LE PÈRE LUIS ANDREU
UN PERSONNAGE CAPITAL DANS L'EVENEMENT DE GARABANDAL
(d'après une étude du R.P. Joseph A. PELLETIER, a.a. des U.S.A.)

(PHOTO): Le Père Luis Maria ANDREU, s.j.

    Ce n'est que maintenant, avec le recul du temps, que nous commençons à saisir pleinement l'importance du P. Luis Maria ANDREU dans l'affaire de GARABANDAL. Ce qui fut peut-être son rôle le plus important dans cet événement n'a-t-il pas été celui sur lequel on a le moins insisté? Or ce rôle, cette fonction fut d'être le Témoin direct de la vérité des Apparitions de Garabandal — non seulement dans leur historicité, mais dans leur origine surnaturelle — puisqu'il partagea lui-même une de ces Apparitions.

    En ce qui regarde la partie Eucharistique du Message [Dans son Message la Vierge a dit : «II faut visiter beaucoup le Saint-Sacrement... On donne de moins en moins d'importance à l'Eucharistie...». Rappelons-nous aussi les nombreuses Communions données par l'Archange Saint Michel...
    Il faut lire là-dessus le petit fascicule : « L'EUCHARISTIE dans le Message de San Sebastian de Garabandal » par le P. COMBE. Vous pouvez le demander directement à son adresse ; voir à la fin de cette plaquette.],  le P. Joseph A. PELLETIER, des U.S.A., dans son premier livre «DIEU A PARLE A GARABANDAL », a fort bien précisé la portée et le sens de la présence du P. Luis dans les Apparitions. Ce Prêtre était vraiment un exemple et un modèle, un homme profondément animé d'esprit surnaturel, consumé de l'amour de Dieu et du Prochain. En ce sens. il symbolise bien à nos yeux le sacerdoce, le prêtre pour qui Notre Dame du Carmel demandait aux « Fillettes » de Garabandal de prier. Ne leur apprenait-elle pas en effet à prier pour que nous ayons de bons prêtres, de vrais hommes de Dieu, qui dirigent leurs fidèles par l'exemple de leur vie aussi bien que par leur parole?

    Mais, ce qu'il est nécessaire de préciser aussi c'est la part, le rôle du P. Luis comme témoin direct et irréfutable de l'authenticité et de l'origine surnaturelle des Apparitions de Garabandal. Expliquons-nous le plus clairement possible.

    Certains ont dit à propos de ces Apparitions que les « Petites » voyantes négligeaient presque toujours de mentionner le P. Luis comme un de ceux qui ont vu la Vierge. Certes, ils ne nient pas sa participation à l'apparition du 8 août 1961, mais, dans leur esprit ils ne le placent pas à égalité, semble-t-il, comme « voyant » avec les quatre fillettes. Et pourtant, il L'a bien vue (N.-D. au Carmel) lui aussi, aussi véritablement qu'elles. Est-il nécessaire qu'il L'ait vue dix, vingt ou cent fois ? S'il ne L'a vue vraiment qu'une fois, c'est suffisant pour faire de lui aussi un authentique Voyant, un participant véritable et indiscuté de ces Apparitions. Ce point est de la plus grande importance. Sur les Apparitions de La Vierge à GARABANDAL, nous avons donc la parole du P. Luis aussi bien que celle des « Petites ».

    Chacun sait qu'au début de ses apparitions la Vierge a prédit qu'arriverait un jour où « les Voyantes » se contrediraient entre elles et iraient jusqu'à nier son apparition. Cela est arrivé ; et tous ceux qui connaissent parfaitement le problème comme prêtres, théologiens ou mystiques nous ont dit alors ce que nous devions penser de ces doutes [La question des doutes et contradictions des « Voyantes » a été longuement traitée par le Père LAFFINEUR (France), par M. le Chanoine J. PORRO Cardenoso de Tarragone (Espagne) et par M. Sanchez VENTURA de Barcelone (Espagne). Le T.R.P. Lucio RODRIGO de Comillas (Espagne) en a parlé également. Il faut se reporter aux ouvrages ou aux témoignages de ces Maîtres en la question.] . Mais, avons-nous remarqué aussi que cette prédiction n'était pas sans importance pour nous-mêmes? La Sainte Vierge dans sa prédiction à ses confidentes ne nous prévenait-Elle pas maternellement : Mes enfants, même si vous étiez ébranlés par les doutes et contradictions des «Petites », vous aurez toujours la parole du P. Luis pour vous affirmer que je suis bien venue ici.

    C'est la raison, sans aucun doute, pour laquelle le P. Luis a vu la Vierge, non pas en privé, à lui seul et séparé des fillettes, mais vraiment avec elles, en partageant avec elles l'apparition. On comprend mieux alors ce que le Père déclara à plusieurs reprises, au cours des quelques heures qu'il vécut encore après cette fameuse apparition du 8 août 1961 :

    « Quelle faveur m'a accordée la Vierge bénie! Quelle chance pour nous d'avoir une telle Mère au Ciel! Il ne faut pas avoir peur du surnaturel... Les enfants nous ont montré l'exemple de la manière dont nous devons nous conduire avec la T.S. Vierge. Pour moi, il ne peut y avoir aucun doute que les choses concernant ces « Petites » soient vraies ».

    Ainsi, nous ne devons pas dissocier le P. Luis des quatre fillettes dans leur rôle de voyantes. Lui aussi, comme elles, est un voyant de Garabandal. Et si — comme prédit — les fillettes en sont venues à nier ou à douter de l'apparition de la Vierge à Garabandal, nous avons encore le témoignage (et quel témoignage!) du P. Luis; Il nous affirme que la Vierge lui est bien apparue à Garabandal et que les quatre fillettes avaient part avec lui dans cette même vision.

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    Ceci étant bien compris, voyons quelle est la valeur et la portée du témoignage du P. Luis.

