DOCTEUR RICARDO PUNCERNAU

PHENOMENES PARAPSYCHOLOGIQUES

A GARABANDAL

15 ans après...

 
AVERTISSEMENT

Plusieurs phénomènes que j'ai vus et que j'ai vécus à GARABANDAL, à l'époque des Apparitions de la Très Sainte Vierge, peuvent être considérés comme phénomènes parapsychologiques.

Mais ils sont d'une qualité telle, d'une quantité et intensité telles, que dans l'ensemble ils peuvent être, je crois, qualifiés d'extraordinaires et parfois dignes d'être considérés dans la catégorie des faits miraculeux.

Dr R. P.
LES PHÉNOMÈNES PARAPSYCHOLOGIQUES DE GARABANDAL

JUSTIFICATION DE L'OPUSCULE

    Le fait d'être chrétien m'oblige à dire strictement la vérité, sinon quant à l'agrément du style, du moins quant à l'essence du récit; et je me hasarderais à dire, même quant à l'agrément du style. Je ne me suis pas, du moins consciemment, écarté d'un iota de ce dont je me souviens.

    Ce sont des choses personnelles, bien miennes, mais relatives à l'histoire de Garabandal ; des choses que je n'ai jamais dites jusqu'ici ; des choses que je crois nécessaire de dire.

    Nous sommes en 1975, année sainte.

    Quelle meilleure occasion pour exhumer des faits qui paraissaient enterrés pour toujours, mais qui en réalité ne l'ont jamais été ?

    Il est évident que cet écrit a été rédigé pour ceux qui connaissent déjà l'histoire de Garabandal. Autrement, je crains beaucoup qu'on ne le comprenne pas, et qu'on n'en voie pas la valeur de témoignage.

Barcelone, Décembre 1974
Dr R. P.


JUSTIFICATION
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
FIN

CHAPITRE I

    Pourquoi ai-je fait tant de voyages à Garabandal ? Au fond, je ne le sais pas...

    Garabandal est à huit cents kilomètres de Barcelone, ville où je réside habituellement et où j'ai mon cabinet de consultation de neuropsychiatrie.

    Mon bon ami Jacinto Maristany m'engageait avec insistance à me rendre là-bas. Mais moi, je pensais en mon for intérieur : « Je ne suis pas pour voir de l'hystérie ! J'en vois assez comme médecin ». [Le Docteur Puncernau aux Pins avec Mari-Cruz, Jacinta et sa fille Margarita].

    Et pourtant...

    Une nuit, après le souper, il me téléphona et me dit que Mercedes Salisachs, l'écrivain sans pareil, y partait le lendemain à 4 heures du matin. (Je n'avais alors pas de voiture). Madame m'attendrait avec sa voiture, au coin des rues de Paris et d'Enrique Granados. Je lui répondis que j'y penserais sérieusement... mais que si je n'étais pas là à 4 heures, qu'elle ne m'attende pas.

    Qu'est-ce qui me ferait me lever à 3 heures 1/2, pour être prêt à 4 heures et partir à l'aventure voir des fillettes hystériques?...

    Tandis que nous allions nous coucher, je racontais à ma femme cette étrange affaire.

    Nous nous mîmes à genoux au pied du lit conjugal pour réciter une courte prière selon notre habitude. Après quoi ma femme ouvrit l'armoire, sortit l'appareil photographique et à ma surprise me le donna, en disant :

    « Prends-le... va à Garabandal et prends beaucoup de photos ».

    Ce geste insolite de ma femme me surprit. Il me laissait entre deux chaises. C'était étrange.

    « Tu peux emmener Margarita ».

    Margarita est l'aînée de nos filles. Elle devait avoir quelque huit ans.

    « Mais...

    - Rien de plus, tu vas à Garabandal ». '

    La petite Margarita fut comblée de joie à la pensée de ce voyage imprévu. Et finalement, sans faire de cuisine ni prendre de déjeuner, nous montâmes dans la voiture de Mercedes Salisachs, et nous entreprîmes notre voyage à Garabandal. Le premier des dix ou douze que je fis par la suite. Je me souviens encore que dans un hôtel de Saragosse où nous nous arrêtâmes pour déjeuner, sur l'aimable invitation de Mercedes Salisachs, nous mangeâmes du riz à la cubaine, un de mes plats favoris. L'après-midi, nous poursuivîmes notre route à toute vitesse, et nous arrivâmes à Garabandal à la tombée du jour.

    Que de paysages délicieux ! Quel enchantement ! Quelle pureté de l'air ! Mais, quelle épouvantable route de Cosio à Garabandal ! Les roues patinaient, l'auto glissait du côté du précipice qui donnait sur le torrent ; puis, nous bousculant, montait une côte extrêmement raide, comme pour escalader le Naranco de Bulnes par la face Nord-Ouest (...).

    Ayant parcouru les 200 mètres de cette escalade et étant donné que Garabandal était tout proche, cette escalade invraisemblable de 200 mètres était située sur l'ancien chemin, immédiatement après Cosio. Je décidai de faire à pied le reste du chemin. Les autres continuèrent dans l'auto, la route devenant plus plane.

    Je me promenai tranquillement, jouissant du paysage agreste et montagneux. reposé et tranquille après tant de fatigue de l'auto. Le chemin s'était élargi un peu et était devenu passable.

    A gauche, un peu avant le village, se trouvait dans un pré une pierre plate à quelque trois cents mètres, et assise dessus on voyait la silhouette d'une petite jeune fille vêtue de blanc, se tenant proche de sa mère venue couper ou cueillir je ne sais quoi.

    Je regardai l'enfant qui devait avoir quelque treize ou quatorze ans. Elle, sans bouger, me regarda. Ce fut, du moins pour moi, un regard spécial. Et moi, sans la connaître, je savais, oui, je savais qu'elle était une des fillettes voyantes de Garabandal. Je ne sais pourquoi je le savais, mais je le savais.

    Sa silhouette me parut très gracieuse, en cette soirée presque crépusculaire de mon premier contact avec quelqu'un de Garabandal. Quelqu'un qui n'était rien moins, comme je le sus par la suite, que la plus importante protagoniste de ces faits étranges qu'on m'avait racontés.

    Le plus curieux, c'est que, plus tard, lorsque je fis sa connaissance, je lui dis que je l'avais vue dans le pré. Et elle, de me répondre d'une façon intentionnelle, incisive et surprenante :

    « Moi aussi, je t'ai vu, toi ».

    Je pensai au-dedans de moi : « gare à toi, docteur, ne te laisse pas enjôler » ; mais la vérité, c'est que sa réponse me surprit :

    « Moi aussi, je t'ai vu, toi ».

    Je poursuivis mon chemin. La route ayant tourné, j'aperçus Garabandal, ses maisons vétustes et pittoresques.

    Faisant face à une sorte de petite place, sous un arbre solitaire, était parquée la voiture de Mercedes Salisachs.

