"Je Crois Que Nous Avons Perdu Le Sens du Péché"

CONCHITA de GARABANDAL

dans une interview de la B.B.C.

    Cette affirmation lapidaire si conforme à la  réalité contient une telle richesse spirituelle qu’il faudrait l’écrire en termes indélébiles et la proclamer en langues de feu -- celles de la Pentecôte — à la face du monde entier.

Le village de San Sebastian de Garabandal,
dans son site merveilleux des monts cantabriques (Espagne).
C‘est là que Notre Dame du Mont Carmel
est venue donner au monde un message de salut,
c‘est-à-dire de miséricorde et de pardon pour notre temps.

    Le Pape PIE XII ne disait-il pas déjà: "Le péché du siècle c’est d’avoir perdu le sens du péché". Et le Pape PAUL VI dénonçait lui aussi avec vigueur ce mal: "On ne parle plus de péché. Lorsque manque le sens du péché, nous pouvons dire que, pratiquement, c’est tout l’édifice moral du Christianisme qui s’écroule". Quant à N.S. Père, le Pape JEAN-PAUL II, il est encore beaucoup plus explicite sur ce sujet. Nous aurons à le citer souvent au long de cette étude.

1. LA RÉALITÉ DU PÉCHÉ

    Elle est facile à constater. Allez par les rues de PARIS, de NEW-YORK, de CHICAGO et d’ailleurs... Ouvrez votre journal... Ecoutez la radio... Regardez l’écran de votre poste de télévision... partout, le péché multiforme vient butter contre tous vos sens, de mille et une manières.

    Cette réalité du péché dans le monde Saint Paul l’a décrite, sous l’inspiration du Saint Esprit, en termes inoubliables dans sa Lettre aux Romains: "Comme les hommes n`ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Il les a abandonnés à la merci d`une intelligence dépravée; si bien qu`ils commettent ce qui est indigne : remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice, ne respirant qu`envie, meurtre, fourberie, malignité ; diffamateurs, détracteurs, ennemis de DIEU, insulteurs; orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, insensés, déloyaux, sans coeur, sans pitié. . . eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature de préférence au Créateur, qui est béni éternellement... Amen. Aussi, DIEU les a-t-il livrés à des passions avilissantes. Leurs femmes ont échangé leurs rapports pour des rapports contre nature. Pareillement les hommes, délaissant l‘usage normal de la femme, ils ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l‘infamie d`homme à homme et recevant en leur personne l`inévitable salaire de leurs égarements... Bien que connaissant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. (Rom. I - 28, 31; 25, 28 ; 32).

    D’aucuns pourraient penser que notre monde d’aujourd’hui ne mérite pas un jugement si sévère. Qu’en pense l’Eglise? Par la voix de son Magistère, le Concile Vatican II, Elle fait le même constat. "Tout ce qui s`oppose à la vie eIIe-même, comme toute espèce d`homicide délibéré, tout ce qui constitue une violation de l`intégrité de la personne humaine, comme les humiliations, la torture physique ou mora/e, les contraintes psychologiques; tout ce qui offense à la dignité de l`homme, comme les conditions de vie sous-humaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, Ia prostitution, le commerce des femmes et des jeunes; ou encore les conditions de travail dégradantes qui réduisent les travailIeurs au rang de purs instruments de rapport, sans égard pour leur personnalité libre et raisonnable;  toutes ces pratiques et d`autres analogues sont en effet infâmes. Tandis qu`elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s`y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l`honneur du Créateur."  (Gaudium et Spes n 27).

    Ces deux textes ne sont-ils pas un écho fidèle de celui du livre de La Genèse au chapitre VI? "Le Seigneur vit que la malice de l`homme sur la terre était grande et que tout l`objet des pensées de son coeur n`était toujours que Ie mal."...  "car toute chair avait une conduite perverse sur la terre".