    1. C'est le témoignage d'un homme d'âge mûr, d'un homme de 36 ans, ; c'est le témoignage d'un homme absolument digne de foi et très estimé de tous ceux qui le connaissaient ; c'est le témoignage d'un théologien de métier, d'un esprit critique très expérimenté. En effet, le P. Luis avait été membre de la Faculté Jésuite de Théologie d'Ona. Après Ona, il poursuivit ses études à Innsbruck, Rome, Genève et Paris. En lui nous avons donc un témoin d'une valeur exceptionnelle.

    2. De plus, la valeur de ce témoignage est rehaussée par un autre fait très important. Le P. Luis, comme participant direct des apparitions de Garabandal, fut le seul des « Voyants », lors de l'apparition du 8 août 1961, à être gratifié de la vue par anticipation du grand Miracle, qui doit venir et qui convaincra tous ceux qui le verront. « Les Petites », elles, ne virent pas le Miracle, ce jour-là, comme le P. Luis le vit ; et elles ne le virent jamais ainsi. Si Notre Dame a dit à Conchita en quoi consistera ce Miracle et à quelle date il se réalisera, la petite ne l'a jamais vu par anticipation. I e P. Luis est le seul à l'avoir vu. Ce fait accrédite singulièrement la valeur du témoignage du P. Luis. D'autre part, comme le remarque très justement le P. Pelletier dans son étude, « II est très possible que ce grand et unique privilège du P. Luis, en raison de son rôle spécial eu égard à la partie sacerdotale du Message de Garabandal, soit le symbole des faveurs spéciales que Dieu dispense aux prêtres, qui essayent de suivre l'exemple du P. Luis dans leur vie sacerdotale ».

    3. Enfin, parce que témoin qui a vu le Miracle par anticipation, le P. Luis joue un troisième rôle très important, en relation avec l'événement de Garabandal. Il rend témoignage — et quel témoignage! — de l'authenticité de cette partie si significative du Message de Garabandal. Tandis que nous attendons le Miracle et trouvons le temps long, ce Prêtre, dans ce qu'il vécut à Garabandal, nous encourage et soutient notre espérance. Ce Miracle, qui a été promis par Notre Dame et qui sera le couronnement de l'événement de Garabandal, a été vu réellement par quelqu'un. Il a été vu par un Prêtre, dont la parole est de toute confiance.

    Dans notre diffusion du Message de Garabandal, ne laissons rien échapper du témoignage capital de ce jeune prêtre espagnol. Si Dieu l'a rappelé à Lui si vite et si mystérieusement, ce ne fut pas avant de s'en être servi si puissamment et si efficacement; ce ne fut pas avant de l'avoir fait à la face de l'Eglise le grand Témoin du Message de Notre Dame du Mont Carmel. Qui pourrait récuser ce Témoin? (d'après une étude du P. Joseph A. PELLETIER, a.a. des U.S.A.)
 
 

a. IL EST MORT DE JOIE b. LE PLUS BEAU JOUR DE MA VIE
c. LES PREMIERS APPELS : « PECHEURS D'HOMMES » d. LES FRERES ANDREU
e. UNE PROMESSE FAITE A NOTRE DAME f. LA DIVINE PROVIDENCE
g. IL EST AU CIEL h. SOUVENIRS SUR LE PERE LUIS
i. LES DOUTES MYSTERIEUX j. LES DOUTES DU PERE RAMON

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IL EST MORT DE JOIE

L'histoire du P. Luis Maria ANDREU, par Teresa TSEU

    Le Père Luis Maria ANDREU RODAMILANS, s.j., a été le seul — à part les quatre fillettes — qui a vu la Sainte Vierge Marie à Garabandal ; et c'est le seul qui a vu d'avance le grand Miracle, qui, selon la promesse de Notre Dame, aura lieu à Garabandal au temps fixé par Dieu.

(PHOTO): Le Père Luis ANDREU célébrait très saintement la Messe.

    Le 8 août 1961, le P. Luis vint à Garabandal avec un groupe d'amis. C'était sa deuxième visite au village. Ce soir-là, les voyantes eurent une marche extatique, la première de beaucoup d'autres au cours des années des apparitions, une marche très longue qui se termina aux Pins. Le P. Luis et beaucoup d'autres gens suivirent les voyantes. Pour la suite voici ce que Conchita écrit dans son « JOURNAL » :

    « II faisait nuit déjà quand la Sainte Vierge nous est apparue. A la fin du Rosaire, toutes les quatre nous fûmes prises d'une très grande joie extasiante, et nous commençâmes à marcher en direction des Pins. Lorsque nous fûmes arivées aux Pins, le P. Luis Maria qui nous suivait dit : « Miracle ! Miracle ! » et les yeux écarquillés il regardait en haut. Nous pouvions le voir ; or dans nos extases nous ne voyons personne, sauf la Sainte Vierge. Mais, le P. Luis, nous l'avons vu ; et la Sainte Vierge nous a dit qu'il La voyait Elle, ainsi que le miracle. »

    Dans l'extase, les enfants virent le P. Luis à genoux. Conchita dira plus tard que la Vierge regardait dans la direction du Père Luis et semblait lui dire : « Vous serez bientôt avec moi ».

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LE PLUS BEAU JOUR DE MA VIE

    Le P. Luis quitta Garabandal en jeep le même soir avec des amis. En s'arrêtant à Cosio, il rencontre le Curé Don Valentin MARICHALAR, et lui dit : « Valentin, ce que les petites ont dit est vrai ; mais je vous demande de ne pas répéter ce que je viens de vous dire, car l'Eglise ne peut jamais être trop prudente dans ce genre d'affaire ». Don Valentin Marichalar, le soir même, écrivit ces paroles du P. Luis dans son carnet de notes (son journal).