*******


CHAPITRE II

    On nous logea dans une des dernières maisons du village, presque en dehors. Comme je l'expliquerai plus loin, c'était une succursale de « l'hôtel Puncemau » ! Je ne décrirai pas les rues du village, éclairées, si faire se peut, par de faibles ampoules, et devenues un véritable bourbier. Pleines de pierres et de gravats.

    Mercedes Salisachs ayant disparu, je me trouvai un peu perdu dans le hameau, avec la seule compagnie de ma fille.

    Au bout de la rue principale du village, faisant suite à la route, on rencontrait l'auberge de Ceferino, qui exerçait alors les fonctions de maire.

    Une de ses filles, Mari-Loli, était précisément une autre des voyantes.

    Ceferino se trouvait parmi un groupe d'amis au beau milieu de la petite place. Quand nous nous approchâmes, ce groupe d'hommes nous regarda avec quelque suspicion. Qui sont ceux-ci ?

    Je cherchai à engager la conversation. Quand je leur dis que j'étais médecin, ils se reculèrent un peu. A ce qu'il semblait, les médecins n'avaient pas très bonne réputation. Leur réticence ne les empêcha pourtant pas d'être aimables et courtois. Ceferino me parut un homme digne, quelque peu renfermé et madré, mais comme la plupart des gens de Garabandal, avec un cœur d'or.

    Je me souviens toujours que lorsque nous nous liâmes d'amitié, il allait pêcher dans le torrent, que la pêche soit ouverte, ou... fermée, pour y prendre des truites qu'il me servait. Jamais je n'ai mangé des truites aussi bonnes que dans la maison de Ceferino.

    La rumeur courut bientôt que Conchita était tombée en extase. Peu après, Jacinta et Mari-Loli. Et finalement Mari Cruz.

    Les quatre fillettes se joignirent dans cet état second et s'y maintinrent en récitant le chapelet auquel répondaient les gens qui les suivaient.

    Je jetai un coup d'œil sur la curieuse procession, puis entrai dans l'auberge de Ceferino pour y prendre un coca-cola.

    Il y avait là dans l'auberge une jeune fille uruguayenne qui travaillait aux « Folies Bergères » de Paris. Nous entrâmes vite en conversation. Elle me dit que non seulement elle ne croyait pas en ces apparitions supposées, mais qu'elle ne croyait pas non plus en rien. Elle était venue à Garabandal par simple curiosité. Au bout d'un moment, je lui proposai de sortir pour voir ce qui arrivait aux voyantes.

    Cachés dans l'ombre d'une maison, nous pûmes voir, de loin, comment elles se dirigeaient vers la petite église du village tout en récitant le chapelet. De notre observatoire obscure nous regardions ce qui se passait

    Nous vîmes bientôt Conchita en extase se détacher de la procession, marcher normalement, mais avec une vitesse insolite, et se diriger vers nous qui restions dissimulés dans l'ombre, appuyés contre le mur de la maison.

    Elle tenait un petit crucifix à la main.

    Je pensai : « cette fille a appris que tu esmédecin, et voici qu'elle vient te pourfendre. Mais comment t'aura-t-elle vu ? »...

    Mais non. Elle se dirigea vers ma compagne et lui mit avec force le crucifix sur la bouche pour qu'elle le baise une, deux, trois fois. La Vierge Marie était pour les danseuses des « Folies Bergères »... Ensuite Conchita, toujours en extase, rejoignit les autres, et toutes continuèrent le chapelet.

    Ma compagne, la danseuse se mit à pleurer sans trêve, avec de grands et profonds sanglots, comme inconsolable. Je pensai qu'elle avait une attaque. Je l'accompagnai jusqu'aux bancs de bois adossés au mur extérieur de l'auberge de Ceferino.

    Des gens se rassemblèrent. Je cherchai à la calmer.

    Enfin, elle put s'expliquer. Elle avait pensé en son for intérieur : « S'il est vrai que la Vierge apparaît, qu'une des filles vienne me donner une preuve. A peine avais-je pensé cela que Conchita vint en courant vers moi pour me donner le crucifix à baiser. Moi, je ne voulais pas et je lui retenais la main. Mais, avec une force inusitée, elle me mit le crucifix contre les lèvres et je n'avais plus rien à faire qu'à le baiser, une fois, deux fois, trois fois, moi l'incrédule, moi l'athée, moi qui ne croyais en rien. Cela m'a excessivement émue ».

    Nous nous retrouvâmes dans le train de retour à Bilbao.

    Je sus plus tard, parce que nous nous écrivons quelquefois, qu'elle a quitté les Folies Bergères et est rentrée dans sa famille en Uruguay.

    Ce fut la première expérience de télépathie ou télégnose instantanée que j'observai à Garabandal.

    Ma petite Margarita vint me dire qu'elle avait sommeil. Il était déjà plus de minuit. Je l'accompagnai à notre chambre, j'attendis qu'elle se mette au lit et je m'assis à ses pieds pour lui tenir compagnie, du moins jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

    Elle me dit peu après :

    « Papa... si tu veux, tu peux t'en aller... ici je n'ai aucune peur...

    — Vraiment ?

    — Oui, va-t-en tranquille ».

    Je lui donnai un baiser, lui dit bonne nuit et la laissai dormir en paix.

    Je sortis dans les rues. C'était une nuit froide et étoilée. Pour un Barcelonais, les étoiles brillaient d'un éclat inaccoutumé.

    Je pensai que si c'était vrai, la Mère du ciel veillait et protégeait de ses bras étendus les habitants et les visiteurs de Garabandal.

    Mes enfants ne sont pas craintifs. Néanmoins, pour une fillette de huit ans, rester si tranquille seule tout au bout d'un village inconnu, cela ne laissait pas de m'étonner.

    En allant par les ruelles obscures et solitaires du village, j'éprouvais aussi cette impression de protection.

    Malgré les foules de gens qui sont montés à Garabandal, il n'est jamais arrivé, que je sache, aucun accident pénible. La seule fois qu'un camion chargé d'ouvriers est tombé dans le précipice donnant sur le torrent, personne n'a souffert plus que de petites égratignures. Et il est évident qu'en ces temps-là, le chemin plus ou moins carrossable était bien fait pour tuer en cet endroit toute une armée, aussi bien motorisée qu'elle fût.

    J'allai continuer à observer les voyantes dans leur état de transe. Mais je me refusai carrément à répondre au chapelet. Il pouvait s'agir d'une fraude et je ne voulais pas y collaborer. Mon rôle comme médecin était d'observer froidement les faits. Mais quelle froideur préméditée du cœur pouvait résister à l'aimable chaleur de Garabandal ?

*******


CHAPITRE III

    Je retrouvai les voyantes en face des portes fermées de la petite église. Elles demeurèrent un instant collées contre elles, comme si elles demandaient l'autorisation d'entrer. Ensuite, et sans perdre leur état second, elles se retournèrent et étendirent les bras en forme de croix.

    « Elles vont faire l'avion, ...elles vont faire l'avion », entendis-je. C'est ce que chuchotaient les gens. L'expression me parut un peu triviale.