    Notre propre expérience, sur le plan personnel, nous confirme cette infection du mal au-dedans de notre coeur. Le poète paien, Ovide, le disait fort bien."Le mieux je le vois et l`approuve; et c’est le pire que je suis". En chacun de nous, (comme au sein de la société), le duel entre le bien et le mal est permanent. Là dessus, rien de comparable à ce réquisitoire si poignant de Saint Paul dans son expérience personnelle : "Je sais qu`en moi, c`est-à-dire en ma chair, n`habite pas le bien. Vouloir le bien, certes, est à ma portée mais non de l`accomplir. Car le bien que je veux, je ne le fais pas, mais le mal que je ne veux pas, je le pratique... Je perçois dans mes membres une autre loi qui combat contre la loi de mon intelligence et me tient captif sous la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux homme que je suis! Qui me délivrera de ce  corps de mort ? (Rom. VII, /8—24).

APRÈS LE CONSTAT, OÙ TROUVER LE SENS DU PÉCHÉ?

    Le seul constat d’une maladie ou d’une épidémie n’a jamais guéri personne... II y faut un plus et même beaucoup plus... pour établir le diagnostic et la thérapeutique adéquate. De même, pour le péché; nous pouvons en voir et en déplorer les dégats. Mais, sa présence dans le secret de la personne humaine, sa source, sa co-existence avec la liberté de l’homme, sa gravité et ses suites, bref tout le sens du péché... où allons-nous le découvrir? Consultons l’intelligence et la sagesse de l’homme.

    Chez le scientifique (chercheur, médecin. psychologue, etc...)

— "Vous dites: le péché! Nous disons plutôt le mal... Nous en étudions toutes les manifestations sensibles dans l’individu comme dans la collectivité. Mais, la partie invisible de cet iceberg, celle qui plonge dans les profondeurs de la liberté et de l’esprit de l’homme, échappe totalement à nos moyens d’investigation.

    Chez l’écrivain et l’artiste (historien, romancier, journaliste, auteur de théâtre, de cinéma. etc...) "le péché de l’homme"! Nous le décrivons, nous l’analysons sous toutes ses formes. Nous le jugeons, nous le flattons, nous l’approuvons ou le rejetons, selon nos idées, nos talents et notre éthique... Pour le reste?..."  — C’est entendu, messieurs! Ça se vend même beaucoup dans les kiosques et les boutiques... et cette "denrée" fait pas mal de cents et de dollars!...

    Chez le sociologue, au sens large du mot (légiste, juge, corps administratif, etc...). Ici, vous êtes en plein sécularisme. Pas question de péché, mais d’éthique, de loi et de règlement, établis par le Pouvoir, selon son idéologie, sa civilisation, ses coutumes ou "sa religion d’état". Tout manquement à cet ensemble social sera dit et jugé comme défaut, délit, infraction, méfait, forfait, faute, violation, dérogation, crime, etc... Pour le sens du péché, veuillez vous adresser ailleurs...

    Vous le constatez,  mes amis: si le péché surabonde, le sens du péché n’est pas tellement courant. Le trouverons-nous chez les Philosophes? Ce sont des gens intelligents, des chercheurs des causes premières, de la réalité absolue, des fondements des valeurs humaines, etc...

    OUI. Mais!... leurs systèmes philosophiques sont divers. Idéalistes ou Existentialistes... Spiritualistes ou Matérialistes... Athées ou Croyants, Chrétiens ou Non-Chrétiens... De plus, dans chaque courant de pensée, il y a beaucoup de variantes. Entrons chez l’un d’eux.

    Chez le philosophe. Une chance: c’est un des ténors de la pensée à la mode du jour, la plus courante, la plus pernicieuse peut-être. C’est un matérialiste libéral, héritier des "lumières" de la franc-maçonnerie. — A votre question sur "le sens du péché", je réponds par le "non-sens du péché"... Je vous étonne! Voici: vous vous tourmentez de ce que le bien et le mal se déchirent en vous... Vous vous attristez de votre faiblesse sans la comprendre, vous demandez au ciel le secret de cette énigme. Allons! Quelle étrange inquiétude est la vôtre! Le mystère qui vous tourmente, c’est vous qui le fabriquez. Vous appelez certaines actions du nom de mal ou de péché, certaines autres du nom de bien ou de vertu... Ne voyez-vous pas que vous faites le schisme en vous?  Et vous vous demandez d’où il vient et comment en sortir!...