    Poursuivant sa route avec Rafaël FONTANEDA et sa famille, le P. Luis manifesta une très grande joie tout au cours du trajet, répétant constamment : « Je suis heureux! Quelle grâce la Sainte Vierge m'a accordée! Quelle chance pour nous d'avoir une Mère comme Elle au Paradis! Il n'y a aucune raison de craindre la vie surnaturelle. Les enfants nous ont donné un exemple de la façon dont nous devons nous comporter avec la Sainte Vierge. Il n'y a aucun doute dans mon esprit sur la vérité des choses concernant ces fillettes ».

    Pendant que la voiture traversait Reinosa, le P. Luis répéta ces paroles: puis il releva la tête et resta silencieux. Son ami FONTANEDA lui demanda : « Padre. ça ne va pas ? ». — « Non, j'ai juste un peu sommeil ». Sa tête retomba ; il toussa légèrement. Il était mort. Aucune douleur, aucune agonie, mais le sourire sur les lèvres, le P. Luis était mort de joie. C'était 4 h. 30 du matin, le 9 août, le jour de la fête de Saint Jean-Marie VIANNEY, Curé d'Ars. le Patron exemplaire de tous les curés.

    La part du P. Luis dans les événements de Garabandal ne se termina pas avec sa mort. Les fillettes ont souvent parlé avec lui après sa mort. Dans son « journal » du 16 août 1961, Conchita relate : « A 8 ou 9 heures du soir, la Vierge nous a dit à toutes les quatre : « Le Père Luis va venir maintenant parler avec vous quatre ». Un instant après, il vint et nous parla l'une après l'autre. Nous ne l'avons pas vu du tout ; mais, nous entendions sa voix ; c'était exactement la même voix qu'il avait sur la terre. Il nous a parlé quelques instants pour nous donner un conseil et nous dire certaines choses pour son frère le P. Ramon Maria ANDREU. Il nous a appris quelques mots en Français, en Allemand, en Anglais. Il nous a appris aussi à prier en grec ».

    Le P. Luis, dans ses entretiens après sa mort avec les fillettes, envoya aussi par elles un Message à sa mère. La mort si imprévue du P. Luis fut un grand choc pour sa mère. Il était en excellente santé. Le jour même de sa mort, tandis qu'elle attendait son retour de Garabandal, sa mère préparait les bagages, parce que tous les deux ils devaient partir pour l'Allemagne. Mais voici qu'au lieu de voir arriver son fils avec son sourire habituel, elle reçut le message annonçant sa mort. Aussi, pour la consoler, le P. Luis envoya-t-il à sa mère par les voyantes ce magnifique message : « Soyez heureuse et contente, car je suis au Paradis et je vous vois tous les jours ».

(PHOTO):  Le P. Luis a été enterré au cimetière des P.P. Jésuites à Ona (à 2 h. 30 environ de Bilbao). Dans une locution du 18 juillet 1964, la T.S. Vierge a dit à Conchita que, le lendemain du grand Miracle, le corps du P. Luis sera déterré et trouvé intact, tel qu'il était le jour de son enterrement.

    Peu de temps après, la mère du P. Luis réalisa sa vieille ambition : elle entra au couvent de la Visitation de San Sébastian (Guipuzcoa).

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LES PREMIERS APPELS : « PECHEURS D'HOMMES »

    Le P. Luis naquit le 3 juillet 1925, à Bilbao, un très joli port au nord de l'Espagne. C'était au foyer ANDREU le quatrième des six enfants, tous des garçons. Quatre d'entre eux devinrent Prêtres Jésuites. La maman, veuve depuis 1951, est maintenant religieuse cloîtrée au couvent de la Visitation à San Bebastian, sous le nom de Sœur LUISA MARIA.

    A Bilbao la famille habitait une maison surplombant le port. Lesgarçons passaient des heures à regarder les bateaux allant et venant. Ils rendaient visite aux pêcheurs et aux marins. Ce contact avec ces hommes qui parcouraient le globe n'a-t-il pas influé sur la formation première de ces garçons ? Peut-être ont-ils reçu là les premiers appels à devenir des « pêcheurs d'hommes », prêtres missionnaires pour porter l'Evangile au monde entier.

    Comme enfant. Luis ressemblait aux autres enfants de son âge et même espiègle à certains moments. Ni sa mère ni ses frères ne se souviennent de choses particulières sur son enfance. Mais, à partir de sa vie de consacré, la différence avec les autres devint évidente pour ceux qui le connaissaient de près. Des profondeurs de son humilité. Sœur LUIS MARIA (sa mère) dit : «Lorsque le P. Luis accomplissait son office de prêtre, il ressemblait à un ange ». Et d'ajouter : « Etant donné que je suis sa mère, je ne pense pas être bon juge pour juger mon fils ; peut-être que d'autres personnes moins proches de lui le feraient mieux ».

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LES FRERES ANDREU

    Les meilleures sources des informations qui suivent sur le P. Luis sont ses propres frères et j'aimerais vous les présenter, ne serait-ce que par leur nom.

    L'aîné, José-Maria, et le plus jeune Rafaël-Maria, sont mariés et habitent l'Espagne. Le P. Alejendro Maria, s.j., est le second. Il a été missionnaire en Amérique du Sud depuis l'âge de dix-huit ans et travaille maintenant comme secrétaire exécutif d'Ordres religieux, à Caracas, au Venezuela. Le troisième est le P. Ramon Maria, s.j. Pendant longtemps il a prêché des retraites en Espagne pour religieux et religieuses. Actuellement, il est aux Etats-Unis pour des études complémentaires.

    Le P. Ramon fut informé du décès de son frère Luis par son Supérieur à Valladolid, au matin du 9 août 1961.

    « Je prêchais une retraite à Valladolid, lorsque mon frère Luis alla à Garabandal pour la seconde fois, en compagnie de M. Fonta-neda, le 8 août 1961. Le lendemain matin, j'étais seul dans ma chambre. Tout était si calme et paisible. J'ai entendu que l'on frappait timidement à ma porte ; c'était mon Supérieur. Il est entré avec hésitation et m'a fait part de la nouvelle aussi doucement que possible. J'ai accepté cette nouvelle avec un calme surprenant, bien que cela me fut un choc. De suite, j'ai quitté Valladolid et je suis arrivé à Reinosa quelques heures plus tard ».