    Mais de fait, les bras étendus, elles se mirent à parcourir au pas de course quasi toutes les ruelles du village.

    C'était très curieux. Elles donnaient l'impression de ne se mouvoir qu'à peine, en une marche un peu ailée, comme dans un film au ralenti, ou une pseudolévitation ; mais la vitesse était incroyable, au point que les jeunes gens du village, jeunes et forts, ne pouvaient les rattraper, malgré tous leurs efforts. Cette façon si curieuse de courir me rappela le « long som pa » des Thibétains en état d'hypnose. Je crois qu'il existe des films illustrant cela et qu'ils ont été tournés avec des projecteurs.

    Le « long som pa » est une marche spéciale des Thibétains en état de transe, d'autohypnose, qui leur permet de parcourir des distances à toute vitesse et sans se fatiguer. Ils marchent comme s'ils volaient, avec des mouvements rythmés, cadencés. Bref, c'est un phénomène parapsychologique en état d'autosuggestion.

    Après avoir couru à travers tout le village, elles reprirent un pas normal et peu après sortirent de leur état second, avec le sourire.

    Il convient de dire ici quelque chose sur l'entrée en transe et sur sa sortie.

    Elles disaient qu'elles ressentaient trois appels. Le premier était comme si elles entendaient le mot « viens », accompagné d'un sentiment de joie ; le second, comme si elles entendaient « viens, ...cours, viens... » avec une joie beaucoup plus grande et quelque chose de plus pressant ; le troisième appel coïncidait avec l'entrée fulgurante en extase.

    Les fillettes disaient : « j'ai déjà un appel » ; « j'ai déjà deux appels ». Les temps qui s'écoulaient entre eux était très variables.

    Une fois, alors que je savais qu'elles avaient eu déjà deux appels, je m'arrangeai pour leur parler et les distraire, et surtout les faire parler de choses qui les intéressaient. « In mediasres », elles tombaient foudroyées en transe, à genoux, au milieu d'une phrase. Et cela en dépit du fait qu'on les voyait intéressées par ce qu'elles disaient.

    Cela attira beaucoup mon attention. Ce n'est pas là la façon normale d'entrer en transe hypnotique, surtout si la personne en question n'est pas conditionnée par un signe formant signal. Il ne se trouvait personne dans l'entourage en mesure de savoir cela. Ni même de savoir de quoi il s'agissait.

*******


CHAPITRE IV

    Nous sommes allés plus d'une fois avec Conchita aux alpages pour apporter le déjeuner à l'un de ses frères..Nous sommes même restés une fois là-haut pour faire un pique-nique. Nous nous étions avancés assez loin pour voir le village de Tudanca, du haut de l'alpage. Nous avions provoqué la mise en fuite soudaine de chevaux sauvages, afin de les admirer. Pendant ce temps Conchita était restée à l'alpage pour préparer le déjeuner. C'était un peu en rechignant que nous étions partis en excursion, car nous aurions tous préféré rester auprès de Conchita. Nous n'avions pas été rassasiés de sa compagnie tout ce chemin durant. Nous en voulions plus.

    Peut-on imaginer une petite jeune fille plus enchanteresse ? Jolie et coquine au bon sens du mot. Avec un sens de l'humour fin et intelligent. Vertueuse, sans faire la niaise ni la sainte nitouche. Complètement normale. Aimant la plaisanterie, sympathique, une gamine dont on devenait amoureux.

    J'ai vu beaucoup de personnes, hommes, femmes, et même des prêtres, complètement ébahis par elle.

    Elle était d'une correction exquise à l'égard de tout ce qui pourrait faire soupçonner le moindre indice d'impureté. Et d'une façon générale, les gens -mis à part deux exceptions déplorables - restaient ébahis devant elle ; tout en se comportant avec la plus parfaite correction. Un courant d'amour chrétien et sans tache se formait, d'amour authentique, l'amour même de notre Mère do ciel.

    Sur le chemin du retour, nous fîmes toutes les gamineries imaginables, en riant comme des fous, mais je ne remarquai jamais en elle le moindre indice de coquinerie malsaine. C'est peut-être pour cela qu'elle était si attachante. On se jetait des pierres par plaisanterie. On se mesurait l'un contre l'autre pour voir qui serait le plus grand ; on trichait tous les deux, en se mettant en cachette sur la pointe des pieds.

    Et pourtant, à un moment donné, elle devint toute sérieuse et comme absente. Comme si elle vivait intérieurement une expérience spéciale.

    C'était la meilleure façon de connaître la gamine, meilleure que de lui faire passer des examens et des tests, quoique pourtant je lui en fis passer.

    On pourrait en dire autant de Jacinta, Mari-Loli et Mari-Cruz. Elles unissaient à leur fierté castillane ou santandérine une sympathie sans limites. Un jour Mari-Loli me raconta que, les premières fois, quand elle était toute petite, elle en avait assez, parce que les gens la suivaient partout de jour et de nuit et ne la laissaient même pas faire pipi tranquillement. Il faut tenir compte de ce que dans tout le village, il n'y avait qu'un seul « water-closet ».

    Pas de sottes bigoteries. Toutes simples et normales. Je n'ai jamais observé qu'elles cherchaient à faire les petites saintes.

    Bien entendu, je ne citerai pas le nom des malheureux qui firent une insinuation malveillante concernant Conchita. Insinuation qui fut d'ailleurs rejetée immédiatement par l'intéressée elle-même. Il était curieux d'observer, comme je l'ai déjà dit, que tout le monde recherchait la compagnie des gamines, hommes et femmes, jeunes et vieux, prêtres et laïcs. Ils étaient épris d'un amour qui était, sans doute, transféré à la Vierge que les enfants disaient voir. Toutefois, dans bien des cas, l'amour n'était pas transcendé, mais se fixait aux gamines elles-mêmes, chose qui me paraissait, par ailleurs, très humaine et naturelle. « Honni soit qui mal y pense ».

    Quand Mari-Cruz n'avait pas d'apparition alors que les autres enfants l'avaient, cela me faisait de la peine. Je remarquai qu'elle en était attristée. Je lui donnai mon alliance, pour qu'elle la donne à la Vierge à baiser, comme on avait coutume de le faire.

    Mari-Cruz, très contente, mit mon anneau à l'un de ses doigts. Au cours de ce voyage, je demeurai trois jours et demi à Garabandal.

    Les trois jours passèrent et Mari-Cruz n'avait pas d'apparition ; elle n'entrait pas en extase. La nuit précédant le jour de mon départ je lui dis : « tu devras me rendre mon anneau, car je dois partir à 3 heures du matin — Laissez-le moi un petit peu plus... peut-être que j'aurai une apparition cette nuit ». Je le lui laissai.

    Les trois autres entrèrent en extase. Elles s'avançaient en cet état, se tenant par le bras. Mari-Cruz s'approcha, prit le bras de l'une d'elles, leva la tête et marcha ainsi dix ou douze pas, pour voir si l'extase la saisirait elle aussi. Mais il n'y eut rien pour elle. Elle se détacha tristement, sans rien dire, me rendit l'anneau et s'éloigna tête basse.