Vous mettez en avant votre conscience; mais, n’est-elle pas le fruit de votre éducation, de votre milieu familial ou social, de votre sentimentalité qui vous ont habitué à tel ou tel point de vue que vous tenez maintenant comme principe? Rejetez ces chimères et ces tabous... pour retrouver la paix et l’unité. Libérez-vous, soyez autonomes, en suivant tout bonnement les désirs de votre nature. Qu’y a-t-il de plus simple, de plus vrai et de plus juste? Autrement dit: ce que vous appelez "péché" n’a pas de sens.

    Cela ne veut pas dire évidemment que ma philosophie nie l’existence du mal. Hélas! c’est une réalite devant laquelle nous serons toujours désarmés... Devant la mort, la souffrance multiforme, devant tel ou tel fléau, etc... le philosophe que je suis ne peut que regarder et constater l’existence du mal. Mais, il ne sait pas ce qu’est le mal en lui-même; car le mal n’a pas de nature, "d’essence’’. Evidemment, je le reconnais, ce n’est pas très glorieux pour l’intelligence du philosophe de devoir constater l’existence d’une réalité sans pouvoir la saisir. Ce sont nos limites humaines." — Merci, monsieur le philosophe!

    Pauvre philosophisme!...qui refuse l’humble quête de la vérité pour s’en remettre quiètement à la nature. Etrange libération! qui vous clôture dans le non-sens de votre vie, vous pousse au "Goulag" de l’absurde et finit par vous faire crier au scandale, pire encore, à vous faire hurler de désespoir et de révolte.

    Mais ce petit parcours avec les lumières — je n’ose dire sur les sommets — de l’intelligence humaine nous a permis un constat très utile: l’interprétation authentique du péché et par conséquent le sens du péché ne sont point à la portée de notre seule intelligence. Des chrétiens se figurent parfois les choses autrement, tant il leur semble simple et naturel de vivre avec le sens du péché. Erreur. Pas de sens du péché sans la lumière d’en haut.

LA LUMIÈRE DE LA RÉVÉLATION

    Comme toutes les vérités de notre Foi chrétienne, le péché et le sens du péché nous sont découverts d’En-Haut, par Révélation. Et quand je dis "Révélation’’, comprenons-nous bien: c’est Quelqu’un qui est venu à nous pour nous enseigner,  pour être notre "Maître à penser". Ce n’est pas un Livre ni un Traité; mais quelqu’un qui est l’Amour surabondant et miséricordieux, je veux dire, qui nous aime et à qui nous devons tout bien. Quelqu’un qui est la Vérité même et qui nous la donne. C’est Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. A Lui, Gloire, Louange et Grâces, eternellement!...

1. SUR L'ORIGINE DU PÉCHÉ

    Impossible de percevoir en profondeur ''le sens du péché" sans bien connaître ses origines. Celles-ci nous sont dévoilées au chapitre 3 de la Genèse. La richesse spitituelle de ce récit, admirable de symbolisme et de poésie, est inépuisable. Ne regardons ici que l’essentiel.

    1. "Au commencement" évidente et parfaite, régnait entre le Créateur et nos premiers parents, l’harmonie d’amour et de tendresse. Pour Dieu, c’était Joie et gloire: "Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici que tout cela était très bon". Et pour eux, n’était-ce pas Vie, Lumière, Grâce et Bonheur dans cette communion permanente à cette tendresse inépuisable du Père?...