    Le cinquième fils et le plus Jeune des quatre prêtres est le P. Marceline Maria de Taiwan (Formose). Le P. Marceline fut à Shanghaï, en Chine, en 1948. Comme novice il fit ses études au Séminaire de Zi-ka-wei. Après l'occupation de Shanghai' par les communistes, il fut expulsé avec tous les autres missionnaires du territoire chinois. Mais sans perdre de temps, ces missionnaires commencèrent leur apostolat dans l'île de Formose, appelée maintenant Taiwan.

    Bien des amis de Garabandal ont rencontré le P. Marceline, au cours de son voyage de missionnaire aux U.S.A. et au Canada, il y a quelques années. Ils se souviennent peut-être encore comment le Père leur a raconté son acceptation de la nouvelle de la mort de son frère Luis.

    « C'était un jour d'été, chaud et humide et tous les étudiants étaient chez eux en vacances. J'ai profité de l'occasion pour mettre à jour ma correspondance et j'ai décidé de garder seulement la dernière lettre de chaque correspondant — de même pour les membres de ma famille. J'ai donc passé la matinée à jeter les autres lettres plus anciennes, l'une après l'autre. Après quoi, content de mon travail, je suis allé prendre une douche, à cause de l'intense chaleur. Au moment où je retournais à ma chambre arrive un télégramme d'Espagne, m'annonçant la mort subite de mon frère Luis. J'étais à peine remis du premier choc que j'ai pensé à ces lettres détruites. Oh, comme je regrettais de n'avoir pas attendu un jour de plus pour faire ce rangement ; ainsi j'aurais possédé toutes les lettres de mon frère Luis. Maintenant, je n'en ai plus qu'une, sa dernière ; mais cette lettre a beaucoup de valeur. Il m'y parle de sa souffrance de la dernière année. Il me dit n'avoir jamais autant souffert qu'au cours de cette dernière année. Tout semble prendre un chemin opposé, me dit-il... Et pourtant, ceux qui vivaient avec lui la dernière année de sa vie terrestre ne se sont aperçus d'aucune de ses souffrances intérieures, car extérieurement, il était toujours heureux et de rapport agréable, toujours prêt à rendre service, et même à plaisanter. Il plaisantait par exemple sur et avant son premier voyage à Gara-bandal. Il disait ainsi : « Mangeons bien et abondamment, car Saint Ignace dit que, si notre esprit et notre corps sont faibles, nous serons facilement la proie du Démon ». Mais, monté à Garabandal, une fois qu'il vit les fillettes en extase, il fut profondément impressionné. Il comprit que ceci n'était pas simplement un « jeu d'enfants » comme certains le disaient, mais quelque chose de très sérieux qui méritait beaucoup d'attention ».

    Et de fait, une semaine seulement après cette première visite, le P. Luis retourna à Garabandal, le 8 août 1961. Et ce jour fut le plus mémorable de toute sa vie, « le jour le plus heureux de sa vie » selon ses propres paroles.

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UNE PROMESSE FAITE A NOTRE DAME

    Le P. Marcelino se souvient d'un fait mémorable qui se passa le jour des premiers vœux du P. Luis en 1944. Luis et Marcelino parlaient avec leur mère, dehors, autour de la maison de Loyola. Ils arrivèrent près d'une petite fenêtre derrière la chapelle de la Conversion de Saint Ignace. Par cette fenêtre ils pouvaient apercevoir l'autel du Saint Sacrement. Leur mère profita de l'occasion pour dire une fois de plus à ses fils son amour et le souhait de son cœur. Elle ajouta qu'ils devraient promettre, très sincèrement à Notre Dame, devant le Saint Sacrement, de consacrer leur vie à devenir de vrais saints. Le P. Luis porta la main sur son cœur et, dans une prière profonde, ferma les yeux pendant quelques instants. Le P. Marcelino, en le voyant ainsi, est persuadé que son frère faisait la promesse que sa mère avait demandée : la consécration de toute sa vie pour une sainteté parfaite. Le P. Luis l'a réalisée pendant ses dix-sept ans de fidèle service dans la Compagnie de Jésus.

    Lorsque le P. Marcelino fit ses premiers vœux en 1946, avant de partir au Juvénat pour ses études, le P. Luis lui demanda la permission de rester quelques jours avec son frère à Altuna, pour pouvoir l'initier personnellement à une vie de parfaite consécration. Et le P. Marcelino se souvient très bien des deux points sur lesquels son frère insista d'une façon très spéciale à ce moment-là Le premier c'est que, pour un Jésuite, s'il doit s'efforcer d'atteindre le plus haut sommet de ses études, il doit être excellent — c'est bien plus important encore — dans la pratique des vertus et l'accomplissement de la sainteté parfaite. Pendant les dix jours que les deux frères furent ensemble, le P. Luis répéta cela à maintes reprises pour produire une impression qui durerait toujours chez l'autre. Le deuxième point sur lequel insista le P. Luis fut la façon de réciter le Rosaire et de le réciter bien. Il expliqua à son frère chacun des quinze mystères habituels du Rosaire et comment méditer sur chacun d'eux. Or, celui qui impressionna le plus le P. Marcelino c'est le second mystère joyeux, la Visitation. Le P. Luis lui disait que c'était l'exemple parfait de charité de la T.S. Vierge et que nous aussi nous devrions vivre notre vie pour les autres, comme avait fait la Sainte Vierge. Le P. Marcelino a retenu la leçon et prêche sûrement la même chose dans sa mission de Formose (Taiwan).

