LA CROIX DE CONCHITA

    Chose curieuse, à première vue, Conchita paraît se désintéresser de toute hostilité au sujet des Apparitions elles-mêmes. Elle ne s'occupe pas des critiques, d'où qu'elles viennent, des calomnies qui pourraient l'atteindre.

    Elle vit dans un monde qui n'est pas celui de ses détracteurs. Elle ne se préoccupe pas de leur attitude, mais reste aimable avec tous, plus humble, plus pieuse, plus obéissante, plus modeste que jamais.

    Souffre-t-elle? Oui, et au-delà de toute expression, dirions-nous, si nous étions, nous, soumis à ses épreuves intérieures et extérieures. De toute évidence elle en est à ce que la théologie catholique connaît fort bien, et appelle les purifications de la sensibilité et de l'âme. Il n'y a pas d'autre explication à la vision qu'elle a de ce qu'elle appelle sa « misère spirituelle ».

    « Je suis si mauvaise, j'ai tant de défauts et ces défauts sont les plus grands » affirme-t-elle actuellement.

    Les adversaires n'y comprennent rien, et tirent argument d'une réflexion comme celle-là pour l'accabler. Ils sont désarçonnés par une réalité spirituelle qui les dépasse.

    Qu'ils remontent une fois encore à Garabandal. Ils entendront alors Conchita confier à quelqu'un qui l'interrogeait sur un sujet si important: « Chez ceux qui ont vu la Vierge, les défauts et les imperfections sont plus graves que chez les autres ».

    Il est certain que cette vue de sa misère intérieure est pour elle très douloureuse.

    Pourtant, comment peut-il se faire qu'elle semble tenir pour rien chacune de ses douleurs?

    Si jeune encore, elle paraît s'engager sur la même voie spirituelle que Sainte Thérèse d'Avila, dont chacun connaît la devise « ou souffrir ou mourir ».

    C'est que déjà elle connaît le secret que tant de saints nous ont révélé : la souffrance acceptée par amour devient une souffrance aimée, non pour elle-même, mais pour sa conformité à la volonté divine.

    Ses souffrances, Conchita les aime parce qu'elle vit pleinement l'esprit de sacrifice du Message. Aimant les croix qu'elle a par amour du Crucifié, nous l'entendons, dans une action de grâces, dire à Jésus ces paroles extraordinaires: « je vis sans souffrance ».

    Voici ce document étonnant signé de sa main, et qui nous a été remis par le prêtre qui lui donna la communion ce jour-là, en 1963.

    « Comme j'étais en train de remercier Dieu, je lui demandai des grâces. Je Lui demandai de me donner la Croix. Car je vis sans souffrances, si ce n'est la souffrance de ne pas avoir de Croix.

    Jésus me répondit:

Oui, je te la donnerai.
    Tout émue, je le questionnai davantage.
— A quoi servira le Miracle? A convertir beaucoup de gens?
    Il me répondit:
A convertir le monde entier.
— La Russie se convertira?
Elle se convertira aussi, et ainsi tous aimeront nos cœurs.
— Le châtiment viendra-t-il après? 
    Il ne me répondit pas.
— Pourquoi venez-vous dans mon pauvre cœur sans mérites?
Je ne viens pas pour toi, je viens pour tous.
— Après le Miracle je crains qu'on croie que moi seule ai vu la Vierge?
Par les sacrifices, tes grands désirs, c'est toi qui intercéderas pour que Je fasse le Miracle.
    Je lui dis:
— N'est-il pas mieux que nous intercédions toutes les quatre, ou sinon qu'aucune ne serve à cette intercession?
Non.
— Irai-je au Ciel? 
    Il me répondit: « Tu aimeras beaucoup, et tu prieras nos Cœurs ».
— Quand me donneras-tu la Croix? 
    Il ne me répondit pas.
— Que serai-je?

    Il ne répondit pas à la question. [Jésus ne répond pas au sujet de « l'état de vie » de Conchita.]  

