Un Evêque

    Le 24 juin, à 11 heures du matin, Monseigneur Don Eugenio Beitia Aldazabal, Evêque de Santander, nous accueillit dans son bureau à l'évêché.

    Il lut d'abord attentivement la lettre que nous lui remettions de la part de Conchita, et la conversation s'engagea, cordiale, bienveillante.

    Au courant des faits du 18 juin, il ne nous en parla pas. Nous ne nous permîmes donc pas d'y faire allusion, si ce n'est pour le remercier de sa confiance à notre égard et lui demander une faveur.

— Excellence, nous, les français, nous comprenons fort bien votre prudence. Malheureusement la note d'octobre 1962, par ses interdictions, fait de Garabandal une prison inabordable. D'un autre côté, ces interdictions donnent au monde l'impression qu'on a peur de la vérité. Faites-nous surveiller sur place pour y contrôler notre conduite, mais ouvrez-nous les portes, permettez-nous d'entrer, sans autorisation spéciale.

— Je le voudrais bien. Mais, il y a dix jours, j'ai reçu une lettre du Saint-Office me demandant de ne plus parler. Par courtoisie à son égard, je dois donc garder le silence.

    « Excellence, nous avons de la peine que vous ayez démissionné. Nous le regrettons sincèrement.

— Que voulez-vous? Je ne tiens pas aux honneurs. De plus, je souffre de plusieurs maladies graves dont la cataracte. Je ne me crois plus capable, physiquement, de remplir mon devoir dans un diocèse de pareille importance.

    Depuis deux ans, j'ai exposé mon état de santé au Saint-Siège. A deux ou trois reprises, à l'occasion des Sessions du Concile, je suis revenu à la charge.

    Je remercie le Saint-Père d'avoir enfin accepté ma demande ».

    Il était impossible de parler avec plus de simplicité, d'humilité, de détachement. Nous étions devant un grand évêque de l'Eglise catholique, et nous allions pouvoir le dire, puisqu'il devait quitter définitivement le siège de Santander le 16 août suivant, la veille de l'installation de son successeur.

    Nous allions pouvoir affirmer au monde que ce départ n'avait absolument rien à voir avec Garabandal, et couper ainsi à la racine toutes les insinuations contraires qui couraient un peu partout à ce sujet.

    Nous savons maintenant que dans cette affaire, l'attitude personnelle de Monseigneur Beitia fut correcte.

    Quand il était arrivé à Santander, trois ans plus tôt, il avait trouvé la commission que lui avait laissée Mgr. don Doroteo, administrateur apostolique temporaire. Il avait gardé cette commission à sa tâche. Mais en même temps, il avait laissé se constituer, si l'on peut employer ce mot, une espèce de commission officieuse secrète composée de personnalités favorables à Garabandal.

    Il avait agi de la sorte, avec une délicatesse infinie à l'égard de la commission publique, car toutes ces personnalités ignoraient absolument que leurs rapports arrivés scellés sur son bureau restaient dans son dossier personnel. Elles ignoraient même l'estime secrète dont elles jouissaient, car on ne répondait jamais à leurs travaux, même pas par un simple accusé de réception.

    Nous admirons profondément cette attitude d'un évêque ayant un tel sens de ses responsabilités personnelles, un tel respect, une telle estime de la grâce unique du sacre épiscopal.

    En effet, même s'il eût nommé lui-même la commission connue de tous, Monseigneur Beitia aurait su qu'elle n'avait qu'une autorité consultative, qu'elle ne participait en rien au « charisme » des successeurs des apôtres. Lui seul avait mission et grâce, de par Dieu, pour juger des choses. Et pour éclairer ce jugement, la prudence et la sagesse requéraient qu'il connût le pour et le contre au sujet des apparitions. A côté des adversaires déclarés de la commission publique, il devait à Dieu et à l'Eglise, il se devait à lui-même d'écouter également les voix consultatives des autres.

    Il le fit à l'insu de tous pour ne pas offenser les uns, pour ne pas flatter les autres.

    C'est pour nous le second motif de dire publiquement qu'il fut un grand évêque.

    Il le reste toujours par une intelligence hors de pair et par la charge nationale qu'il a gardée, dans sa retraite.

    Plus d'une fois, le doyen de la faculté de Droit canonique qui lui conféra le doctorat a répété à ses amis : « Monseigneur Beitia a été le plus brillant élève de notre Faculté ». Quant à la conférence épiscopale d'Espagne, elle lui avait confié la présidence des œuvres de Presse Espagnole. Nous savons qu'en cette matière, il fit grosse impression en Amérique, il y a peu de temps, à l'occasion d'une réunion mondiale.

    Tel nous est apparu et nous apparaîtra toujours Son Excellence Monseigneur don Eugénie Beitia Aldazabal, l'évêque des apparitions de Garabandal. Avec Conchita, nous demandons à Notre-Dame du Carmel de lui rendre la santé, le jour du Grand Miracle.

le Père Materne Laffineur et M.T. le Pelletier