    Ne pouvons-nous pas penser que cette insistance du P. Luis sur le Mystère de la Visitation est plus qu'une coïncidence ? C'est le 2 juillet, la Fête de la Visitation, qu'a choisi Notre Dame pour sa première apparition à Garabandal. Et c'est dans l'Ordre de la Visitation que la mère du P. Luis, selon un désir ardent, est entrée comme religieuse, après la mort de son fils en 1961.

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LA DIVINE PROVIDENCE

    Bien que la mère très méritante de ces quatre Jésuites ait offert courageusement au Seigneur ses fils, elle souffrit beaucoup lorsque vint le moment de leur « nomination » et de leur départ. Ils étaient tous volontaires pour les missions.

    Au moment des premiers vœux du P. Marcelino, deux de ses frères étaient désignés pour l'Amérique. Suivit la nouvelle selon laquelle les P.P. Luis et Marcelino allaient partir encore plus loin de l'Espagne, en Chine. Un bon ami Jésuite eut pitié de cette mère. qui souffrait ; à son insu, il parla au Supérieur des Jésuites... et le P. Luis resta en Europe, afin d'être plus près de sa mère. A regarder ces choses maintenant, nous voyons que la Divine Providence avait réservé le P. Luis pour l'Espagne, car Dieu voulait unir à jamais ce saint prêtre aux événements de Garabandal.

    Le 18 juin 1965, au cours d'une messe célébrée à Garabandal par le P. Marcelino, Conchita eut une locution, dans laquelle la T.S. Vierge lui dit que ce P. Marcelino ANDREU, de Chine, serait à Garabandal le jour du grand Miracle. Et dans une autre locution, Conchita a appris que le P. Alejendro ANDREU du Venezuela (Amérique du Sud) serait lui aussi au village pour le Miracle.

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IL EST AU CIEL

    Le P. Luis avait une intelligence exceptionnelle. Pour parfaire ses études, il fut envoyé à Innsbruck, à Rome, à Genève et à Paris. Il était habile polyglotte ; en plus de sa langue maternelle, l'Espagnol, il parlait l'Allemand, le Français, l'Italien, le Latin, le Grec et l'Anglais.

    C'est le 30 juillet 1955, à Ona, en Espagne que le P. Luis fut ordonné prêtre pour l'éternité par l'Archevêque Federico Melen-dro de Anking, Chine. Il célébra sa première Messe le jour de la Fête de Saint Ignace de Loyola, en la chapelle de Loyola. L'on peut imaginer la joie qui dut remplir son cœur.

    Un peu plus tard, après avoir reçu son Doctorat en Théologie, le P. Luis rejoignit la Faculté des Jésuites à Ona comme Professeur de Théologie. C'était son ministère, lorsqu'il entendit parler des apparitions en cours à Garabandal. A cause de son grand amour pour la T.S. Vierge, il décida de se rendre au village pour enquêter sur cette affaire. Il monta au village pour la première fois le 29 juillet 1961. Il observa les extases des quatre fillettes, prenant des notes sur tout ce qu'il voyait et entendait. Il fut profondément impressionné.

    Une semaine plus tard, il voulut retourner à Garabandal pour une étude plus approfondie. Il y monta le jour mémorable du 8 août 1961. Le jeune professeur de théologie — 36 ans — ne réalisait pas que lui-même allait devenir l'objet de beaucoup d'études, à cause de la grâce toute spéciale que lui réservait ce jour-là la T.S. Vierge...

    Pour tous ceux qui l'ont connu et aimé, il ne peut y avoir de tristesse ; le P. Luis Maria ANDREU est au ciel.

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SOUVENIRS SUR LE PERE LUIS
PAR UN DE SES AMIS INTIMES
LUIS PELEGRI

    L'histoire d'une personne commence généralement à sa naissance et se déroule le long de sa vie. Pour le P. Luis Maria ANDREU c'est différent. Le point de départ de tout ce qui peut être dit de lui est à chercher dans sa mort. En effet, dans l'histoire du P. Luis l'événement qui demande réflexion commence à sa mort et nous conduit ensuite dans deux directions différentes, l'une vers son passé, et l'autre vers son futur (après sa mort).

    Vers son passé. Les circonstances bien connues de sa mort, la question se pose : y a-t-il quelque chose dans la vie du P. Luis où nous pouvons découvrir la relation entre ce qu'a été sa vie et ce qui s'est passé à sa mort?

    Vers l'avenir. Pourquoi y a-t-il eu cette confiance de beaucoup, qui le considèrent comme un homme choisi et ont recours à lui?

    C'est une grâce extraordinaire, attribuée au P. TARIN, s.j. — un missionnaire très populaire en Espagne et d'une grande sainteté — qui rétablit la santé du petit enfant Luis Maria ANDREU  Dans son enfance le petit Luis avait l'habitude de prier Saint Antoine de Padoue pour la grâce de la vocation au sacerdoce ; c'était le désir ardent de son cœur.

    Comme compagnon et ami du P. Luis pendant plusieurs années de sa carrière de Jésuite, j'ai pu à maintes occasions percevoir la véritable intelligence qu'il avait du sacerdoce, ainsi que sa très profonde dévotion à la Vierge Marie. Je sais qu'il a aidé beaucoup de prêtres, ainsi que moi-même, à persévérer dans le sacerdoce, qu'il a vécu avec une grande joie et conviction.

    Au moment de sa mort, il était professeur de théologie depuis un an seulement à la Faculté Jésuite de Ona (Burgos). Cet été-là (1961), nous avons été grandement surpris et peines par la nouvelle de sa mort. Tout de suite nous n'avons pas su comment c'était arrivé exactement ; mais tous nous nous sommes aperçus que quelque mystère entourait cette nouvelle. J'ai pu assister à son enterrement...

    Pour moi, je n'ai pas été très surpris d'apprendre qu'il a été le seul à avoir vu d'avance le Miracle de Garabandal. Sa vie, pleine de souffrances intérieures que d'autres interprétaient comme de la joie, l'a rendu bien digne d'une mort remplie de bonheur.