    2. Lucifer intervient.
    Ce n’est pas un mythe, ni une légende: l’existence du Démon et des mauvais Anges est de Foi. Ne pas y croire, c’est prendre Jésus-Christ pour un menteur. En effet, c’est Lui, le Christ, qui nous parle avec une vigoureuse netteté de cet être néfaste: Il l’appelle Beelzéboul, Diable, le Mauvais, Prince des démons, Prince de ce monde, Satan... L’Eglise nous enseigne la même vérité et la définit au Concile du Latran (en 1215) et au Concile de Trente. Notre Pape JEAN-PAUL II,  a consacré une longue allocution, le mercredi 13 août 1986, sur le Démon et les mauvais anges.

    Lucifer et les mauvais anges, dans leur fol orgueil, refusèrent Dieu et son plan créateur et tentèrent de subvertir l`organisation même de la création tout entière. Par haine et jalousie, Satan tenta l`homme et la femme pour leur innoculer le virus de l’insubordination et de l`opposition à Dieu. "Vous serez comme des dieux ", si vous passez outre à ce que Dieu vous a dit. Allez! Soyez vous-mêmes... Libres et autonomes... pour être encore plus heureux.

    Cette tentation faisait de Lucifer ‘‘le père du mensonge’’ (St Jn, 18, 44) et aussi le premier "homicide", puisqu’il fit perdre au premier couple la vie surnaturelle et, à plus long terme, la vie naturelle, par la mort.

    Je dois cependant ajouter une distinction entre le péché du "Diable et de ses anges" et celui de nos premiers parents. Je dirais que Satan a péché comme quelqu’un de très, très intelligent; et, nos premiers parents comme... — non pas des ‘‘imbéciles’’ — mais des petits ‘‘benjamins’’ par devant leur aîné; ou bien encore, Satan, comme un "professeur ès dignités" et nos premiers parents comme des "bizuths" (=étudiants de première année) !...

    Ceci, pour expliquer une différence — qui est de taille -- entre le péché de Satan et celui du premier couple. Satan (et les siens) ont commis le péché dans la perfection spirituelle de leur nature angélique: ce qui les fixait radicalement et irrévocablement dans le refus et le non-amour. Leur péché était irrémissible. Tandis que celui de nos premiers parents, provoqué par l’incitation du Tentateur, restait, dans le jugernent de Dieu, digne de sa Miséricorde et de son Salut.

    Par contre, il nous faut bien saisir que ce péché de l’homme, malgré ses circonstances atténuantes, est du même ordre que celui de la Source, de Satan. Comme celui-ci, "l’Homme a abusé de sa liberté en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à sa fin hors de Dieu". (Gaudium et Spes. n° 13).

    Quelles plaisanteries n’ai-je pas entendues sur les origines du péché, de la bouche de non-croyants ou même de croyants!... Ah! si nous avions cette vision chrétienne sur l`origine du péché, notre attitude devant la contamination qu’il a entraînée sur notre pauvre humanité et la terre entière changerait. N’aurions-nous pas alors à l’égard des pécheurs, de nous-mêmes, de l’humanité et de tout l`univers, une meilleure compréhension, une plus grande miséricorde?" Seigneur, ayez pitié de nous". Une telle vision ne nous met-elle pas déjà dans le "sens du péché’’? Mais, il y a beaucoup plus...

CAP... SUR LE VRAI SENS DU PÉCHÉ!

    C’est bien vrai qu’il faut nous regarder dans la glace, à la lumière de notre conscience, "chercher" nos péchés, nous frapper la poitrine à grands coups de "mea culpa", avant de nous confesser... Et, ça n’a rien de réjouissant, me direz-vous. Comme Prêtre, chers amis, je le sais mieux que vous. J’ajouterai même: si on ne voit ses péchés qu’ainsi dans sa propre glace, on risque fort d’en rester au négatif... Et c’est alors le tourment, le scrupule, la "déprime", qui vous guette. Pas étonnant que vous ayez la peur au ventre avant de vous confesser, même si vous avez bien répertorié vos péchés sur votre catalogue...

    Avec la Lumière de la Révélation — elle nous est indispensable — mettons hardiment le cap, toutes voiles dehors, sur le vrai sens du péché.