    Je dois dire, néanmoins, que l'anneau avait été baisé une autre fois, au cours d'une extase de Conchita. Je raconte cela pour que l'on comprenne bien à quel point l'extase venait quand elle venait... et pas quand elles voulaient.

    Le comportement transparent de Mari-Cruz ne pouvait tromper personne. Pour moi, si je lui avais donné l'anneau, cela avait été par pure affection pour l'enfant et parce que cela me faisait de la peine de. la voir triste. Il ne s'agissait nullement d'une ruse.

*******



CHAPITRE V

    Au cours de nos excursions à l'alpage, je me vis invité à manger avec Serafin, le frère aîné de Conchita. Du lait qu'on venait de traire fut offert à mon fils Augusto. Il en but ; mais ne put le digérer ou bien il lui donna la nausée. En tout cas, il le vomit. Se sentant mal, il redescendit au village où, cette fois, était venue ma femme, Julia.

    Je me trouvais donc seul avec Serafin et nous déjeunâmes dans l'étable. Après le déjeuner, je m'efforçai de lui tirer les vers du nez, car on disait qu'il savait par Conchita quand viendrait l'Avertissement.

    Je conclus de ce dialogue que, s'il le savait, il ne voulait pas le dire. Tout ce que j'en tirai de clair, c'est qu'il serait précédé d'un événement spécial dans l'église. Après bien des questions et bien des déductions sur ce qu'il me dit obscurément, il me parut que ce serait, en clair, quelque chose comme un schisme.

    Il me raconta qu'en hiver il passait des mois entiers sans descendre au village.

    Je lui demandai comment il passait le temps, et il me répondit qu'il pensait et lisait quelques romans (de trois à quatre).

    Serafin était un homme très sympathique et très agréable.

    Il ne savait pas s'il devait dire « oui » ou « non » aux choses qui arrivaient à sa sœur. Bref, il doutait.

    Il me répéta ce qu'Aniceta m'avait déjà dit, que Conchita aimait beaucoup la plaisanterie, parfois à outrance. Mais somme toute, il donnait l'impression d'être désorienté par tous ces faits insolites.

    Comme moi, il croyait cinq minutes, et cinq minutes il ne croyait pas ; ce qu'il disait à Conchita.

    Mais quoi qu'il en soit, je remarquai en moi-même une augmentation de ferveur religieuse.

    Le soir tombant, je descendis tout seul vers le village par le chemin des alpages. Je m'arrêtai un moment là où je ne sais qui avait eu un enfant, d'après ce que m'avait dit Conchita. Là même sur un rocher. Je récitai un Ave Maria en passant près du talus d'où se détachaient parfois d'énormes pierres, formant comme un « torrent de rocaille ». Je traversai la petite rivière, je m'attardai à contempler le paysage dur et sauvage, et quand je débouchai près de la maison d'Aniceta, il y avait la petite causette des soirées, sur le banc de bois adossé au mur de la maison, dont l'âme était, pourquoi pas, Conchita elle-même. Telle ou telle femme ennuyait Conchita en la tenant par le bras, comme si elle était une relique vivante. On y parlait de tout et de rien. Il y avait ceux qui acceptaient la conversation futile mais amusante, d'autres, (comme tel ou tel prêtre), qui n'arrêtaient pas de presser de questions la pauvre enfant et de l'importuner. Quelle patience angélique !

    Au cours de ces causettes, on voyait souvent, assis sur le banc de bois, le grand-père de Conchita, un petit vieux si plaisant, si sympathique.

    De toutes façons, Conchita savait s'esquiver lorsque les visiteurs étaient par trop impertinents : elle montait dans sa chambre ou sautait à la corde.

*******

CHAPITRE VI

    Cette relation n'a pas d'autre mérite que celui-ci : dans les limites de nos possibilités humaines, dans les limites de la connaissance que nous assurent les sens et l'usage correct de l'intelligence que Dieu nous a donnée, dire la vérité et rien que la vérité. Et je ne dis pas la vérité entière, car autrement cette relation deviendrait interminable et j'éprouverais un nouvel infarctus du myocarde, à force de taper à la machine.

    Je n'ai donc d'autre souci que d'écrire sur les faits et circonstances que j'ai bien retenus, et avec clarté. J'écris ici comme médecin chrétien, et plus comme médecin que comme chrétien. Qu'aucun, je l'en supplie, ne se scandalise, comme ce fut le cas — d'autres fois pour des fanatiques.

    Mais, il y a un fait constaté par observation et par introspection, à savoir que personne ne se fatigue jamais à parier de Garabandal. En outre, ces causeries, qui ne sont parfois que des répétitions d'autres causeries antérieures, ne fatiguent jamais ; elles sont même accompagnées d'une joie intérieure pour celui qui les prononce et j'oserais dire pour celui qui les écoute. Ma femme a entendu souvent, bien souvent, plus ou moins la même conférence, et elle me dit qu'elle passerait bien toute sa vie à l'écouter. Et pourtant, elle écouterait ainsi des choses qu'elle sait mieux que moi.

    Je suis un homme qui se fatigue extraordinairement à devoir répéter une même conférence médicale ou para-médicale. Je le fuis comme la peste ; ça dépasse mes forces.

    Et pourtant, en traitant de Garabandal, je ne me fatigue pas, bien au contraire; cela me plaît et me donne une joie insolite. C'est comme une ivresse de joie.

    Et pas seulement dans des conférences, mais aussi dans des petites réunions ou causeries. C'est à ce point que nous devons être sur nos gardes, sinon nous pourrions continuer jusqu'à 3 ou 4 heures du matin à parler de Garabandal. Et le plus curieux, c'est qu'il s'agit d'une ritournelle sur les mêmes thèmes. C'est un fait assez curieux.

    Il est probable que le démon jouait aussi son rôle dans l'affaire : on a constaté l'existence de jalousies malsaines chez certains qui avaient été les premiers à apprendre quelque chose, ou qui pensaient jouir d'une plus grande intimité avec les fillettes, ou qui s'imaginaient connaître quelque secret que les autres ignoraient. C'est là une présomption et une jalousie assez stupides, qui ne peuvent être que l'oeuvre du Tentateur.

    Mais ce qui est sûr, c'est que j'en suis venu à donner quelque quatre-vingt-dix conférences sur Garabandal, la plupart avec la collaboration photographique de David Clua, sans jamais me fatiguer. Et j'ai toujours dû les écourter, autrement elles auraient été pesantes et interminables. Je me limitais, comme je le fais dans cet écrit, aux faits les plus importants. Cette tendresse pour tout ce qui concerne Garabandal se communiquait spontanément à tous les Garabandalistes, excepté une demi-douzaine de fanatiques qui, en toute bonne foi, j'en suis sûr, dépassaient les bornes. Ce fut à l'occasion d'une brochure que j'ai publiée et où, pour montrer le peu de cas que l'on faisait des choses de notre Mère, il me vint à l'idée de verser sur son image une tache d'encre. On m'écrivit des lettres féroces, indignes de chrétiens, et que j'ai gardées. Et ça au nom de la Vierge.. !