    Pendant mes études avec lui en Allemagne, j'ai été le témoin d'une scène particulièrement ravissante. Parmi les étudiants il en
était un qui était devenu un grand ami du P. Luis et de moi-même. Un soir, pendant le repas, cet ami regarda fixement le P. Luis pendant un certain temps. En quittant la salle à manger, il s'adressa à lui : « Je vous regardais pendant tout le repas, car vous êtes Basque comme Saint Ignace. En vous regardant j'ai un peu compris comment devait être le visage basque de notre fondateur ». Le P. Luis lui sourit et fit cette seule remarque : « Plaise à Dieu que mon âme lui ressemble plus que ma face ».

    Il est vrai que les voies de Dieu sont insondables, mais je crois qu'il y a dans la mort du P. Luis une lumière et un exemple pour nous tous. prêtres. S'il est exact que la Vierge Marie l'a choisi pour une mission spéciale, il doit exercer un apostolat plus grand après sa mort qu'avant ; car c'est la voie (la règle) dans toute mission prophétique spéciale. Ceci veut dire que son exemple, sa présence sincère, son intelligence — la malchance de sa mort prématurée ne diminue pas cette grande intelligence — peut être un guide pour beaucoup. C'est peut-être lui qu'on peut présenter comme l'exemple du prêtre bon et compréhensif, moderne cependant, rempli de Dieu, capable d'atteindre chacun avec son sourire et son don d'amener la paix.

    Pendant les nombreuses années que je l'ai connu, le P. Luis ne fut pas seulement mon ami, mais aussi mon confident. Combien de personnes j'ai vues après une seule conversation avec lui rester rajeunies, rafraîchies, et ce qui est le plus important, remplies de Dieu.

    Puisse la Vierge Marie l'avoir vraiment choisi pour être un exemple afin de nous aider tous à réaliser sincèrement notre vocation sacerdotale et à nous sentir tous comme des frères parmi des frères.

Luis PELEGRI.
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LES DOUTES MYSTERIEUX
du PERE -RAMON ANDREU, s.j.
avec des extraits du livre
« NOTRE DAME VIENT A GARABANDAL »
par le Père Joseph A. PELLETIER, a.a., des U.S.A. (*)


(*) Le Père Joseph PELLETIER a publié entre autres deux ouvrages importants sur Garabandal :
- «DIEU A PARLE A GARABANDAL»
- « LE JOURNAL DE CONCHITA »

    II a bien voulu m'accorder l'autorisation de publier ces ouvrages en Français. La traduction est achevée. Quand la Vierge me donnera les moyens, l'ordre d'impression sera donné immédiatement, pour la plus grande joie des lecteurs de langue française.

Abbé A. COMBE.
    Dieu a assigné un rôle très spécial aux Pères Luis et Ramon ANDREU comme témoins de l'authenticité des apparitions de Garabandal.

    Le P. Luis est littéralement mort de joie après avoir vu la Sainte Vierge et le Miracle promis. Il est mort en déclarant : « Les choses concernant les fillettes (les voyantes) sont vraies ». Puis, au cours de dix ou onze apparitions environ, après sa mort, il a parlé avec les voyantes. A plusieurs reprises, il a donné des messages très précis pour son frère le P. Ramon.

    Quant au P. Ramon, lui, il a été le témoin de nombreuses extases et autres phénomènes liés aux événements de Garabandal.

    Dès le début, il semble que la Sainte Vierge s'est appliquée spécialement dans sa façon de s'exprimer pour « gagner » le P. Ramon à croire aux événements. Et il y a cru. Néanmoins, le 18 octobre 1961, le jour de l'annonce du premier Message, le P. Ramon a souffert énormément d'affreux doutes. Mais, avant d'en parler, regardons quelques incidents, par lesquels la Sainte Vierge a cherché à « donner des preuves » au P. Ramon.

    La première, c'était au cours du premier voyage du Père au village, le 29 juillet J961. Il raconte :

    « J'avais vu déjà les deux fillettes entrer et sortir d'une extase ensemble. J'avais l'impression qu'elles n'avaient qu'une âme. Ce que je pensais à ce moment-là ne me semble pas très sensé : mais je l'ai pensé quand même. Je pensais donc : « Puisse l'une des deux fillettes retourner à l'état normal et l'autre rester en extase ». A ce moment précis, Loli. qui était tout près de moi, est revenue à son état normal ; elle s'est légèrement retournée, et m'a regardé avec un sourire. Je lui ai demandé :

— Tu ne vois plus la Sainte Vierge ?

Non, Monsieur.

— Et pourquoi ? insistai-je.

— Parce qu'Elle est partie.

    Jacinta était encore en extase, et je dis à Loli :

 — Regarde Jacinta...

    Elle la regarda et sourit en la voyant en extase, car c'était la première fois que n'étant plus en extase elle-même elle voyait une de ses compagnes dans cet état. Je lui ai posé une autre question :

— Que t'a dit la Sainte Vierge ?

    Elle allait me répondre, lorsqu'elle tomba en extase, la tête rejetée en arrière. Et j'entendis ensuite le dialogue suivant entre les deux fillettes et la vision :

Jacinta : « Loli, pourquoi es-tu partie ? »

Loli (s'adressant elle-même à l'apparition} : « Pourquoi l'es-tu retirée... » Puis, après une courte pause : « Oh ! C'est pour cela ? C'est pour qu'il puisse croire ! »

    En entendant ceci, j'ai rejoint mon frère Luis et lui ai dit : « Fais attention à ce que tu penses. La transmission de pensée va comme l'éclair ici ».