    C’est en face d’Un Visage, de Quelqu’un, d’un Coeur, du Père et du Fils et du Saint Esprit, qu’il faudra regarder. C’est dans le miroir fantastique de son Amour-Miséricorde qu’il faut voir avec netteté? "la largeur, la hauteur et la profondeur" de notre péché, je veux dire celui d’Adam et de tous ses descendants.

    Et c’est encore "au commencement" qu’il faut nous reporter pour mieux comprendre. "Il y eut un soir; il y eut un matin"...où l’homme et la femme se dressèrent contre leur Père créateur. Ce fut une rupture semblable, mais pire que celle de l’enfant prodigue de l’Evangile avec son père. Or, pensezvous qu’une telle révolte de l’homme et de la femme, créés dans la sainteté et la beauté originelles — "à l’image de Dieu, Il les créa "— ne toucha pas le coeur du Père?... Y pensons-nous?... Leur péché perça et transperça — un mot à retenir — le coeur du Père Très aimant.

    Ce qui suivit, un garçon de 9 ans, au catéchisme, me le résumait : "Le Bon Dieu se mit en colère et les mit dehors tous les deux (l’homme et la femme)". "Très bien, Michel à la condition d’ajouter une chose: cette colère du Père ne brisait pas, ne diminuait pas son amour infini pour eux... C’était une colère d’amour. Dieu restait leur Père très aimant; sa colère était comme le visage attristé de sa sainteté et de son amour en présence du péché." En somme, pour Lui c`était l’ingratitude et l’abomination... et pour eux, une destruction, une perte épouvantable. Mais, pas une minute, n’avait cessé l’Amour du Père pour ses enfants. J’oserai dire que cet Amour prit une couleur, une intensité plus belle encore, celle de la surabondance, de la miséricorde. La preuve c’est qu’il leur promit  immédiatement un Sauveur.

    Certes, le Père ne révéla pas, dès ce jour, l’Economie du Salut. Mais, dès ce moment, tout le Plan de la Rédemption était décidé en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. L’humanité entière était sauvée "En espérance". Au lieu de nous arrêter et de buter avec rage et désespoir sur le péché, sachons nous tourner et nous jeter vers la Miséricorde de Dieu. La liturgie de l’Eglise ne nous fait-elle pas chanter?: "ô heureuse faute, qui nous valut un tel Rédempteur"!

    Ce n’est pas le lieu de s’attarder sur le long cheminement de l’Espérance du Salut, promis, dans la vie du Peuple de Dieu. Toute l’histoire d’Israel n’est-elle pas celle du duo discordant du péché du peuple et de la miséricorde divine?

    Mais, quand vint la Plénitude des Temps, la miséricorde de Dieu s’incarna en la personne du Verbe fait chair. "Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli"..."Il est devenu chair et il a séjourné parmi nous" St Jn 1. Alors, le duo péché et miséricorde ne fut plus seulement discordant; il devint un duel à mort.

    Il serait facile de développer ce thème et de l’illustrer par des pages de l’Evangile, des écrits apostoliques ou même par certaines scènes de l’Histoire de l’Eglise. Bornons-nous à ce petit tableau significatif.
 
