Garabandal Avant les Apparitions
   

    Garabandal est un pauvre village des monts Cantabriques, à 600 mètres d'altitude et à 90 kilomètres au sud-ouest de Santander. Sur la piste de Cosio, se rencontrent chaque jour des femmes descendues au ravitaillement avec leurs ânes. Il ne peut être question d'y rouler à bicyclette, car, de l'avis d'un agent voyer rencontré là-bas, ce village est le plus pierreux de toute l'Espagne!

    Le curé, Don Valentin, réside dans la vallée, à Cosio même. Il monte, quand c'est possible, à cheval, le dimanche soir, pour une messe tardive avant laquelle il confesse hâtivement quelques paroissiens.

    Le médecin vient à pied quand on a vraiment besoin de lui; mais les paysans endurcis par la vie rude ne s'écoutent guère, et d'ailleurs les santés sont robustes.

    Les choses et les gens sont restés simples et purs. Certes, comme partout, il y a là-bas des rivalités familiales et des querelles de clocher; des problèmes de vie et de subsistance aussi dans ce pays extrêmement pauvre où l'on se nourrit de maïs, de patates, du lait des maigres troupeaux. On tue une chèvre quand on n'a pu élever un cochon, et nous avons vu en faire des saucisses, des boudins, et des «chorizos», ces saucissons espagnols au piment rouge.

   

    Les garçons s'expatrient ou travaillent en ville, s'ils ne montent pas dans les hauts pâturages pour garder les bêtes, tandis que les filles au sortir de l'école, vers 14 ans, transportent le fumier ou les récoltes à dos d'âne, et, chaque jour grimpent aux alpages à plusieurs heures de marche, pour porter à leur père ou à leurs frères les repas de la journée.

    On se lève tôt comme partout à la campagne, et l'on se couche tard, comme partout en Espagne, où les soirées tardives sont réservées aux conversations interminables et à la vie familiale. On dort peu dans ce pays.

    Ce peuple est sain. Il est religieux aussi avec une curieuse pointe d'anticléricalisme! Chaque soir, vêtues de noir, un fichu ou une mantille sur la tête, les femmes vont dire le rosaire à l'église. Courant et jouant, les enfants les précèdent, et quelques hommes les rejoignent. On prie très vite avec de petits signes de croix sur le front, les lèvres et la poitrine «pour chasser le diable», et on n'a pas peur de l'abondance des exercices de piété. Chapelet, litanies, chemin de croix parfois, Pater et Ave par groupes de 6 à telle ou telle intention, tout y passe! Pour terminer, quelques invocations en l'honneur de «Nuestra Senora bien aparecida en la montana» ( la Vierge heureusement apparue dans la montagne), dévotion datant du 17e siècle, et que l'ancien évêque de Santander décédé peu avant les apparitions propageait plus que filialement... N'insinue-t-on pas que c'est ce Saint Vieillard dont la prédilection pour Garabandal était très marquée qui aurait obtenu de Notre-Dame, quand il arriva lui-même en Paradis, qu'elle choisît pour se manifester, les montagnes de son ancien diocèse?

    Les enfants d'Espagne sont fort semblables à ce qu'ils sont ailleurs, volontiers blagueurs, taquins, prêts à la répartie. Ils sont purs, joyeux, simples avec les défauts habituels de leur âge.

    Le village compte trois cents habitants, il y a deux écoles officielles, l'une de garçons, l'autre de filles, et moins de 20 enfants dans chacune. L'instruction religieuse est donnée à l'école même et complétée dans la famille. Elle paraît plutôt rudimentaire! Un détail: avant les apparitions les enfants n'avaient jamais entendu parler de l'histoire de Lourdes ou de Fatima.

    Dans l'Eglise, assez pauvre, quelques statues. Celle de Saint-Michel terrassant le dragon, vêtu en centurion romain est du type habituellement connu. Une grande statue de la Vierge, près de l'autel, ne ressemble pas plus que celle de Saint-Michel aux apparitions dont nous parleront plus tard les enfants.

    Dans un tel milieu, rien, à la veille du 18 juin 1961, ne pouvait laisser prévoir les étranges événements qui allaient bouleverser toute la vie de ce paisible petit village de San Sébastian de Garabandal.