* * *

    Un second incident eut lieu le 15 août 1961 — donc après la mort du P. Luis survenue le 9 août —. Le P. Ramon avait donné à une des enfants un chapelet. Lorsqu'elle vint le lui rendre ce jour-là, il manquait la croix, qui avait dû tomber d'une manière quelconque. Comme elle avait pu tomber n'importe où dans le village, le P. Ramon pensa qu'il serait impossible de la retrouver et il l'a considéra comme perdue définitivement. Mais voici que, vingt jours plus tard, le 5 septembre, il avait changé d'avis. Il dit aux fillettes de demander à la Sainte Vierge où se trouvait la croix. Elles acceptèrent de le faire et il entendit la conversation dans laquelle elles posèrent la question à la Vierge. L'apparition terminée, elles partirent de suite et sans aucune hésitation ni embarras trouvèrent la croix, couchée dans la boue sous une pierre dans une des rues du village.

    Le 16 août 1961, environ une semaine après sa mort, le P. Luis parla avec les enfants. Conchita l'écrit dans son « Journal » : « Il nous a dit certaines choses pour son frère ». Et voici le récit du P. Ramon.

    ..." J'étais absolument stupéfait... Je les ai entendues raconter la mort de mon frère et décrire les obsèques. Elles ont donné un certain nombre de détails précis concernant les rites spéciaux pour les obsèques d'un prêtre. Elles savaient même que pour l'enterrement du P. Luis il y avait eu quelques exceptions à la règle traditionnelle concernant l'habit du défunt : par exemple, la barrette n'avait pas été mise sur la tête de mon frère, et le calice qu'il aurait dû tenir dans ses mains avait été remplacé par un crucifix. De plus. les fillettes donnèrent les raisons de ces changements.

    Plusieurs fois, les fillettes ont parlé en langues étrangères. Personnellement je les ai entendues réciter le « Je vous salue » en Grec [Le 17 octobre 1968, tandis que je la conduisais à Lourdes, Conchita me récita aussi le « Je vous salue » en Grec - Abbé A. COMBE]. J'ai également en ma possession deux extraits que j'aimerais vous citer en entier. Ils sont tirés d'une lettre écrite par Conchita et datée du mois de juin 1962.

    « Deux mots pour vous dire que j'ai parlé au P. Luis. Il m'a dit de vous dire que vous-même vous agissiez, bien, qu'il aimerait beaucoup que vous veniez, ici, mais que vous devez continuer à obéir à Son Excellence, l'Evoque. {En effet, ce dernier a interdit aux prêtres de monter à Garabandal, sans une permission spéciale de l'évêché) ».

    Dans d'autres occasions... les voyantes et le P. Luis ont parlé de moi et de mes vœux. Elles savaient la date exacte, l'endroit exact, où ils avaient été prononcés, ainsi que le nom du Jésuite qui les avait prononcés en même temps que moi. Vous comprendrez mon étonnement, ma stupéfaction devant ce déploiement spontané de détails rigoureusement exacts, étant donné que je savais pertinemment que les enfants n'avaient pu les apprendre, tout au moins d'une façon purement humaine... Il n'y a aucun doute que tout ceci est vraiment étonnant, je dirais même troublant, incompréhensible ».

*    *    *
LES DOUTES DU PERE RAMON

    Malgré ces preuves et d'autres encore, le P. Ramon, un jour fut pris d'une soudaine et inexplicable incrédulité. Le 18 octobre 1961, malgré une pluie torrentielle, quelque 5000 personnes étaient montées à Garabandal, car Conchita, huit jours avant, avait indiqué ce jour-là pour la proclamation du Message de la Sainte Vierge. Voici le récit du P. Ramon sur son expérience tandis qu'il gravissait difficilement ce jour-là la pente pour aller aux Pins :

    « Je suis néanmoins parvenu à la moitié du chemin sans incident. Mais, subitement j'ai éprouvé une amertume intérieure Intense. C'était, si vous voulez, un mélange d'impression pénible et de sentiments de dépression. Tout semblait être disloqué. Je venais d'entrer dans un désert moral. Le passé devint obscur. La seule chose qui était claire et évidente c'était lu mort de mon frère Luis, deux mois environ auparavant. Puis, cet état de souffrance intérieure commença à empirer. Je crois pouvoir affirmer n'avoir jamais expérimenté de toute ma vie une telle désolation spirituelle et morale. Je fus tenté de tout abandonner. « Ces quatre fillettes sont simplement malades », me disai-je. Pourquoi es-tu encore ici ? Tu peux le voir : tout ceci n'est qu'une misérable comédie, montée par des paysans arriérés... » Puis, je me suis arrêté un instant. J'ai levé les yeux au ciel d'un regard inquisiteur. J'aurais aimé que le Grand Miracle ait lieu à ce moment-là, bien que les enfants n'aient jamais annoncé qu'il aurait lieu ce 18 octobre. Naturellement, rien ne se passa. Ma désillusion était complète. J'ai avancé, puis. de nouveau, je me suis arrêté pour une durée, dont je ne me souviens pas. Aussi, je n'apercevais que la foule qui me croisait dans le noir. Il faisait nuit, c'était le silence. J'étais seul...
    La lecture du Message ne soulage aucunement l'agonie intérieure du P. Ramon. Il resta aux alentours des Pins environ une heure, fermement convaincu que c'était tout de l'invention et plein de regret pour les personnes qui y croyaient encore. Peu après son retour au village, voici qu'on le demandait avec deux autres personnes à la maison de Loli. Il décida d'y aller « avec la ferme intention de lui faire un dernier adieu ». Il trouva Loli avec un groupe d'une quinzaine de personnes. Elle était radieuse de bonheur ; mais cela ne remonta pas le courage ni ne changea l'incrédulité du P. Ramon. Elle lui demanda de s'asseoir et s'assit à côté de lui. Et la conversation suivante s'engagea :
« De vous trois, il y en a un qui ne croit plus » dit-elle.  « Savez-vous qui c'est ? »

— « Oui » lui ai-je répondu. « Et vous, savez-vous qui c'est ? »

— « Bien sûr. Je sais qui c'est ; la Sainte Vierge me l'a dit. »

— « Et quand vous l'a-t-Elle dit ? »

« // y a quelques instants, au moment ou je redescendais des Pins ».