    Mais à part ce petit groupe de fanatiques outranciers, le reste des Garabandalistes me parurent être des gens très sensés et très vertueux, et qui rehaussent, certes, les faits de Garabandal.

    Et je ne parle pas des gens du village qui, malgré leur méfiance et leurs doutes - nul n'est prophète en son pays - sont de si braves gens que je serais volontiers resté chez eux pour y vivre.

    Dans cette affaire de Garabandal, un autre nous aida pour son compte, le bon Docteur Sanjuan Nadal. (Le Docteur Sanjuan Nadal).

*******

CHAPITRE VII

    Epilogue de mon premier voyare à Garabandal. J'étais donc venu au village la première fois avec ma petite Margarita.

    Dans le train de Santander à Bilbao, à mon retour, je rencontrai la jeune fille des « Folies Bergères ». Nous nous assîmes l'un à côté de l'autre et nous nous mîmes à parler de choses banales. Au cours de la conversation et à cause de la chaleur qu'il faisait, elle m'offrit un de ces feuillets imprégnés d'eau de Cologne pour que je me rafraîchisse les bras et le front. Quoique je n'apprécie pas spécialement les parfums, j'acceptai et je le passai sur les bras et les mains.

    Nous nous quittâmes à Bilbao, nous échangeâmes nos adresses et nous nous sommes écrit de temps en temps, naturellement sur Garabandal.

    II nous restait quelque trois heures d'attente avant de prendre l'express de Barcelone et nous en profitâmes pour nous promener un peu dans Bilbao.

    A l'heure du départ, nous montâmes dans le wagon-lit et allâmes dîner au wagon-restaurant. Margarita était ravie de toutes ces choses nouvelles pour elle.

    Il me semble que ce fut pendant le dîner que je commençai à remarquer l'odeur. Elle semblait venir de ma main et de mon bras gauche. Au commencement, je l'attribuai à l'eau de cologne de la danseuse des Folies Bergères. Je n'y attachai pas plus d'importance.

    Je remarquai à nouveau l'odeur dans notre compartiment.

    Je me rendis alors compte qu'elle venait par bouffées.

    Elle était très intense. C'était comme du bois de santal.

    Seul sentait le côté gauche.

    Cela durait environ deux minutes puis disparaissait complètement.

    Il n'y avait pas d'intervalles réguliers.

    Je me dis que j'étais suggestionné, de sorte que je n'en parlai à personne, pas même à Margarita.

    La bouffée suivante de cette intense odeur me parut être localisée à l'alliance baisée par la Vierge. C'était du moins de là qu'elle sortait le plus fort.

    En mon for intérieur, j'étais honteux de me laisser suggestionner comme un hystérique. Je ne dis rien à personne, mais les bouffées de parfum de santal (c'est du moins ce à quoi cela ressemblait le plus) se faisaient sentir très intenses, de temps en temps, aux moments les plus inattendus.

    Le jour suivant, l'étrange odeur se répéta, à des intervalles irréguliers. Extrêmement forte.

    En arrivant chez nous, nous eûmes juste le temps de régler un peu nos affaires et nous partîmes par le train pour Caldetas où ma famille passait l'été.

    Finalement, je me décidai à parler de l'odeur, en secret, à ma femme, qui, naturellement, me prit pour un peu fou.

    Pourtant, cette même nuit, dans notre chambre et tandis que nous commencions à nous dévêtir pour nous coucher, l'odeur revint.

    J'approchai ma main de Julia et lui dis : « Prends, maintenant, sens... ».

    Elle me prit la main par pure complaisance, convaincue que j'étais fou. Elle approcha l'anneau de son nez et comme elle me le raconta, elle allait me dire :

    « Mais je ne sens rien ».

    Je la vis pâlir comme le mur tout blanc de la chambre, sans pouvoir articuler le moindre mot, et transie d'émotion.

    « Mais oui... », dit-elle enfin, « il sent... comme du bois de santal... ».

    Le jour suivant, étant sur la plage et entourés de jeunes filles en bikini, l'odeur revint plus forte que jamais. J'étais étonné de ce que les gens ne venaient pas demander ce que c'était.

    Avec moi, au bord de l'eau, se trouvait Auguste. « Prends et sens », lui dis-je.

    « Oui », répondit-il avec son sérieux habituel, « oui, ça sent, je ne sais pas quoi, mais ça sent intensément ».

    Il n'y fit pas plus attention et se mit à l'eau. Ce fut la dernière fois que je perçus l'étrange odeur. Après, jamais plus.

    Quant à ma femme, elle continuait à douter malgré l'odeur jusqu'à ce qu'advint un phénomène insolite que je vais maintenant raconter.

*******

CHAPITRE VIII

    Julia, ma femme, n'est montée qu'une fois à Garabandal, au temps des apparitions. Ce fut pour m'accompagner avec mon fils Augusto à mon deuxième voyage au village. Avec nous étaient venus aussi le Père Alba, Monsieur Serra, un excellent chauffeur, et le sympathique Monsieur de Pedro.

    Ma femme éprouva une grande déception et elle trouva que tous ces faits de Garabandal étaient bien futiles. Quant à mon fils Augusto, dont le caractère est sérieux et peu expansif, il ne dit presque rien.

    Ma femme donna à Mari-Loli en extase son alliance à faire baiser par la Très Sainte Vierge. Comme cet anneau était serré et qu'elle ne pouvait le retirer, l'enfant lui prit la main et se mit à la retourner comme si la Vierge baisait l'alliance « in situ », je veux dire, à l'annulaire.

    Mais, cela parut plutôt puéril et futile à ma femme.

    Pourtant, après l'une de ces courses aux Pins dont je reparlerai, devant la porte de l'église où, comme d'habitude, s'étaient arrêtés les enfants, Julia eut l'idée de toucher la joue de l'une des fillettes, Mari-Loli, je crois. Or, tandis que nous étions tous en sueur et fatigués, ma femme dit en propres termes heureusement choisis, que les joues de la fillette donnaient l'impression d'une pêche à peine sortie de la glacière.

    Mais, ces deux faits notés, je dois vous le répéter, Julia revenait déçue de ce voyage. Il lui semblait, comme plus tard au fameux évêque Mgr Puchol, que, pris dans leur ensemble, les faits de Garabandal étaient un jeu d'enfants. Sans plus d'importance.

    Le reste de la famille passait alors l'été à Caldetas. Julia s'arrêta à peine à Barcelone et gagna Caldetas.

