LA RETRACTION DE MARI CRUZ A SANTANDER

    Ce qui suit est la seconde partie de la conversation de Jacinta avec le même interlocuteur. Nous estimons qu'elle est de la plus haute importance pour comprendre l'attitude actuelle de Mari Cruz.

    Jacinta s'y révèle ferme et volontaire, capable de croiser le fer et de frapper au bon endroit.

    Les réponses de Mari Cruz indiquent à l'évidence que, comme l'a dit depuis longtemps Conchita, elle ne parle pas par elle-même, ce qu'elle dit ne vient pas d'elle-même.

    Son interlocuteur demande à Jacinta: As-tu parlé avec Mari Cruz après qu'elle a simulé une extase devant Monseigneur PEvêque, après qu'elle a été interrogée par M, le chanoine Odriozola, greffier de la Commission de Santander?

Réponse de Jacinta:

— Quand nous avons parlé de cela, nous étions toutes deux devant Generasa, une femme du village. Elle assistait à notre conversation.

    J'ai demandé à Mari Cruz:

— Qu'as-tu osé faire devant Monseigneur l'Evêque? Elle n'a pas répondu à la question et m'a attaquée immédiatement.
— Je suis ferme et inébranlable. Si tu l'étais, toi aussi tu m'imiterais.
— Ferme et inébranlable, c'est moi qui le reste! Oui. Dis-moi, est-ce la vérité que tu aies simulé une extase, et que tu aies en même temps nié avoir vu la Vierge? Comment est-ce possible?

— Oui, j'ai simulé une extase... Alors, j'ai continué:

— Mari Cruz, quand tu mentais en affirmant avoir vu la Vierge, tu allais communier tous les jours. Maintenant que tu dis n'avoir pas vu la Vierge, tu prétends donc affirmer la vérité. Et tu ne communies plus. Pourquoi, Mari Cruz?
— C'est égal...

    Jacinta, tu te crois donc meilleure que moi, aujourd'hui?

— Non, non, au contraire. En mettant les choses au mieux, je suis pire que toi.

    A ce moment, Mari Cruz montre que l'entretien l'importune. Je continue cependant:

— Pourquoi deviens-tu si nerveuse?

    Elle se fâche, et, en colère: Parce que tu crois être seule à avoir vu la Vierge, parce que tu crois que moi, je ne l'ai pas vue... parce que cela m'enrage qu'on dise ce qui n'est pas...

    Alors Mari Cruz ajoute:  Tout cela vient de l'ambiance du village. Oui, le Padre Odriozola me l'a expliqué à Santander: c'est l'ambiance du village qui est la cause de...



    Jacinta conclut:

— Mari Cruz n'a pas terminé sa phrase. Elle voulait dire, mais ne l'a pas osé, que le Padre Odriozola attribuait les apparitions à l'ambiance du village. Alors j'ai essayé de changer de conversation. Il ne plaît pas à Mari Cruz qu'on parle de son attitude personnelle.

    Mais ne croyez pas, Monsieur, qu'à cause de de cela, Mari Cruz soit mauvaise. Non, non, Mari Cruz est bonne... Elle ne parle pas par elle-même, d'elle-même».

    Nous voilà donc une fois de plus devant la vérité.

    Mari Cruz n'admet pas que Jacinta pense qu'elle-même, Mari Cruz, n'a pas vu la Vierge. De plus elle affirme qu'à Santander on lui a fait comprendre que les apparitions étaient le résultat de l'« ambiance » créée au village par la population et par les étrangers.

    Ici, nous venons au secours de la mémoire de Mari Cruz dont la nervosité est responsable d'une omission très importante. Si elle avait dit tout ce qui s'est passé à Santander le 24 juin 1965, elle aurait avoué à Jacinta deux de ses réponses dont nous garantissons l'authenticité absolue:

— Quand j'ai simulé une extase, à l'évêché, Monseigneur m'a dit, au bout d'une minute: « cela suffit ».

— Quand on m'a parlé de la nature des extases, j'ai répondu: « lorsqu'elles étaient vraies, on ne voyait rien, on n'entendait rien autour de soi. Lorsqu'elles étaient fausses, on voyait et on entendait tout ». Pauvre et chère Mari Cruz, comment sait-elle ce qu'est une extase... vraie? [Une lettre utile.

    J'ai séjourné de nouveau, cet été de 1966, à Gatabandal.
    Il m'a été plus facile de voir souvent Mari Cruz, car elle était relativement plus souvent devant la porte de sa maison. Je ne sais pourquoi, mais dès le début de ce séjour, j'ai éprouvé le besoin de l'approcher et de la mieux connaître.
    Elle est très gentille, son regard est très franc. Cette adolescente qui est la plus délaissée est une de celles qui souffrent le plus.
    Je commence, je crois, à comprendre un peu son attitude.
    J'ai, en effet, été témoin, un soir, en revenant de prier aux Pins, avec deux jeunes filles espagnoles d'une crise de Pilar, le mère de Mari Cruz. Elle s'en prit à mes compagnes à cause de leurs dévotions aux Pins et de leur attachement à la cause de Garabandal.
    Ce fut horrible. Malgré mon âge et ma profession, moi, parisienne, j'avais très peur.
    Je ne suis plus retournée devant sa maison après cette scène incroyable, tellement l'attitude de Pilar m'avait troublée. L'ayant vue souvent auparavant, je ne pouvais l'imaginer telle qu'elle fut en cette occasion.
    Je ne connais pas le père de Mari Cruz, mais que peut faire cette adolescente de seize ans devant une mère déchaînée comme il m'a été donné de la voir? Pas grand-chose; et pour avoir la paix, la pauvre petite a dû céder et faire cet affreux messonge.
    Comme elle doit souffrir! Il faut bien prier pour elle, car son calvaire doit être fort pénible.]