    Mais il me dit: « où que tu sois, et en quelque situation que tu sois, tu auras beaucoup à souffrir ». 

    Je poursuivis:

— Vais-je mourir bientôt.
Tu devras rester sur la terre pour aider le monde.
— Je suis peu de chose, je ne puis aider en rien.
Par tes prières et tes souffrances tu aideras le monde.
— Quand on va au Ciel, est-on mort? 
    Il me dit:
On ne meurt jamais. 

    (Je croyais qu'on n'allait pas au Ciel avant de ressusciter ). Je lui demandai si Saint Pierre était à la porte du Ciel pour nous recevoir.

    Il me dit que non.

    Quand j'étais dans cette oraison, dans cette conversation avec Dieu, je ne me sentais plus de la terre.

    Jésus m'a dit aussi qu'aujourd'hui il y en a beaucoup qui aiment son Cœur.

    Il m'a parlé des prêtres. Il m'a dit qu'il fallait prier beaucoup pour eux, pour qu'ils soient saints, accomplissent bien leur devoir, et rendent les autres meilleurs.

    Il a terminé par ces mots :

Qu'à ceux qui ne Me connaissent pas, ils Me fassent connaître, et qu'à ceux qui Me connaissent, mais ne M'aiment pas, ils Me fassent aimer.

Conchita Gonzalez.

*    *    *
    « En des occasions antérieures la Vierge m'a fait entendre que la plus grande Croix fut celle que porta son Fils qui était Dieu. En parlant ainsi, elle me fit comprendre que nous devions imiter Jésus en souffrant pour Lui et pour le bien des âmes ».
*
    Paroles redoutables: où qu'elle soit, quelle que soit sa vie, Conchita Gonzalez devra souffrir beaucoup. Et Jésus n'a pas répondu quand elle a posé les questions relatives à sa vocation future.

    Nous voici en octobre-novembre 1965. Malgré sa décision formelle d'entrer au couvent, et en même temps que Loli et Jacinta, elle est toujours à Garabandal. Cela fait jaser autour d'elle et particulièrement à la frontière franco-espagnole, dans un groupe de San Sébastian - Biarritz - Bayonne. Ce dernier répand les nouvelles les plus folles: « Conchita ne pense qu'à la toilette, la baudruche s'est dégonflée, fini le couvent ».

    Or quels sont les sentiments profonds de l'adolescente à cette époque?

    Lisons d'abord une lettre qu'elle nous écrivait, au début d'octobre.

    « Je vous remercie beaucoup de vos prières pour moi, car j'en ai bien besoin. En effet, comme vous pouvez le comprendre, là où est la Vierge, là veut se mettre aussi le démon. Ainsi, continuez à prier pour moi. Merci. Priez pour que j'entre très vite au Couvent ».
    Elle y revient dans sa lettre suivante: « Priez la Vierge pour que j'entre le plus tôt possible au Couvent ».

    Un troisième appel au secours suit quelques jours plus tard, au début de novembre:

    « Priez pour moi, car j'en ai grand besoin. Surtout, priez pour que j'entre ce mois-ci, pour me préparer à devenir une épouse du Christ. Je ne peux pas croire que je vais être une personne de si haut rang qu'une épouse du Christ. Priez pour que je lui sois fidèle, très, très. Or, ma maman ne me dit pas quand j'irai au couvent ».
    Enfin, suprême recours, du moins, elle le croit: « Quand vous m'écrirez, dans votre lettre, dites à ma mère qu'elle doit me laisser aller le plus tôt possible au couvent. Merci. A Dieu ».

    La souffrance que Conchita n'aime pas, celle qu'elle avait demandée à Jésus sans obtenir de lui, alors, la réponse attendue, la voici: le démon est présent à Garabandal et Conchita reste dans la maison maternelle, malgré elle.

    Telle fut la Croix de Conchita Gonzalez, aux derniers mois de 1965.