    J'y allai le samedi suivant. Et quelle ne fut pas ma surprise quand je la rencontrai complètement changée en ce qui concerne Garabandal. Elle me raconta que, la veille, en passant dans le parc municipal de Caldetas ombragé de platanes hybrides, au moment le plus inattendu, elle se sentit comme hors de la réalité et transportée en esprit à Garabandal qu'elle revivait en quelque sorte. Comme somnambule et comme si les choses du parc étaient irréelles. Et avec tout ça, soudain convaincue de la véracité de toute l'affaire de Garabandal, s'ajoutant à cela un immense amour de la Vierge, une sécurité et une émotion extrêmement vives.

    « Pour moi, j'ai toujours aimé la Vierge... mais que veux-tu que je te dise... Ah, c'est que maintenant... », me disait-elle.

    Cet état, que nous pourrions appeler hypnoïde, pour lui donner un nom, ne dura que quelques instants d'horloge, mais bien plus quant au temps interne ou psychique.

    Depuis lors, elle est convaincue de Garabandal et de tout ce qu'il comporte et signifie. Parfaitement convaincue, et elle le reste. Elle l'est toujours restée... Elle n'a jamais eu de doute. Jamais.

    Lié à ce phénomène, il y eut un accroissement notable de l'amour spirituel dans notre foyer, accompagné d'une joie intérieure que j'oserai qualifier d'extraterrestre. Malheureusement, cet état ne dura que quatre ou cinq jours. Après, les choses redevinrent normales.

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    Pour ne pas déconcerter les personnes qui ne connaissent pas la parapsychologie scientifique, je ne fais pas plus que relater les faits sans leur chercher d'explication scientifique. Cette explication, néanmoins, je la tiens à la disposition de quiconque la demanderait, et selon mes possibilités.

    Je ne veux ici que souligner un point. J'ai observé, soupesé les faits, j'y ai réfléchi consciencieusement et j'en ai tiré la conclusion suivante. A Garabandal, il n'y a pas eu d'hypnotiseur, y agissant comme tel et en rapport avec les faits, sinon la Très Sainte Vierge.

    La Très Sainte Vierge pour les croyants ou je ne sais qui pour les non croyants. Mais, bien entendu, aucun hypnotiseur humain, personne agissant comme tel, ni de près, ni de loin.

    En écrivant ces lignes, je suis Vice-Président de la Société Espagnole de Sophrologie et de Médecine psychosomatique et Président de l'Association Espagnole de Recherches Parapsychologiques. De sorte que je comprends quelque chose à ces questions.

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CHAPITRE IX

    A Garabandal, il faut être humble. Une fois j'étais arrivé au village le soir même. J'avais l'intention d'examiner Conchita, tant du point de vue psychique que du point de vue neurologique.

    Je me rendis à la maison de Conchita, en fin de soirée, à l'heure où elle a l'habitude de s'y trouver, non pas pour faire alors cet examen, mais du moins pour convenir d'un moment du lendemain.

    Tout le monde a le droit d'avoir un moment de mauvaise humeur. J'entrai dans la cuisine pour expliquer mon projet à Conchita.

    Mais à peine avais-je commencé à parler qu'Aniceta, la maman, me chassa tambour battant. J'en fus ébahi et m'éloignai comme un chien la queue entre les jambes.

    Rien de tel ne m'était jamais arrivé. Aniceta, et bien sûr Conchita m'avaient toujours traité avec la plus exquise politesse.

    Comme j'expliquerai plus loin, j'avais déjà examiné les autres enfants et j'avais parlé à Conchita pour l'examiner, elle aussi, plus tard.

    J'allai dîner, avec au menu la savoureuse « tortilla » et un peu de « chorizo », puis me rendit à 1' « hôtel Puncernau » comme nous nous amusions à dire chez nous. C'était la première maison à droite en entrant dans la rue. Les propriétaires étaient deux frères, la franchise et la bonté mêmes.

    Je ne peux le nier : j'étais de mauvaise humeur depuis mon fiasco auprès d'Aniceta.

    Mais je me calmai et pensai que si tout cela était de Dieu et qu'il convenait que j'examine Conchita, tout se ferait, mais que si cela ne convenait pas ou n'était pas de Dieu, un examen de plus ou de moins n'y changerait rien. En somme, j'acceptai humblement ce que Dieu disposerait.

    Je dormis comme un loir.

    Après avoir pris mon petit déjeuner, je me disposai à faire un tour dans le village, sans but bien fixe.

    Je me trouve dans une des ruelles nez à nez avec Aniceta. « Que vouliez-vous hier soir ?

    — Eh bien, examiner votre fille...

    — Venez avec moi... je crois qu'elle est chez nous à cette heure ». Nous arrivâmes à sa maison.

    « Conchita, Conchita !... Le Docteur Puncernau est ici qui veut t'examiner. C'est mieux dans ta chambre... car ici en bas, on ne vous laisserait pas tranquille... montez... montez. Docteur... ».

    Conchita disposa deux chaises l'une en face de l'autre, à côté de son lit. On laissa la porte ouverte. Aniceta faisait du remue-ménage dans la maison et de temps en temps venait chercher quelque chose et considérer ce que nous faisions. Elle ne dit pas un mot.

    « Avant toutes choses, déchausse-toi et couche-toi. Elle le fit vite, en quittant les espèces de sandales qu'elle portait. Je veux faire remarquer qu'elle avait les pieds très propres. Les pieds et les jambes. J'examinai le réflexe rotulien, du tendon d'Achille, plantaire, la sensibilité extérieure et profonde, le système moteur, cérébelleux, les nerfs crâniens.

    Puis, une fois assise sur sa chaise, je terminai l'examen neurologique.

    Ensuite, je lui fis passer un test de Koch et un de Rorschach. (Ils sont à la disposition de tout scientifique accrédité). Finalement tout ce que je pouvais souhaiter.

    Le test de Rorschach fut quelque chose de surprenant : Conchita donna plus de 70 réponses à une vitesse incroyable, réponses complètement logiques et beaucoup avec mouvement. Elle avait une imagination extrêmement vive avec tendance à affabuler. Le test de Wechler-Bellevue eut comme résultat un degré d'intelligence supérieur. Nous demeurâmes plus de deux heures dans sa chambre, et cela me plaisait.

    Un instant où je me tenais coi, elle me demanda : « A quoi pensez-vous, Docteur ? ». Et moi de lui répondre spontanément : « Je pensais qu'on était bien ici avec toi ». Il n'y avait pas l'ombre d'une mauvaise pensée dans ma réponse. Je répondis simplement la vérité et je ne m'en repens pas. Ses yeux souriants et malicieux me disaient : « ne prenez pas tout ça trop au sérieux, Docteur ».

    Mais la vérité était qu'on était bien, très bien, là.

*******

CHAPITRE X

    Tous les Garabandalistes connaissent les doutes et négations des voyantes elles-mêmes, d'ailleurs annoncées bien à l'avance par l'Apparition.

    Comment convient-il de procéder dans cette étude ? Le premier problème que nous devons considérer est celui-ci : l'explication la plus simple est-elle possible, à savoir :

    a) Tout a été un jeu d'enfants.

    b) Les enfants, repenties, ont finalement confessé la vérité.