Avec l`Homme pécheur Avec Jésus-Christ, notre Sauveur
L’homme naît dans l‘Eden. Dieu devenu chair naît dans la grotte de Bethléem.
L’homme veut s’affranchir de Dieu "Vous serez comme des dieux"... Lui, de condition divine ne se prévalut pas d’être l’égal de Dieu. Ph. 2, 6.
Nous sommes tous sous l’empire du péché. Rom. 3, 9. "Qui me convaincra de péché? Jn 8, 46.
L’orgueil sort du coeur de l’homme. Mc 7, 22. Jésus est doux et humble de coeur... Il est venu pour servir. Mt 11 et 20.
Les oeuvres de la chair sont débauche et impureté. Ga. 5, 19. Jésus pardonne et réhabilite la pécheresse publique. Lc 7, 37-50.
Ignorance et ténèbres: "leur coeur inintelligent s’est enténébré"  Rm 1, 21. "Je suis la Lumière du monde" Jn 9, 5. Qui me suit a la lumière de vie" Jn 8, 12.
Le péché dans la famille; divorce, adultère, désunion, etc. Indissolubilité du mariage. Mt 19, 3, 6. L’exemple de la sainte Famille...
Le mauvais usage de l`argent. L’amour de l’argent est la racine de tous les maux. I Tm. 6. La parabole du Riche et Lazare. Lc 16, 19. "Bienheureux les pauvres en esprit"! "Malheur à vous les riches". Lc 6, 24.
La tentation: "Prends garde à toi, tu peux être tenté, toi aussi". Ga. 6, 1. Jésus est tenté au désert... "Arrière de moi, Satan" Mt 16, 22.
La maladie et les infirmités, ce sont des fruits du péché originel. Jésus guérit toute maladie et toute infirmité. Voir les nombreux exemples dans l’Evangile.
La mort a passé dans tous les hommes par le péché. Rm 5, 12-21. Jésus ressuscite les morts: la fille de Jaire, le fils de  la veuve, à Naim; l’ami Lazare de Béthanie. Lui-même sort vivant du tombeau.

    Cela n’est qu’un petit échantillon de l’affrontement de la miséricorde de Jésus notre Sauveur et du péché de l’homme avec ses séquelles. De tous les péchés, en est-il un qu’il n’a pas rencontré ou débusqué dans les replis secrets du coeur de l’homme, pour offrir au coupable repentant le pardon de l’Amour infini? En Lui, comme dans le Père devant le premier péché de l’homme, cohabitaient l’horreur du mal et la surabondance de la miséricorde pour le pécheur.

    En finale: les trois ‘‘Glorieuses’’ (La Croix, la Résurrection, la Pentecôte).

    En stricte justice un seul acte de Jésus-Christ avait valeur infinie et pouvait nous sauver. Mais, quand il y a l`amour et la surabondance de l`amour, se contente-t-on du minimum?...

    La logique interne de l`amour et de la miséricorde c’est le "jusqu’au-boutisme’’: elle tend vers le maximum du bien. Mais, en sens contraire, sous la poussée du Père du Mensonge, la logique adverse du péché pousse, du mal au pire, l’homme vers sa perte totale. Entre les deux logiques, incompatibilité absolue. N’est-ce pas ce qui nous est révélé dans la parabole lumineuse des Vignerons homicides (Mt 21). Du côté des vignerons, le péché va en crescendo; un premier groupe de serviteurs est liquidé, puis un deuxième et finalement c’est l’assassinat du Fils... Du côté du Père, le souci de sa Vigne, l’envoi de ses serviteurs, et malgré tous les échecs, l`envoi de son Fils: "ils respecteront mon Fils"... Mais pas du tout. C’est à lui qu’ils en veulent surtout, à cause du Père, dont il est le mandataire unique. "Ils le jetèrent hors de la Vigne et le tuèrent".

    C`est bien clair: Jésus savait parfaitement et annonçait ouvertement ce qui devait lui arriver, du fait de l’obstination de l’Homme pécheur, qui irait jusqu’au ‘‘déicide’’.

    Avec la force du Saint Esprit, Lui, Jésus, le Verbe incarné, le Fils Unique, l’Envoyé du Père, accepte l’ultime affrontement du péché, qui habite le coeur de tous les hommes. Il accepte d’être dans ce combat dramatique l’unique représentant de tous les hommes ; il accepte d’être chargé de tous les péchés de chacun et de tous; il accepte d’être l’unique Sauveur. . . Mais, à quel prix?

