin », c'est ce à quoi une chose est ordonnée; c'est par conséquent ce selon quoi elle doit se réaliser.

    Or, pour les réalités qui sont soumises à la temporalité, la fin-finition est, au moins habituellement, la condition de la fin-achèvement. Et la finition comporte toujours, pour le moins, une aliénation, laquelle, en Sagesse encore plus qu'en raison, n'est justifiée qu'en vertu d'une amélioration relativement transcendante de cela même qui ne peut s'achever qu'en finissant. Il s'ensuit que la fin-finition, si elle se produit, doit être concomitante à la fin-achèvement dont elle est en droit inséparable.

    Or cette fin-achèvement nous est clairement révélée: « Puis ce sera la fin quand ( le Christ ) remettra le royaume à Dieu et au Père » (Cor. 15, 24); « Et lorsque tout Lui aura été soumis, alors le Fils Lui-Même fera hommage à Celui qui Lui aura soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » (I Cor. 15, 28). L'achèvement de tout ce qui peut et doit être soumis — savoir le charriage du temps et le devenir du monde — se réalisera ultimement dans l'hommage à Dieu et au Père, mais ce même achèvement se réalisera immédiatement dans la manifestation du Christ, c'est-à-dire dans la Parousie.

    Et comme c'est seulement dans un achèvement qu'une finition trouve sa justification, il convient dès lors que la fin du monde et la fin des temps s'accomplissent dans la Parousie. Il convient qu'elles soient une expiration dans une résurrection. L'accès à la Fin, qui est la gloire du Christ, in Gloria Dei Patris, implique inéluctablement une finition; celle-ci, cependant, n'est aucunement annihilation, car elle est primordialement merveilleuse reformation.

    Le même argument montre de surcroît la simultanéité entre la fin du monde et la fin des temps; puisqu'il établit, de chacune respectivement, qu'elle est concomitante à la Parousie. La Fin qui est une par Essence, fonde l'unité des fins-finitions qui sont différentes par nature. La fin du monde n'est pas la fin des temps; mais la fin des temps est à la fin du monde ce que le temps est au devenir. Il ne faut pas séparer, mais bien distinguer et unir. Les deux finitions sont distinctes comme ce dont elles sont la fin, c'est-à-dire spécifiquement. Mais, en vertu de la Fin, et dans la Fin, elles intègrent ensemble le même acte de finir, en s'achevant.

    La simultanéité entre la Parousie, la fin du monde et la fin des temps n'est qu'une hypothèse. Cette hypothèse, posée, entraîne une conséquence par laquelle elle se trouve confirmée. Si, en effet, l'humanité est encore sur la terre après la fin des temps; si, d'autre part, la fin des temps coïncide avec la Parousie, le séjour des hommes est par le fait même la « nouvelle terre ». La terre sera nouvelle non parce qu'elle sera autre, mais parce qu'elle sera dans un nouvel état.

    Or cela est bien cohérent avec ce que nous avons relevé ci-dessus concernant le modus significandi de la Révélation. Il faut concevoir l'Univers de Gloire en fonction des personnes; et non inversement. De même donc que le corps humain n'est pas détruit, et ressuscite glorieux en un état nouveau, ainsi les cieux et la terre ne seront pas annihilés mais reformés et « faits nouveaux ». Car ils continueront d'être proportionnés au corps humain comme ils le sont maintenant.

    Nous croyons devoir répéter, en terminant, que la simultanéité entre la Parousie, la fin du monde et la fin des temps, est une hypothèse par nous proposée. L'hypothèse permet une interprétation cohérente du Message. Elle n'exclut pas d'autres hypothèses, soit concurrentes, soit complémentaires.

    Ni l'hypothèse ni d'ailleurs le Message ne suggèrent quoi que ce soit concernant la nature du rapport entre l'état actuel de l'univers et l'état de ce même univers après sa rénovation.

    Telle est bien la loi qui préside à toute l'apparition: « C'est bien Elle qui est présente », mais nous ne savons pas comment. Il faut rendre grâce pour ce qui est donné, et qui suffit pour adorer. Il convient de désirer, sans cependant rien convoiter.