    La première affirmation est inacceptable du point de vue des études scientifiques. Même au cas où les enfants auraient à certains moments ajouté « quelque chose » de leur cru, il est absolument invraisemblable que tout ait été un jeu d'enfants.

    Les médecins désignés comme membres de la Commission avaient, selon moi. assez de compétence scientifique pour pouvoir, dès les premiers moments, déceler une supercherie enfantine. Ces états de transe extatique, avec perte de la sensibilité et de la sensorialité, l'abolition du réflexe photomoteur et d'occlusion palpébrale, la plasticité musculaire de cire pendant les transes, la résistance à la fatigue, le parfait mimétisme dans les changements d'expression des émotions sur le visage, chez les quatre à la fois (sans aucune espèce de contact) au même instant, etc. etc. tout cela ne peut absolument pas être considéré comme un jeu d'enfants.

    L'historicité médicale des faits de Garabandal, dûment et abondamment établie par écrit, est indiscutable.

    Comment expliquer les oublis, doutes et négations des enfants de Garabandal ?

    Le processus par lequel le contenu des perceptions passées est remémorisé, autrement dit redevient conscient sans passer par une nouvelle perception, est ce qu'on appelle mémoire ou phénomène mnésique.

    Chez les filles de Garabandal, ces défaillances de la mémoire n'étaient dues ni à des troubles organiques, ou vasculaires, ou circulatoires, ou tumorals, ni à des troubles biologiques ou métaboliques de la physiologie des neurones.

    Ils auraient été continus et non « à éclipse ». En somme, ils n'avaient pas de cause organique.

    Du point de vue psychique, ces défaillances de la mémoire pouvaient être dues :

    a) à une appréhension incorrecte par obnubilation intellectuelle ;

    b) à un manque de fixation de la perception, plus ou moins intense, comme dans le cas des illusions, pseudo-représenations, pseudo-hallucinations, images eidétiques, etc ;

    c) à une destruction du circuit mnésique de l'évocation, due à des causes de type psychique, comme de grandes émotions, des pressions psychiques, la crainte, des problèmes affectifs intenses, des lavages de cerveau, etc.

    Dans les paragraphes a) et b), l'image manque de vivacité, de stabilité et de persistance. Par contre, dans les représentations réelles ou de type hallucinatoire, le souvenir, la mémoire du fait est stable, tenace, clair, persistant.

    A Garabandal, face à des souvenirs effacés, face à des souvenirs perdus de leurs visions, il y a des souvenirs parfaitement clairs, aussi bien visuels, qu'auditifs, que tactiles.

    Il s'agit donc d'une amnésie systématisée et localisée. Les sujets se souviennent parfaitement du reste de leur vie. Quant aux apparitions, elles éprouvent une perte de mémoire de type lacunaire, avec des souvenirs disparus, des souvenirs effacés, des souvenirs parfaitement clairs.

    Ces amnésies contradictoires se rencontrent dans la défaillance de la faculté d'évocation, par répression affective, avec un véritable désordre des souvenirs. Le sujet est fréquemment déconcerté, sans savoir exactement ce qui lui arrive.

    C'est le cas de Garabandal. C'est une amnésie psychique dont la cause scientifique est inconnue. Du moins je ne la connais pas, malgré les recherches que j'ai faites en ce sens. Préternaturel ? Surnaturel ? Naturel ?

    Au cours d'un autre voyage, je me trouvai à Santander avec l'aimable secrétaire de la Commission. Nous fûmes dix heures ensemble, revoyant tout ce qui était considéré comme négatif au sujet de Garabandal. A la suite de cette étude, dont le poids spécifique était peu convaincant, on s'accorda pour aller voir le représentant de l'évêque (ce dernier se trouvait au Concile), afin de lui demander la formation d'une nouvelle Commission d'Etudes.

    Monsieur le Vicaire Général nous promit de communiquer notre demande à Monseigneur l'Evêque. Mais à ma connaissance, aucune réponse ne fut reçue.

*******

CHAPITRE XI

    Au cours de l'une de mes visites à Garabandal, je demandai la permission aux parents de Mari-Loli et de Jacinta de les soulever en état d'extase. Ils n'y firent pas la moindre objection.

    Je levai séparément dans cet état Mari-Loli et Jacinta. Elles étaient agenouillées et je le fis en les prenant par les coudes repliés. Je remarquai une nette plasticité de cire de leurs muscles. On m'avait raconté antérieurement que personne ne pouvait ni les mouvoir ni les soulever dans cet état, même lorsque les personnes qui s'y essayaient étaient très fortes. J'ai une force moyenne, plutôt en-dessous qu'en-dessus de la moyenne. Néanmoins, je les soulevai du sol avec les deux mains avec grande facilité. Si je ne craignais que dans ces moments la suggestion peut nous jouer un mauvais tour, je dirais carrément qu'elles pesaient moins qu'à l'état normal. Ayant retrouvé l'état normal, je leur demandai de se mettre dans la même posture Elles le firent avec sérieux, et j'eus l'impression que cela me demandait beaucoup plus d'effort qu'à l'état de transe.

    J'incline donc à dire qu'il y avait parfois une diminution marquée de poids, à l'état de transe.

    Mais je dois confesser que je trichai un peu... Sans perdre pour autant que je sache ma rigueur et ma lucidité médicales, je récitai avec une grande ferveur chrétienne un Ave Maria avant de soupeser les enfants. C'était là ma tricherie.

    Un autre jour, je demandai à la famille de Conchita que, si elle avait une extase de type déambulatoire, on me laisse me tenir contre elle tout le temps. Il n'y eut aucune objection.

    Précisément, j'avais annoncé à Conchita mon intention de l'examiner. L'enfant parut un peu préoccupée.

    Au cours de sa longue extase, déambulant par les mes du village, je l'entendis clairement mentionner mon nom.

    « II est bon, le Docteur Puncernau ?

    — Bon..., mais cela n'aura pas beaucoup d'importance... ».

    Telle fut une partie de la conversation avec sa vision que je pus saisir.

    A la fin de l'extase (il y avait foule), je lui demandai qu'elle me dise ce que la Vierge lui avait dit de moi.

    Je n'avais pas tout entendu. Je me disais : « voyons si elle va te dire tous tes péchés... ».

    Comme si elle avait deviné mes craintes, Conchita me dit :

    « La Vierge ne dit jamais les péchés de personne ».

    A un moment où on la laissa un peu plus tranquille, elle écrivit ce qui suit au dos d'une image que j'ai gardée et que je copie textuellement :

    « Dr. La Vierge m'a dit qu'Elle est très contente de vous, que vous êtes en train de donner beaucoup de gloire à Dieu et que ce que vous étudiez se réalisera et que vous triompherez.

Conchita ».
    Les superlatifs du texte attirèrent mon attention. Cela devait venir de l'enfant elle-même. Mais quelle mère ne trouve pas dans son fils toutes sortes de grâces même si c'est un ingrat ou un dévergondé ?