    Dans le don total de lui-même, qui est, tout en même temps, communion parfaite avec le Père et le Saint-Esprit, amour et miséricorde infinie pour chacun de nous, Il accepte avec adoration, en esprit de sacrifice et de réparation de porter le péché du monde jusqu’au supplice inffâme de la croix, jusqu’à la mort, jusqu’au coeur transpercé, et de le traîner enfin, comme une dépouille de l’Ennemi vaincu, jusqu’au sépulcre.  "ô mort, où est ta victoire?"

    Mais, si le Mauvais avait pu pousser l’homme jusqu’au "déicide" et à la mort du Fils de l`homme, Il ne pouvait faire plus. Tandis que la Miséricorde de notre Dieu, elle, restait infinie et allait accomplir la plus grande merveille de notre Histoire: la résurrection du Christ et la venue du Saint Esprit. C’était ainsi la victoire totale, définitive et universelle de la Miséricorde divine sur le péché, ce que l’Apôtre saint Jean appelle si bien "la GLOIRE" du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Gloire réalisée par "les trois glorieuses": la Croix, la Résurrection et la Pentecôte.

CONCLUSION

    Avant d’envoyer dans le monde ses Apôtres pour proclamer la Bonne Nouvelle de notre salut, Jésus leur confia leur pouvoirs divins, ses sacrements. Et parmi ceux-ci, celui de la Pénitence (ou Réconciliation ou Confession). "Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez." Parfaitement enseignés par Jésus, et tant de fois témoins des pardons qu’Il avait donnés aux pécheurs et pécheresses, les Apôtres comprirent parfaitement le pouvoir divin que leur confiait leur Maître. "Le Salut n’est en aucun autre" (Act. 4-12) — "Il s’est offert une seule fois pour enlever les péchés" (He. 9, 23) — "Si nous confessons nos péchés, Il nous les remettra" (I Jn 1-8, 9).

   Autrefois, on se confessait beaucoup. Actuellement, très peu. Même des chrétiens très pratiquants semblent totalement allergiques à la confession. Nous disons pourtant si facilement: "Sainte Marie.. . priez pour nons pauvres pécheurs"  ou bien "Père... pardonne-nous nos offenses"...ou encore "Agneau de Dieu... prends pitié de nous"... Mais en pratique nous nous esquivons avec d’étranges prétextes, qui n’ont rien de commun avec la Révélation de Dieu et l’enseignement de l’Eglise. Nous nous justifions tout seuls: "nous sommes bien libres, autonomes, mûrs"...N’y a-t-il pas les exigences de la nature, de l’instinct, de la culture, de la mode, du "comme tout le monde", etc .. ?

    Nous n’en serions pas à ce point, si en ce domaine de la Foi, nous avions gardé intact ce que Dieu nous a révélé. Le redressement est urgent à opérer. En grande partie il dépend des prêtres. Quand un prêtre proclame à ses frères notre condition commune de pécheurs, l’origine, les conséquences, la logique implacable du péché qui pousse l’homme à la rupture totale avec Dieu; quand ce prêtre proclame en face de cette ingratitude la miséricorde infinie de Dieu, toujours prêt à nous pardonner, si nous Lui confessons nos péchés, cette Parole n’est pas stérile. Prêtre ou simple fidèle, nous sommes labourés jusqu’au coeur par cette Parole. "Oui, Père, j’ai péché contre le Ciel et contre Vous"... " Je suis confus de la vilénie de mon péché envers vous. En même temps, je suis confus de votre tendresse infinie qui me pardonne dans la joie et la paix"— Car, là où mon péché a abondé votre grâce, elle, a surabondé. Je renonce à être quitte avec Vous, aujourd’hui et toujours... Eternellement, je chanterai vos miséricordes.

    C’est dans cette joie ineffable et cette paix profonde que tout chrétien, prêtre ou fidèle, peut alors communier au Christ Jésus dans son sacrement de l’Eucharistie. J’oserais même certifier que l`élan et la fécondité apostoliqne de tout chrétien, prêtre ou fidèle, dépend en grande partie de ce "sens authentique du péché". Faut-il le prouver? Deux exemples incontestables suffisent, celui du Saint Curé d’Ars et celui plus récent du cher Padre PIO.