— « Alors, dites-moi qui c'est... »

— « Je n'ose pas » fit-elle d'une manière timide et espiègle, « au cas ou ce serait l'un des deux autres ».

— « Oui, c'est moi » ai-je avoué, sentant que j'avais été découvert. « Je n'ai seulement plus cru. »

    Puis, sur le visage enfantin de Loli, j'ai aperçu comme une lueur d'intelligence. Elle continua :

— « La Sainte Vierge nous a dit : « Le Père doute de tout et il souffre beaucoup. Appelez-le et dites-lui qu'il ne doit pas douter, que c'est vraiment moi, la Très Sainte Vierge, qui apparaît ici. Et pour qu'il croit, dites-lui : Lorsque vous montiez, vous étiez heureux ; lorsque vous êtes redescendu, vous étiez triste ».

    L'enfant s'arrêta. Je la regardai, stupéfait : je ne pus trouver une seule chose à dire. Elle ajouta :

« La Sainte Vierge a beaucoup parlé de vous à Conchita. »

    Sur ce, le P. Ramon et ses deux amis quittèrent Loli et allèrent à la maison de Conchita. Il relate la conversation qui se déroula. Avant d'ouvrir la bouche, Conchita m'a souri et me dit :
— « Père, êtes-vous heureux ou toujours triste ? •»

« Je ne sais pas, lui ai-je répondu ; Loli vient de me dire que l'apparition vous a beaucoup parlé de moi... Est-ce vrai? »

— « Oh oui ! Au moins un quart d'heure. »

— « Et que vous a-t-Elle dit ? »

— « Je ne peux pas vous le dire », répondit l'enfant.

— « Alors, j'en suis au même point ». pensai-je tout haut. Conchita sourit.

— « II y a quand même quelque chose que je peux vous dire », reprit-elle. «. Lorsque vous montiez aux Pins, vous étiez heureux ; lorsque vous êtes redescendu vous étiez triste... » et l'enfant d'ajouter : « Et Elle m'a dit tout ce que vous pensiez, et l'endroit où vous le pensiez. Vous avez pensé : « Maintenant, je retournerai en Amérique Centrale ». A un autre endroit, vous avez pensé : « Je ne veux plus rien entendre de telle ou telle personne... » Et vous souffriez beaucoup. La Sainte Vierge m'a demandé de vous le dire et de vous faire savoir que tout cela est arrivé pour que dorénavant vous vous souveniez de ces événements et ne doutiez plus jamais. »

    J'étais sans parole. Le lendemain, Conchita me montra une photo sur laquelle elle me pointa les endroits précis où chaque pensée avait traversé mon esprit.

    Conchita était-elle exacte en citant les endroits ? Le P. Ramon dit :

« Tout à fait exacte. Ainsi que tout ce qu'elle m'a dit le jour précédent. »

    Je me souviens surtout de ceci : l'Apparition insista sur ce point qu'il fallait me mettre au courant... « Tout cela est arrivé, pour que dorénavant vous ne doutiez plus jamais. »

    Depuis, j'ai eu d'autres moments d'incertitude et de doutes, mais ils n'ont pas provoqué l'angoisse de cette nuit du 18 au 19 octobre 1961. Il m'a souvent été répété — et la déclaration me vient parfois de sources autorisées — que l'histoire des Apparitions de Garabandal est terminée et que les documents la concernant ont été définitivement jugés et rejetés. A ces moments, je pense à mon expérience personnelle, à ces événements surprenants, dont j'ai été le témoin, et je réponds invariablement : « Pourtant, le problème n'est pas résolu ».

    Pour bien comprendre la nature mystérieuse des doutes du P. Ramon — et humainement ils sont inexplicables — l'on doit prendre en considération les nombreuses preuves qu'il avait reçues avant la période de ses doutes. En les considérant, on peut être étonné de ce qu'il ait pu douter.

    Néanmoins, ce qui me paraît le plus surprenant, pratiquement incroyable c'est l'aveu du P. Ramon que, même après le 18 octobre et malgré toute l'accumulation des phénomènes extraordinaires concernant son frère aussi bien que lui-même, il a passé par d'autres moments d'incertitude et de doute.

    Ces doutes, qui apparaissent ainsi, malgré l'abondance des motifs de crédibilité, ont un but providentiel particulier. Ce sont les meilleurs motifs que nous puissions avoir pour nous fier au P. Ramon et à un témoin de la vérité. Ces doutes, en effet, sont la preuve que cet homme n'est pas facilement impressionné par des visions, mais qu'au contraire, il est particulièrement difficile à convaincre : deux notes rassurantes dans un témoignage de ce genre.

    Aussi, son témoignage est d'autant plus valable qu'il témoigne contre lui-même. Les faits relatés le montrent sous un jour que beaucoup appelleraient défavorable.

    En bref, ce n'est pas un croyant émotionnel, mais un témoin strictement objectif, dont nous pouvons accepter le témoignage en toute confiance.

Joseph A. PELLETIER, a.a.


N.D.R. — L'ensemble de ces articles a paru dans l'excellente revue (en Anglais) « NEEDLES », dirigée par le grand Apôtre et ami Joey LOMANGINO. Cette revue entièrement consacrée au Message de Garabandal s'honore de la collaboration du P. J. PELLETIER, a.a., et de plusieurs autres Apôtres de Notre Dame du Carmel. Son audience aux U.S.A. et dans les pays de langue anglaise ne cesse de grandir. Bravo à nos amis Américains ! Et Gloire à Notre Dame ! Puissions-nous en unissant nos efforts par-dessus l'Atlantique travailler plus efficacement comme des frères à la diffusion du Message de Salut de la Vierge Bénie !
Abbé A. COMBE.


Avec l'aimable autorisation de l'auteur.
A. COMBE, La Gravière - 01480 JASSANS
C.C.P. LYON 1885-61 F