    Je voudrais relater un autre détail. Les filles se déchaussaient souvent au cours de leurs promenades extatiques et parcouraient ainsi les rues couvertes de boue, de pierres, de récipients, de morceaux de verre, de crottes ou de bouses de vache, etc.

    Bien que je n'en fus pas témoin, on m'assura que Conchita était passée déchaussée sur un tas de braises brûlantes répandues à terre. Ce phénomène est connu.

    Ce jour-là, ayant su qu'elle avait reçu deux appels, je lui demandai de me laisser examiner ses pieds avant l'extase, ce qu'elle fit de bonne grâce en retirant ses deux vieilles espadrilles.

    J'observai spécialement la plante des pieds. Ils étaient propres, peut-être plus qu'on pouvait s'y attendre, les ruelles étant boueuses. Ou peut-être venait-elle de les laver. Je ne sais pas.

    Elle tomba en extase et y demeura longtemps. Vers le milieu de la transe, elle perdit une espadrille et continua à marcher un pied déchaussé. J'observai qu'elle retirait l'autre, toujours en extase. Elle déambula un bon moment par les ruelles du village, toujours déchaussée, passant dans la boue et toutes sortes de déchets.

    Son extase se termina, toujours déchaussée, dans sa cuisine. Je lui demandai immédiatement de me laisser voir ses pieds toujours déchaussés. Je cherchai quelque griffure, quelque égratignure, quelque contusion qui aurait marqué ses pieds. Rien.

    Quand je me fatiguai de lui examiner les pieds, elle remit ses espadrilles.

    Ce n'est que plus tard que je me rendis compte d'une chose essentielle. Elle avait les pieds aussi propres qu'avant sa marche à travers le bourbier bien connu des ruelles. Et elle n'avait eu aucun moyen de les nettoyer. Pour sûr, car je ne l'avais pas perdue de vue. Elle ne s'était pas du tout sali les pieds, dans sa marche extatique.

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CHAPITRE XII

    II y a beaucoup, beaucoup de choses à raconter sur Garabandal. La plupart se trouvent dans les nombreux livres et opuscules qu'ont écrits plus ou moins bien les protagonistes de Garabandal.

    J'ai déjà dit que, dans cette courte relation, j'ai cherché à distinguer et séparer ce qui me concerne comme médecin et ce qui m'affecte comme chrétien et amoureux de la Vierge Marie.

    Ce sont deux choses distinctes.

    Il est presque certain que tous ces faits ont une explication parapsycholo-gique. Mais est-ce que par hasard la parapsychologie et les phénomènes PSI n'ont pas été créés par Dieu ? Ne les permet-il pas ? Et ne peut-il pas, plus que n'importe qui, les provoquer ?

    Si le miracle est un signe-signal convenant aux temps et aux circonstances, les faits parapsychologiques ne peuvent-ils être tenus pour des miracles ?

    J'ai appris il y a quelque temps la mort de Ceferino. Qu'il repose en paix ! C'était un homme plutôt brutal à force d'être sincère. C'est lui qui me raconta ce qui suit :

    « C'était en hiver. Il n'y avait pas de visiteur au village. Il y avait une bourrasque de neige et il faisait très froid.

    Vers 3 heures du matin, j'entendis Mari-Loli se lever et s'habiller.

    — Où vas-tu ?

    — La Vierge m'appelle au cuadro.

    — Tu es folle, avec le froid qu'il fait.

    — La Vierge m'appelle au cuadro.

    —On verra bien si quelque loup te saute dessus... fais ce que tu veux... mais ni ta mère ni moi ne t'accompagnerons...

    « Mari-Loli finit de s'habiller, ouvrit la porte de la maison et s'en alla au cuadro. A quelque deux cents mètres du village.

    Si j'avais été sûr que c'était la Vierge... je ne serais pas sorti de mon lit-Là Vierge aurait pris soin d'elle... mais comme nous n'étions pas sûrs, nous nous levâmes, ma femme et moi, et nous prîmes le chemin du cuadro.

    Nous la rejoignîmes au beau milieu de la bourrasque de neige, à genoux, en extase. Il faisait un froid de tous les enfers.

    La croyant gelée, je lui frottai les joues. Elle était chaude, comme si elle n'était pas sortie d'entre ses draps. Nous restâmes là une heure. Morts de froid. Tandis qu'elle demeurait si satisfaite, parlant à sa Vision. A voir cela. c'était aux parents à faire pénitence... ».

    Ce fut plus ou moins ce que me raconta Ceferino, une nuit où nous étions assis sur un banc de son auberge.

*******



FIN

    Je le répète, si j'avais à relater tout ce que j'ai vécu à Garabandal, cet opuscule deviendrait un ouvrage de la longueur du Docteur Jivago.

    Ce n'est pas là mon but. La plupart des faits de Garabandal ont déjà été mis par écrit dans les nombreux ouvrages publiés en Espagne et à l'étranger. Je n'ai voulu que mentionner une série de faits qui, ayant été très personnels, je n'avais jusqu'ici racontés à personne, sinon peut-être à quelques membres de ma famille. J'ai attendu quinze ans ou presque. Je suis naturellement, grâce à Dieu, un homme qui a la foi. Une foi affermie, entre autres choses, par l'observation scientifique de l'histoire. Chaque fois qu'une explication scientifique semblait ébranler les bases de la religion, j'ai constaté qu'avec un peu de temps et de patience, on voyait apparaître une nouvelle explication qui ruinait les préjugés contraires.

    Je reconnais qu'il m'aurait beaucoup plu d'écrire ces pages en tant que chrétien convaincu, mais tel n'était pas le rôle à moi assigné. Je les ai donc rédigées avec la plus froide rigueur possible et, surtout, avec une sincérité absolue.

    Si la science et la religion ont toujours avancé sur des voies parallèles, mais qui, quelquefois, se croisaient et s'entrechoquaient, tôt ou tard, toutes les tempêtes s'apaisent et un jour printanier apparaît. Toujours.

Docteur Ricardo Puncerdau
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avec l'aimable autorisation de l'auteur,


POUR VOTRE INFORMATION SUR GARABANDAL ET POUR CELLE DE VOS AMIS,

Nous vous proposons :

1°) • LIVRES
« Moi, votre mère » (Robert François) « Dieu a parié à Garabandal »  (P. J. Pelletier)
« Mémoires d'un Curé de Campagne espagnol »  (José Ramon G. de la Riva)
« Le Journal de Conchita »  (P. Pelletier)

2°) - PLAQUETTES
« Phénomènes parapsychologiques à Garabandal »  (Dr Ricardo Puncerneau)
« Le Père Louis Andreu »  (P. J. Pelletier)
« Conchita parle du Padre Pio »  (Interview de Conchita)
« Pourquoi le Vocable de N. D. du Carmel »  (P. A. Combe)
« L'Avertissement et le Grand Miracle »  (Interviews et Commentaires)
« Le Scapulaire (livret explicatif)