    N.S. Père JEAN-PAUL II l’a rappelé fortement aux prêtres: "Prêtres du monde entier, consacrez-vous avec vouement au Ministère du Sacrement de la Confession, et cela au prix de n`importe quel sacrifice. Car ce Sacrement fortifie Ies Consciences chrétiennes beaucoup mieux que n`importe quel moyen humain: plus que les conseils psychologiques, plus que les grands rassemblements, plus que les meilleures prédications; car c’est le Christ Iui-même, riche en Miséricorde, qui agit dans les âmes par ce Sacrement de la Confession. Il l`a institué, non seulement pour Ia destruction du péché, mais surtout pour un précieux progrès dans la vertu."

    Amis lecteurs, au terme de ce parcours sur le sens chrétien du péché, revenons à notre point de départ, auprès de Conchita et de ses trois autres compagnes, à Garabandal, au temps des apparitions. Un jour, le chanoine Porro demanda à Notre Dame par l’entremise des voyantes ce que devraient faire les Espasgnols pour s’amender. "Qu`ils se confessent * et communient . C’était en la Fête de la Nativité, le 8 septembre 1961. De même, en la Fête de N.D. du Rosaire, le 7 octobre 1962, selon M. Loli, la Vierge demanda "que tous se confessent et communient".

    Sur le sens chrétien du Péché, la catéchèse de la Sainte Vierge à Garabandal fut merveilleuse, tant sur l’horreur du péché que sur la Miséricorde de Dieu.

    L’horreur du péché : Qu’on se rappelle ce qui se passa au village, la nuit des "gritos"... Et le film des pécheurs que montra la Vierge à Conchita? "Que c’est affreux! gémissait Conchita; je ne veux pas le voir... Non... Encore le film des pécheurs... Oui... sacrifices..." et tant d`autres faits, à propos du péché.
 
* 1. La confession individuelle et intégrale est l’unique moyen ordinaire de se réconcilier avec Dieu et l’Eglise, sauf cas d’impossibilité physique on morale.

    2. Une absolution générale pent être donnée à plusieurs pénitents réunis, mais après leur confession individuelle.

    3. Une absolution générale sans confession préalable ne peut être donnée qu’en cas de danger ou de nécessité graves. Et la nécessité — dit l’Eglise -- n’est pas suffisante lorsque manquent des confesseurs devant l’afflux des pénitents, comme pour une grande Fête ou un grand pèlerinage.

    4. Celui qui aurait reçu une absolution collecive doit ensuite aller se confesser individuellement le plus tôt possible.
    (D`après le nouveau Droit Canon, No. 960 - 961 - 963).

    La Miséricorde divine et le pardon, Il faudrait parler ici des nombreuses conversions à Garabandal. Je ne peux que renvoyer à ce qui a été écrit dans les livres sur le sujet;  tous ces cas de conversion illustrent parfaitement ce passage du Message: "Si vous Lui demandez pardon sincèrement, Dieu vous pardonnera"..."Moi, votre Mère, par l’intercession de l`Ange-Saint  Michel, je vous demande de vous amender".

"PENSEZ A LA PASSION DE JÉSUS"

    Là, tout est dit au pécheur que je suis. C’est la victoire de l’Amour sur le péché, le mien, le vôtre, celui de tous les hommes. C’est la Croix de Jésus notre Sauveur. "Il a porté nos péchés dans son corps, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice".(1 P. 2, 24).

    Aux prêtres. "Chers frères dans le sacerdoce du Christ, sachez être avec un esprit de service particulièrement généreux, les ministres du sacrement de Pénitence"... Jean-Paul II.

    " 0 Marie, mère du rédempteur, accorde à tous les prêtres la grâce de donner une importance majeure, un temps généreux, une compétence théologique et spirituelle et une fidélité quotidienne à l`Esprit-Saint pour le sacrement de réconciliation, dont les chrétiens ont tant besoin." Jean-Paul II.

par Père A. Combe.